📜 Lore canon d’Elserath — Guerre d’Astral 📜

Chapitre IX : La Guerre d’Astral (483 – 511 ESR)

“Quand le ciel saigna, le monde apprit ce que signifiait chanter trop fort.”
— Fragment des Cendres de Thalan’Var

483 ESR — La Rupture : l’Arche Centrale tombe

Le 3ᵉ jour du Mois des Voiles, les Dissidents Gris, aidés par des éclaireurs Skayans, infiltrèrent le cœur d’Altherion.

Sous la foudre, ils surchargèrent les lignes d'énergies de l'Arche Centrale. La ville vibra comme un chant rompu. L’Arche Centrale explosa, projetant dans le ciel un faisceau d’énergie blanche visible depuis les mers. Ce jour là, des milliers d'Hommes pèrirent. Et le feu de la guerre prit forme.

484 – 487 ESR — Les Années des Ponts Brisés

La guerre se répandit à travers tout Elserath, telle une fracture de lumière et de cendre. Chaque peuple y porta son art, son pouvoir, sa folie.

⚙️ Les Dissidents Gris — Les Forges du Néant

“Le silence n’est pas absence de voix,
Mais perfection du calcul.”
— Tharn-Méon, traité des Symétries Inachevées

Dans le cœur du désert de Vael, là où les vents brûlent et où la lumière ne laisse pas d’ombre, s’élevait Tharn-Méon, la Citadelle du Zéro. C’était la demeure des Dissidents Gris :

Philosophes devenus ingénieurs, mages devenus géomètres, et penseurs qui avaient cessé de croire que le monde avait besoin de dieux pour fonctionner. Pour eux, la Source n’était qu’un modèle imparfait, et le Chant une erreur acoustique née du hasard des Primordiaux.

Ils voulaient la corriger.

Sous les voûtes noires de la citadelle, ils façonnèrent des armées entières d’automates — les Silencieux. Chaque machine était une équation, chaque geste une formule. Ils n’avaient pas d’âme, mais une précision absolue. Ni peur, ni douleur, ni hésitation. Leur avancée faisait trembler la terre comme une marée mécanique.

Autour d’eux, les Dissidents bâtirent les Chœurs Froids, des tours immenses capables de neutraliser la magie sur des lieues. Là où leurs ondes passaient, le Chant se taisait, Les flammes s’éteignaient, et les esprits se dissipaient. Ces monolithes d’acier pur, vibrants d’un ton constant, etaient les premiers monuments à chanter contre le monde. Leurs arsenaux se remplirent d’armes que nul autre peuple n’aurait osé concevoir.

Les Flèches de Verre Noir, taillées dans le cristal du Néant, traversaient la chair comme la mémoire, brisaient les runes naines, fendaient les boucliers magiques, et faisaient taire les chants des Convergents en un seul impact.

Les Balistes de Lune, gigantesques canons à énergie compressée, etaient capables d’abattre un Dragon de Verre en plein vol. Leur tir laissait derrière lui une traînée de lumière pâle, et là où elles frappaient, la pierre se changeait en cendre grise.

Puis vinrent les Bêtes d’Acier — créatures mi-machines, mi-armes, guidées par un cœur d’énergie oscillante. Elles bondissaient plus vite qu’un cheval, et lorsqu’elles tombaient, elles explosaient en une tempête d’ondes et de feu.

Mais leur œuvre la plus terrible fut le Soleil Noir. Né du calcul parfait, forgé dans le vide, c’était une sphère d’ombre incandescente, un astre miniature dévorant la lumière elle-même. Son chant ne résonnait pas — il aspirait. Là où il paraissait, la matière se dissolvait, les âmes se taisaient, et même la Source, dit-on, détourna le regard. Ce jour-là, le monde comprit que la logique seule pouvait tuer l’existence.

Les Dissidents Gris ne cherchaient pas la domination.

Ils cherchaient la fin de l'imprévisible, l’éradication du hasard, la paix absolue de la symétrie. Mais en cherchant à figer le monde, ils oublièrent qu’il vivait de son imperfection.

“Le Néant est la forme ultime de l’ordre.”
— Gravure sur les portes de Tharn-Méon

🔮 Les Convergents — Les Tisseurs de Verre et d’Harmonie

“Nous avons voulu unir la lumière et la pensée —
Et le monde nous demanda de choisir.”
— Fragment des Chroniques du Haut-Chant d’Altherion.

Les Convergents furent les derniers héritiers du rêve d’union entre la magie et la raison. Enfants d’Altherion, ils étaient nés du Verre et du Chant, forgerons de lumière et d'esprit, ceux qui tissaient la réalité comme d’autres tissent la laine.

