Annexe cosmologique

🌿 Elyndra — La Compatissante

La Compatissante, la DerniĂšre, la Fille d’Elserath et la MĂšre de toute Vie chantĂ©e : la Primordiale de la Vie.

Origine : Elserath Nature : Primordiale Statut : La DerniĂšre Trace : Toute Vie chantĂ©e Essence : Vie ‱ Compassion ‱ GuĂ©rison ‱ Adaptation

🌿 Elyndra — La Compatissante

« Rien de vivant ne m’est indiffĂ©rent. »

— Parole attribuĂ©e Ă  Elyndra

La DerniĂšre

Sept Primordiaux s’étaient dĂ©jĂ  Ă©veillĂ©s lorsque vint Elyndra.

Élyon brillait.

Nareth tissait.

Kaelgor façonnait.

La MÚre des Océans se souvenait.

Thal courait.

Oris attendait.

Vael veillait derriĂšre son voile.

Et pendant tout ce temps, Elserath changeait.

La matiĂšre s’était mĂȘlĂ©e. Les eaux avaient rencontrĂ© la terre. Les vents parcouraient les reliefs. Les cycles succĂ©daient aux cycles. La lumiĂšre rĂ©chauffait des sols oĂč des formes apparaissaient, se reproduisaient, mouraient et laissaient la place Ă  d’autres.

Elserath n’était plus seulement une sphĂšre.

Il Ă©tait devenu un monde d’une complexitĂ© telle que son harmonie elle-mĂȘme commença Ă  rĂ©pondre.

Quelque chose dans cette multiplicité apprit à reconnaßtre une pulsation commune.

Un frisson.

Une poussée.

Une insistance.

La volonté de continuer.

Et lorsque cette résonance devint conscience


Elyndra ouvrit les yeux.

La Compatissante.
La DerniĂšre.
La Fille d’Elserath.
La MÚre de toute Vie chantée.
La Primordiale de la Vie.

La fille du monde

Elyndra possĂšde une singularitĂ© qu’aucun des sept autres Primordiaux ne partage entiĂšrement.

Elle n’est pas nĂ©e d’un monde lointain avant de venir sur Elserath.

Elle est nĂ©e d’Elserath lui-mĂȘme.

Il fut sa matrice.

Sa premiÚre résonance.

La matiÚre dont le Chant fit émerger sa conscience.

Ainsi, avant qu’Elyndra soit mùre


elle fut fille.

Elserath existait avant elle. Ses ocĂ©ans avaient dĂ©jĂ  connu des marĂ©es. Ses montagnes s’étaient dĂ©jĂ  Ă©levĂ©es. Des pluies Ă©taient tombĂ©es. Des organismes avaient dĂ©jĂ  vĂ©cu.

Puis ce monde donna naissance Ă  une Primordiale.

Et cette Primordiale allait à son tour recouvrir le monde d’une Vie nouvelle.

Elyndra ne créa pas la Vie

Elyndra est appelée la MÚre de toute Vie.

Les peuples modernes n’ont presque aucune raison de remettre ce titre en question. Partout oĂč ils regardent, le vivant porte son empreinte.

Pourtant


la Vie existait avant elle.

Avant le Chant des Huit sur Elserath, des organismes avaient déjà émergé naturellement. La matiÚre avait trouvé seule ses propres chemins.

Chaleur.

Eau.

LumiĂšre.

Temps.

Nécessité.

Sélection.

Adaptation.

Des ĂȘtres apparurent.

Puis d’autres.

Et certains semblent mĂȘme avoir atteint la pensĂ©e, le langage et la civilisation.

Ils étaient vivants.

Mais ils ne portaient aucune trace d’Elyndra.

Ils ne chantaient pas.

La Vie chantée

Ce qu’Elyndra fit naĂźtre n’était donc pas le concept universel de Vie.

Ce fut une forme nouvelle de celle-ci.

La Vie chantée.

Une existence biologique capable de devenir elle-mĂȘme une composante du monde harmonique façonnĂ© par les Huit.

Une chair dans laquelle le Chant pouvait circuler.

Un ĂȘtre dont les Ă©motions pouvaient rĂ©sonner.

Une existence capable de recevoir les empreintes primordiales.

De porter une ùme accordée au nouvel Elserath.

De transmettre cette architecture Ă  sa descendance.

La Vie existait auparavant.

Elyndra lui donna une nouvelle maniùre d’exister.

