đ„ Prologue â Le feu qui ne brĂ»le pas deux fois
Il existe, sous les montagnes et les terres anciennes, un feu qui ne brĂ»le pas de la mĂȘme maniĂšre deux fois.
Les Nains lâappellent la Marcheuse des Lignes. Les Orcs, plus directs, la nomment simplement La Mue-Ardente.
Ce nâest ni un dragon, ni un esprit, ni une bĂȘte nĂ©e dâun rituel. Câest un processus vivant â quelque chose qui circule, sâajuste, se renouvelle.
« Si elle passe par ta forge, ne la chasse pas. Nourris-la. Et attends. »
đ Apparence â Le serpent aux braises mouvantes
La Mue-Ardente est une créature serpentine immense, longue comme un tunnel de forge, faite de braises, de cendres et de flammes compactes.
Son corps nâa pas dâĂ©cailles fixes : la matiĂšre qui la compose glisse, se fissure, se reforme en permanence. On dirait un feu qui aurait appris Ă ramper.
Ses yeux â lorsquâils sont visibles â sont deux noyaux incandescents dont la couleur change selon son Ă©tat intĂ©rieur : ambre doux, rouge vif, blanc aveuglant ou noir incandescent.
đ„ Nourriture â Le feu structurĂ©
La Mue-Ardente ne se nourrit pas de flammes ordinaires. Elle cherche le feu ancien, le feu canalisé, contenu, discipliné.
Câest pourquoi elle parcourt souvent les lignes de feu des Nains : ces veines souterraines oĂč circule le Feu Sourd, hĂ©ritage profond des forges du monde.
Elle y glisse lentement, absorbe lâexcĂšs, Ă©quilibre la pression thermique, et laisse derriĂšre elle un silence brĂ»lant⊠et parfois, une mue.
Les Nains ont appris Ă ne pas lâentraver. Car lĂ oĂč elle passe, les lignes survivent plus longtemps.
đ La Mue â Le feu qui se renouvelle
à intervalles irréguliers, la Mue-Ardente abandonne une coquille complÚte de feu solidifié.
Ces mues ressemblent Ă des carapaces serpentines figĂ©es dans un mĂ©tal incandescent, encore chaudes des jours durant, puis lentement refroidies jusquâĂ devenir manipulables â presque.
Chaque mue est un mĂ©tal parfait. Mais aucun nâest identique au prĂ©cĂ©dent.
Car la mue porte lâempreinte de lâĂ©tat dâĂąme de la crĂ©ature au moment oĂč elle lâa laissĂ©e.
âïž Les MĂ©taux de la Mue â Reflets du comportement
Les forgerons orcs et nains ont identifié plusieurs types connus :
Mue Protectrice
MĂ©tal dense, chaud au toucher, presque indestructible. UtilisĂ© pour armures et portes sacrĂ©es. Il absorbe les chocs comme sâil refusait la rupture.
Mue Agressive
MĂ©tal tranchant, vibrant, instable. Les armes forgĂ©es dans cette mue semblent chercher la faille dâelles-mĂȘmes. Difficile Ă contrĂŽler.
Mue Indifférente
Métal neutre, parfaitement équilibré. Idéal pour mécanismes, structures, forges durables. Il ne réagit presque à rien.
Mue Curieuse
Métal résonant, changeant légÚrement de teinte et de température. Utilisé pour artefacts expérimentaux. Il « répond » parfois à son environnement.
Chaque mue est unique. Et chaque forge est un pari.
â ïž Danger â La brĂ»lure qui ne sâĂ©teint pas
Toucher une mue Ă mains nues marque la peau Ă jamais.
Ce nâest pas une brĂ»lure ordinaire. La chair cicatrise, mais la chaleur demeure â une douleur sourde, permanente, comme si un fragment du feu refusait de partir.
Chez les Orcs, ces marques sont portées avec respect. Chez les Nains, seuls les Briseurs et les Veilleurs les acceptent volontairement.
On dit que chaque cicatrice de mue rappelle Ă son porteur que le feu se souvient.
đ§ Comportement â Une humeur incarnĂ©e
La Mue-Ardente nâest pas imprĂ©visible. Elle est changeante.
AprÚs chaque mue, son comportement évolue : elle peut devenir protectrice, encerclant une forge ou une ligne de feu pendant des semaines ; ou agressive, attaquant toute présence qui perturbe son trajet ; ou indifférente, glissant au milieu des peuples sans réagir ; ou curieuse, observant, suivant, imitant parfois les gestes des forgerons.
Ces phases durent jusquâĂ la mue suivante. Nul ne sait ce qui dĂ©clenche le changement.
âïž RĂŽle dans le monde â RĂ©guler, redistribuer, solidifier
Certains sages avancent que la Mue-Ardente est un régulateur du feu.
Lorsque les lignes brûlent trop fort, lorsque les forges tirent trop sur le monde, elle apparaßt. Elle ne détruit pas. Elle redistribue.
Le feu quâelle prend, elle le rend sous forme de mĂ©tal, de structure, de mĂ©moire solidifiĂ©e.
đ Ce que disent les forgerons â Nourris-la, ne la force pas
Une mue laissĂ©e au bon moment, dans le bon Ă©tat du feu, peut donner naissance Ă une Ćuvre quâaucune autre forge ne pourra jamais reproduire.
Mais ceux qui tentent de la forcer, de la blesser, ou de provoquer une mue⊠ne retrouvent souvent que des cendres.
Et parfois, une chaleur dans la peau qui ne sâĂ©teint jamais.
« Le feu change de peau. Et toi⊠tu changes avec lui. »