Leur art reposait sur un secret : Ils ne lançaient pas des sorts, ils tissaient des harmonies. Chaque enchantement naissait d’un accord précis, chaque souffle de magie était relié à un autre par une loi invisible que seuls eux pouvaient comprendre. Ainsi naquirent les magies liées, créations vivantes qu’aucun autre peuple ne sut jamais reproduire. Sous la direction du Grand Arcaniste Elion Vareth, ils jurèrent de restaurer l’harmonie du monde, même au prix de leur propre lumière.

Dans les salles effondrées du Chant de Verre, ils façonnèrent les Anneaux d’Âme : disques de cristal vivants, gravés d’une note unique du Chant primordial. Chaque Convergent liait le sien à sa propre voix — Et lorsque l’un d’eux tombait, son anneau continuait à résonner, ainsi, leurs morts chantaient littéralement sur le champ de bataille.

Leur arme n’était pas le fer, mais la lumière tissée. Ils façonnèrent d’abord les Dragons de Verre, créatures de cristal animées par la résonance pure. Leur rugissement faisait trembler le ciel, et leur souffle concentrait la lumière au point de fendre la pierre. Sous leurs ailes, les armées marchaient comme sous des soleils artificiels, baignées de reflets mouvants. Mais si leur maître mourait, les dragons se figeaient aussitôt, vitrifiant tout ce qui les entourait — Car leur cœur ne battait qu’à l’unisson du sien.

Puis vinrent les Rayons Astral, faisceaux d’énergie condensée issus de treize champs de résonance accordés. Leur lumière n’était ni feu ni foudre, mais pure note d'existence, une ligne de réalité en fusion. Un seul tir suffisait à effacer une armée entière, à aplatir les murailles et à faire fondre le sable en verre chantant. Là où un rayon frappait, la terre se changeait en cristal lisse, et le vent vibrait d’un son grave que nul ne pouvait faire taire.

Les Feux Sélectifs furent conçus pour purifier sans détruire : Flammes d’éther qui ne brûlaient que ceux que le mage désignait d’un mot, ne s’éteignaient que lorsqu’il le voulait. Mais si le lanceur mourait, la flamme devenait sauvage, consumant tout ce qu’elle touchait jusqu’à épuisement de sa propre essence.

Les Voiles Mentifs plongeaient leurs victimes dans des illusions sensorielles totales, nées de leurs propres peurs. Celui qui y tombait croyait vivre mille morts et mille regrets. Aucun sort ne pouvait en briser la trame, car elle se nourrissait des souvenirs mêmes de celui qu’elle emprisonnait. Beaucoup de guerriers disparurent sans blessure, perdus à jamais dans un cauchemar sans fin.

Les Lames de Réfraction, forgées dans le souffle du mage, vibraient au rythme de son cœur et frappaient à la vitesse de son esprit. Tant qu’il respirait, la lame demeurait pure et lumineuse ; S’il tombait, elle explosait dans un cri de lumière, tranchant tout ce qui se trouvait sur son passage. Leurs épées chantaient vraiment — Et la dernière note d’un Convergent mourant pouvait encore abattre une armée.

Les Anathèmes Bleus furent leurs plus étranges créations : Sphères d’énergie inversant la gravité et le son, projetant les combattants dans un ciel sans haut ni bas. Les corps flottaient, les flèches s’immobilisaient, et les cris se dissolvaient dans l’air suspendu. Certains disaient qu’à l’intérieur d’un Anathème, le temps lui-même hésitait à continuer.

Mais d’autres créations furent bien plus terribles encore.

Les Chœurs Fulgurants — vagues sonores d’énergie pure — Pouvaient balayer un champ de bataille tout entier, brisant les os comme du verre et laissant derrière eux un silence parfait.

Les Miroirs de Néant, nés d’une dissonance volontaire, renvoyaient à leurs ennemis la magie qu’ils lançaient, amplifiée, jusqu’à ce que leur propre pouvoir se retourne contre eux.

Chaque invention était un chant, et chaque chant, un serment. Mais chaque accord exigeait un prix. À force de tisser leurs magies dans la chair du réel, Les Convergents commencèrent à perdre la leur : la mémoire, le nom, ou la voix.

Leur pouvoir croissait, mais leurs âmes se dissipaient dans les ondes qu’ils créaient. Certains disparurent dans la lumière même qu’ils invoquaient, leurs silhouettes figées dans les prismes brisés d’Altherion.

“Ils ont voulu chanter pour tous,
Et la lumière les a entendus trop fort.”
— Tablettes d’Elyndarion.

Pourtant, sans eux, la guerre eût sombré bien plus tôt dans la nuit. Car même brisés, les Convergents maintinrent les ponts du monde assez longtemps pour que la réalité ne se perdent pas dans le silence total. Et lorsque les derniers d’entre eux, consumés par la résonance, sentirent leur voix s’efface, ils murmurèrent cette prière, transmise jusqu’à nos jours :

“Que nos chants se taisent
Avant que le monde ne s’y perde.”

