📜 Lore canon d’Elserath 📜

Chapitre IX : Les Deux Chants de la Guerre

“Ce n’était pas une guerre entre peuples,
mais entre deux vérités qu’aucune ne voulait taire.”
— Chronique d’Altherion, Cycle des Lignes Brisées

Quand la première Arche d’Astral s’effondra, le monde se déchira non pas entre lumière et ombre, mais entre deux visions de la création.

D’un côté, ceux qui voyaient dans les Arches le prolongement du Chant. De l’autre, ceux qui les jugeaient comme une insulte à la Source.

Ainsi naquirent les deux Chants : l’un de Verre et de Feu — l’autre de Foudre et de Silence.

L’Alliance des Trois Feux

(Les Convergents d’Altherion, les Nains de Kar’Drath et les Clans Unis d’Ormarr)

On la nomma plus tard l’Alliance des Trois Feux — car trois peuples nés du feu s’y tinrent côte à côte.

Les Nains furent le premier feu : celui qui forge. Le feu contenu, maîtrisé, patient. Celui qui transforme la pierre en mémoire et le métal en héritage. Dans les Arches, ils ne virent ni miracle ni blasphème, mais un outil. Un prolongement du marteau, une route ouverte à la circulation du minerai, du savoir et des serments. Ils s’allièrent non par foi, mais par lucidité : le monde changeait, et leurs forges devaient brûler au cœur de ce changement.

Les Hommes — les Convergents — furent le deuxième feu : celui qui illumine. La flamme de la compréhension, de l’équation juste, du verre accordé au Chant. Ils voyaient dans les Arches la preuve que l’esprit pouvait approcher la Source sans la profaner. Non pas dominer le monde, mais le comprendre assez pour le relier. Leur feu ne consumait pas : il révélait.

Les Orcs d’Ormarr furent le troisième feu : celui qui brûle. Le feu des steppes et des champs de bataille, né dans la poussière et nourri par l’épreuve. Ils ne cherchèrent ni prospérité ni lumière : seulement la force de défendre ce qui devait durer. Pour eux, ce qui est bâti mérite d’être protégé — ou d’être réduit en cendres s’il se montre indigne.

Leurs poings frappèrent leurs cœurs et leurs serments furent simples. Le feu orc n’illumine pas et ne façonne pas : il éprouve. Il consume le faible, trempe le digne, et se tient debout jusqu’à la dernière braise.

Trois peuples nés du feu. Trois flammes différentes. L’une forge, l’autre illumine, la dernière éprouve. Et pourtant, chacune reconnaît dans l’autre la même origine ardente.

“Tant que brûle le monde, nous serons ses frères.”
— Serment orc d’alliance à Altherion

Le Pacte du Ciel Rompu

(Les Dissidents Gris, les Skayans et les Wyveriens)

On nomma cette alliance le Pacte du Ciel Rompu — car tous s’accordèrent sur un point : les Arches devaient tomber.

Les Dissidents Gris, héritiers de Tharn-Méon, refusèrent de se soumettre à un monde suspendu au caprice du Chant. Ils rêvaient d’une réalité affranchie, fondée sur la logique pure, où la lumière obéirait aux lois et non aux harmonies. Pour eux, les Arches étaient la preuve ultime de la dépendance des Hommes — une béquille dangereuse, un orgueil maquillé en progrès. Les détruire n’était qu’un premier pas. À terme, ils espéraient réduire le Chant au silence et libérer le monde de toute tutelle invisible.

Les Skayans se rangèrent à leurs côtés pour une raison inverse. Là où les Dissidents voulaient se détacher du Chant, eux voulaient le préserver. Ils affirmèrent que les Arches troublaient l’équilibre du ciel, forçaient la lumière et déformaient la respiration des tempêtes. Les Voix du Ciel ne pouvaient accepter qu’une géométrie humaine plie ce qui devait rester libre. Leur lutte n’était pas contre la Source — mais contre ce qu’ils percevaient comme une profanation de son ordre.

Les Wyveriens, fidèles à l’Aevora’Lys, suivirent par conviction silencieuse. Ils sentaient dans les Arches une tension artificielle, une cicatrice dans la trame vivante du monde. Pacifiques, ils refusèrent le carnage. Ils ne levèrent pas l’épée — mais ils se tinrent derrière ceux qui la brandissaient. Guérisseurs des deux camps, ils soignèrent sans distinction, persuadés qu’en laissant les Arches perdurer, la blessure du monde deviendrait irréversible.

“Le silence est plus juste que la folie du feu.”
— Inscription gravée sur les portes de Tharn-Méon

Ainsi se levèrent les deux Chants — non comme des armées, mais comme des visions inconciliables du monde.

L’un voulait accorder le feu à la lumière, unir la pierre, le verre et le sang en une harmonie nouvelle. L’autre voulait rompre l’élan, refermer la plaie du ciel, et empêcher que l’orgueil ne parle au nom de la Source.

Et le ciel, fendu de résonances contraires, vibrait d’un doute ancien — car chacun défendait le monde, et chacun risquait de le briser.

Les Dragons — Les Juges du Feu

“Quand les dieux se turent, il ne resta qu’eux pour écouter le monde.”
— Fragment des Chants du Couchant.

Durant la Guerre d’Astral, la plupart des dragons demeurèrent étrangers aux querelles des peuples.

Mais tous ne furent pas indifférents.

Les Dragons d’Éther, enfants du vent et de la lumière, observèrent la chute des Arches sans un mot. Pourtant, certains d’entre eux se laissèrent gagner par une curiosité cruelle. Ils tournèrent parfois au-dessus des fronts lointains, là où la foudre et le verre noir déchiraient le ciel, et ils rirent de voir les mortels s’acharner à se détruire. On dit qu’ils pariaient, non sur la justice d’une cause, mais sur la durée d’un siège, l’instant d’une rupture, la seconde exacte où une ligne céderait.

Quelques Dragons de Cendre, dans les terres brûlées du Couchant, eurent le même amusement. Ils regardèrent les bannières se consumer, les machines s’effondrer, les chants se briser. Ils ne descendirent pas. Ils comptèrent seulement les jours, les noms et les ruines, comme si la guerre était un brasier dont il fallait mesurer la durée. Et dans leurs échanges, lourds et grinçants, on entendait la mémoire du premier feu.

Les Dragons Abyssaux, eux, ne bougèrent pas : ils restèrent dans les profondeurs de la Mer de Lysséa, vastes et immuables, indifférents aux tempêtes des mortels.

Les Dragons Sylvains ne prirent pas part aux batailles. Ils demeurèrent dans les forêts de Virelia, et Virelia demeura hors de la guerre.

Car chaque fois qu’une armée tenta d’y pénétrer, il n’y eut ni avertissement ni négociation. Les rangs disparurent. Les traces furent effacées. On retrouva parfois des armes tordues sous des racines, ou des armures ouvertes comme des fruits secs, mais jamais de survivants capables de raconter l’instant.

Ainsi, durant toute la Guerre d’Astral, Virelia resta un territoire sacré et de paix, non par accord entre peuples, mais parce que la forêt avait ses souverains — et qu’ils n’acceptaient aucune marche, aucun campement, aucune bannière sous leur ombre.

Quant aux Dragons de Verre forgés par les Convergents, les dragons véritables les méprisent et en rient. Pour eux, ces reflets de cristal ne sont que des coquilles vides, des simulacres d’un feu qu’ils ne comprendront jamais.

“Le verre chante, disaient-ils,
mais c’est la chanson d’un feu qui n’a jamais brûlé.”

Et dans leurs rires grondait la mémoire du vrai brasier.