Le vivant ne fut plus simplement matiÚre organisée capable de se maintenir.

Il devint également :

matiĂšre capable de chanter.

Le Souffle

Les traditions nomment souvent ce geste :

le Souffle d’Elyndra.

Il est ce quelque chose d’infime et pourtant fondamental par lequel Elyndra fait entrer une chose dans le domaine de la Vie chantĂ©e.

Sur ce qui ne vit pas encore


il donne la Vie.

Sur ce qui vit déjà sans appartenir au monde harmonique


il lui apprend Ă  chanter.

Et avec ce Chant nouveau vient Ă©galement quelque chose d’Elyndra.

Une trace.

Une résonance.

Une maniĂšre pour la Compatissante de reconnaĂźtre ce vivant depuis l’intĂ©rieur mĂȘme de sa Vie.

DĂšs lors, ce qui lui Ă©tait auparavant Ă©tranger peut devenir aussi accessible Ă  son autoritĂ© que les ĂȘtres nĂ©s dans le Chant.

Croissance.

Guérison.

Adaptation.

Prolifération.

Organisation du vivant.

Tout ce qui appartient à la Vie chantée peut alors lui répondre.

Kaelgor pourrait façonner des os, des muscles, un cƓur, des poumons, une architecture biologique parfaite.

Thal pourrait mettre cette structure en mouvement.

Oris lui accorder une durée.

Nareth relier chacune de ses fonctions.

Cela ne suffirait pas encore à en faire un vivant du monde chanté.

Alors Elyndra souffle.

Et quelque chose répond.

Quelque chose commence Ă  vivre.

Tous portent sa trace

Élyon donna naissance aux Djinns.

Kaelgor façonna les Nains.

Nareth créa les Humains.

Thal les Skayans.

Oris et Vael les Aelran.

La MÚre des Océans les Lireathi.

Thal et elle donnĂšrent les Wyveriens.

Chaque peuple reçut quelque chose de son créateur.

Une nature.

Une résonance.

Un Chant.

Une maniùre particuliùre d’habiter le monde.

Mais aucun ĂȘtre vivant chantĂ© ne pouvait rĂ©ellement demeurer sans que quelque chose d’Elyndra passe aussi en lui.

Ainsi :

chaque peuple appartient Ă  son Primordial.

Et pourtant


chaque vivant porte également une trace de la DerniÚre.

La Vie donne la Vie

Cela pourrait ĂȘtre l’une des choses dont Elyndra est la plus fiĂšre.

Elle crĂ©a quelque chose qui n’avait plus besoin d’elle pour continuer.

Le premier animal produisit un petit.

La premiĂšre graine donna un nouvel arbre.

La premiÚre génération mourut.

La suivante continua.

La Vie chantée ne resta pas dépendante de sa créatrice.

Elle apprit immédiatement son premier acte véritable :

transmettre ce qu’elle avait reçu.

Élyon comprit immĂ©diatement

Élyon trouvait probablement cette Ɠuvre merveilleuse.

Le Premier Don voyait dans le Souffle d’Elyndra une forme extrĂȘmement proche de sa propre nature.

Elle avait donné quelque chose qui ne lui appartenait plus ensuite.

Et mieux encore :

quelque chose qui se mettait lui-mĂȘme Ă  se donner.

Une mĂšre donne la Vie Ă  un enfant.

L’enfant grandit.

Puis peut, un jour, la transmettre Ă  son tour.

Élyon contemplait cela avec Ă©merveillement.

La Compatissante

La compassion appartient Ă  sa Racine mĂȘme.

Elyndra reconnaĂźt le vivant comme vivant.

Lorsqu’elle regarde un animal blessĂ©, elle ne voit pas seulement une forme abĂźmĂ©e. Elle sent le cƓur accĂ©lĂ©rer, le sang tenter de coaguler, les muscles se tendre, la respiration chercher davantage d’air, la peur apparaĂźtre parce qu’un organisme comprend qu’il risque de disparaĂźtre.

Lorsqu’elle regarde un ĂȘtre vivant


elle perçoit cette chose presque universelle :

« Il cherche encore à continuer. »

Et cette reconnaissance est le commencement de sa compassion.

La mort n’est pas toujours l’ennemie

Cette compassion ne signifie pas qu’Elyndra refuse toute mort.

La Vie elle-mĂȘme lui interdit une vision aussi simple.

Le cerf veut vivre.

Le loup également.