⚡ Les Skayans — Juges du Ciel

Les Skayans furent la tempête devenue peuple.

Nés du rire de Thal, ils parlaient la foudre et pensaient par orage. Leur empire suspendu dans les nuées s’étendait au-dessus des vents, et leurs sanctuaires d’air abritaient des armes capables de crever le ciel.

Quand la Guerre d’Astral éclata, leurs cités se changèrent en forteresses de tempête.

Leurs prêtres, les Voix du Ciel, invoquaient des éclairs capables de fondre les montagnes et d’ouvrir des gouffres dans les mers. Ils façonnaient les vents comme d’autres forgeraient le métal : les cyclones devenaient des murailles, les tonnerres des marteaux. Les nuages mêmes leur obéissaient ; ils dressaient des orages en rempart, et chaque foudre frappait à leur commandement. Sous leurs ailes, la lumière se tordait en colonnes de feu bleu. Les tempêtes qu’ils appelaient pouvaient durer des semaines, ravageant cités et flottes sans jamais toucher leurs alliés.

“Le ciel est notre forge, et la foudre notre serment.”

Quand ils marchaient à la guerre, le soleil s’effaçait, et les plaines se voilaient de lumière argentée.

Les Skayans frappaient sans pitié, car pour eux, le tonnerre était la seule vérité du monde. Leur puissance fit trembler Altherion elle-même ; les archives humaines rapportent que les plus anciens d’entre eux pouvaient briser une Arche d’un seul cri.

Leurs ennemis disaient qu’ils combattaient le ciel lui-même.

Et peut-être n’avaient-ils pas tort.

⛏️ Les Nains — Fils du Feu Sourd

Sous Kar’Drath, les Thram-Kael allumèrent les Lignes de Feu, réseau ancien forgé de métal et de magma, pulsant sous la terre depuis des millénaires.

Quand elles furent activées, la montagne entière rugit : un cœur de braise parcourut les galeries, réveillant les marteaux et les forges.

Les Paladins Runiques sortirent, bardés d’acier gravé de mille runes vivantes. Lents mais inarrêtables, leurs pas faisaient trembler le sol à chaque battement. Rien ne pouvait percer leurs armures : ni la foudre des Skayans, ni la lumière des Convergents. Chaque coup qu’ils donnaient détruisait sa cible, et la roche vibrait à des lieues alentour.

A leurs côtés les Golems, colosse d'acier et de pierre, forgés dans les profondeurs de Kar’Drath et animés par la magie runique des Nains. Chaque golem porte en son cœur une rune gravée par un artisan du feu, véritable âme de la machine. Créés pour la guerre et la protection des forges, ils obéissent à des ordres simples mais absolus, inscrits dans leurs runes maîtresses : protéger, bâtir, venger. Leur force est titanesque, leur endurance infinie, mais ils sont dépourvus de volonté propre : lorsqu’une rune s’éteint, le golem s’immobilise, redevenant statue.

“Là où passe un Paladin Runique, le silence s’incline.”

🩸 Les Orcs — Frères du Sang, du Feu et du Serment

“Le feu n’est juste que lorsqu’il brûle pour protéger.”
— Gor’Mahr, capitaine des Fils de Rokhan.

Puis vinrent les Orcs —

Incarnation vivante de la guerre, chair forgée dans la douleur des Titans. Nés de la terre fendue et du souffle des premiers orages, ils ne craignaient ni acier, ni sort, ni lumière.

Leur fureur était prière, et l’Ormah’dur, flamme ancienne, brûlait dans leurs veines comme le dernier battement du cœur du monde.

Quand ils chargeaient, la terre se fendait. Leur rugissement faisait taire les sorts, et même les Dragons de Verre détournaient leurs yeux. Ils n’avaient ni arches ni machines — Seulement des lignes de chair et de fer, avançant comme une tempête de pas et de serments. Leurs rangs formaient des cercles mouvants, chacun fermé par un feu partagé : Là où tombait un Orc, un autre reprenait la flamme.

Les Tambours de Sang rythmaient leur marche : Chaque battement rappelait la mémoire des Titans, et la peur, autour d’eux, se changeait en poussière. Les illusions se brisaient sur leurs cris comme des vagues contre la pierre, car l’Ormah’dur consumait la ruse et ne laissait subsister que le réel.

Leurs Marteaux du Serment — Armes forgées à la lueur des volcans, rivetées d’os et d’acier ardent — Ecrasaient les armures, ployaient les lames d’énergie, et brisaient les carapaces des bêtes d’Acier des Dissidents. Chaque coup résonnait comme un tonnerre dans les plaines, et ceux qui survivaient disaient que même le vent retenait son souffle.

Les Forgerons-Rouges, héritiers des arts transmis par les Dragons de Cendre, travaillaient au milieu des combats. Leurs bras, couverts de runes brûlées, traçaient dans la poussière des glyphes de feu vivant. Ils ne forgeaient pas seulement des armes — Ils insufflaient à chaque lame un serment, une mémoire, une part d’âme. Chez eux, la magie n’était pas un ordre donné au monde, mais une cicatrice rallumée, un souvenir rendu brûlant. Leur feu ne se commandait pas : il s’écoutait.

À leur approche, même les Silencieux hésitaient. Non parce qu’ils craignaient, mais parce que l’onde rouge de l’Ormah’dur dérangeait la perfection froide de leurs cœurs inversés. Le feu des Orcs faisait vibrer les machines, tordait leurs armures, brisait leurs symétries — Car rien n’est plus imprévisible qu’un serment enflammé.

Tous les clans ne marchaient pas sous la même bannière : Certains, hantés par la haine des Arches, s’allièrent aux Dissidents Gris ; d’autres, liés par dette ou par honneur, offrirent leurs haches aux Convergents. Mais tous partageaient la même certitude : La guerre était une forge, et nul ne devait la laisser refroidir avant d’en avoir compris le prix.

Le plus redouté d’entre eux fut Tharok Fils-de-Rokhan, héritier du Roi-Forge, dernier porteur du Serment Rouge. Sa peau portait la marque des Titans, et sa voix faisait trembler le fer des armures. On disait que lorsqu’il parlait, les flammes se couchaient pour l’écouter. On murmurait aussi qu’il n’avait jamais reculé d’un pas, car, disait-il, « reculer, c’est oublier le feu. »

Tharok commandait la Confrérie du Feu Fraternel, ordre né de l’alliance entre Orcs et Dragons de Cendre. À ses côtés volait Valrûn, ancien dragon dont les ailes étaient bordées de suie et de lumière.

On dit que ses yeux brillaient du même éclat que l’étoile d’Ormah’Durath, Et que nul ne put jamais soutenir son regard. Car dans ses pupilles dansait la mémoire du premier feu, celui qu’aucun dieu n’avait su dompter.

“Aucune illusion ne les distrait, aucun feu ne les retient,
Aucun acier ne les arrête.
Là où ils passent, la terre se souvient —
Et le monde apprend quel prix coûte la guerre.”

🌿 Les Wyveriens — Écoutants du Vent et Gardiens du Souffle

“Tant que le vent respire, rien n’est perdu.”
— Hymne de l’Arbre du Souffle, 487 ESR.

Lorsque la lumière des Arches se brisa et que les cieux se chargèrent de cendres, les Wyveriens demeurèrent sous les ramures de Virelia, non pour fuir le tumulte, mais pour écouter. Ils savaient que le monde ne mourait pas — pas encore - il suffoquait. Et qu’il ne serait pas sauvé par les armes, mais par la respiration rendue au silence.

Sous les branches de l’Arbre du Vent Silencieux, les Aevora, prêtres du Souffle Vivant, firent le serment de ne jamais brandir d’arme ni de lumière, mais de soigner sans juger.

Ils ouvrirent les clairières des vents, où même les ennemis pouvaient venir déposer leurs blessés. Nul sang n’y coulait, et la foudre elle-même s’y taisait. Les Soigneurs du Souffle, qu’on nommait aussi Mains d’Aevora, marchaient entre les armées, drapés de voiles d'air. Leur souffle portait le parfum du vent avant l’orage — Celui qui annonce la paix. Ils ranimaient les mourants, refermaient les plaies, et murmuraient à chaque âme égarée :

“Respire encore, car le monde respire avec toi.”

Même les Dissidents Gris respectaient leur passage. Leurs machines se détournaient, incapables d’entendre la fréquence du vivant.

Les Skayans, lorsqu’ils les voyaient, faisaient taire leurs orages.

Les Orcs inclinaient la tête,

Et les Convergents ralentissaient le flux de leurs Arches pour ne pas troubler leur travail.

Car dans la guerre, il n’existait aucun sanctuaire plus sacré que celui d’un souffle wyverien.

Mais leur tâche les consumait. Le vent, saturé de cendres et d’éclats de verre, blessait et déchirait leurs chairs. Beaucoup d’entre eux moururent sans cri, se dissolvant dans l’air même qu’ils tentaient de purifier. Lorsque les tempêtes cessèrent enfin, il ne resta d’eux qu’un murmure — Celui du vent glissant entre les branches de Virelia.

“Le vent ne choisit pas entre les peuples,
Il se souvient seulement de ceux qui écoutent.”