Sauver systĂ©matiquement toutes les proies condamnerait les prĂ©dateurs. EmpĂȘcher toute mort bouleverserait les populations. Les plantes Ă©toufferaient d’autres plantes. Les corps eux-mĂȘmes cesseraient de fonctionner correctement si certaines cellules ne pouvaient plus mourir.

La Vie utilise continuellement des fins pour en permettre d’autres.

Elyndra ne protĂšge donc pas la Vie en refusant toute mort.

Elle protÚge ce qui permet au vivant de continuer malgré elle.

Guérir

Elyndra est la guérisseuse la plus extraordinaire que le monde ait jamais connue.

La chair se reconstruit.

Les nerfs repoussent.

Les vaisseaux se reforment.

Les os se ressoudent.

Sa puissance devient particuliĂšrement extraordinaire lorsqu’un ĂȘtre approche de la mort.

Un cƓur s’arrĂȘte presque.

Une poignée de cellules demeure viable.

Un organe cesse de remplir sa fonction.

Le corps commence Ă  perdre la bataille.

Elyndra peut saisir l’infime portion qui continue encore.

Et lui donner une force impossible.

« Pas encore. »

Le vivant répond.

Le cƓur retrouve un rythme.

Les tissus repartent.

La chair reconstruit.

Tant qu’une vĂ©ritable Vie demeure


Elyndra possĂšde quelque chose avec quoi travailler.

Kaelgor et la jambe

Un ĂȘtre perd une jambe.

Kaelgor pourrait façonner une nouvelle jambe parfaite.

Os.

Articulations.

Muscles.

Tendons.

Chaque détail à sa place.

Elyndra, elle, regarde le corps.

Et lui demande :

« Te souviens-tu encore comment pousser ? »

Puis la jambe repousse.

La Vie n’est pas parfaite

C’est Ă©galement pourquoi Elyndra entretient probablement un rapport beaucoup plus souple que Kaelgor Ă  l’imperfection.

La Vie n’attend pas toujours la solution idĂ©ale.

Elle cherche une solution qui fonctionne.

Un os se ressoude parfois légÚrement de travers. Une cicatrice ne restitue pas parfaitement la peau précédente. Une espÚce détourne un organe ancien vers une fonction nouvelle. Une créature développe une réponse étrange à une contrainte étrange.

Elyndra trouve cela fascinant.

Parce que le vivant ne demande pas toujours :

« Quelle est la meilleure forme ? »

Il demande souvent simplement :

« Quelle forme me permettra de continuer ? »

L’adaptation

La guérison tente souvent de revenir vers un état viable connu.

L’adaptation va plus loin.

Elle accepte que l’ancien Ă©tat ne soit plus suffisant.

Une population rencontre un climat nouveau.

Un prédateur.

Une maladie.

Une ressource différente.

Certaines lignées disparaissent.

D’autres changent.

Au fil des générations, la Vie explore.

Elyndra appartient aussi Ă  cette exploration.

Essayer encore

C’est peut-ĂȘtre l’une des choses qu’Elyndra aime le plus chez les vivants.

Ils ratent.

Une pousse naĂźt au mauvais endroit.

Elle meurt.

Une autre apparaĂźt quelques mĂštres plus loin.

Un animal cherche une nourriture.

Échoue.

Cherche ailleurs.

Une espĂšce rencontre une catastrophe.

Quelques individus survivent.

La génération suivante repart de là.

La Vie n’est pas une succession de rĂ©ussites parfaites.

C’est une quantitĂ© presque inimaginable d’essais.

Et tant qu’un essai demeure possible


la Vie recommence.

Les BĂȘtes d’Elyndra

Avant les grandes civilisations chantées, Elyndra donna naissance à une abondance extraordinaire de créatures.

Les BĂȘtes d’Elyndra.

Des animaux parfois majestueux.

Parfois inquiétants.

Parfois absurdes.

Elle ne semblait éprouver aucune obligation de respecter une esthétique unique.

Les formes se mélangeaient.

Les solutions biologiques se multipliaient.

Les peuples modernes conservent encore des récits de ces créatures comme des premiÚres respirations libres du nouvel Elserath.

Elyndra ne cherchait pas à construire une armée.

Elle voulait voir :

ce que la Vie pouvait devenir.

La Vie peut ĂȘtre monstrueuse

Certaines crĂ©ations montrent une facette d’Elyndra que son titre de Compatissante pourrait presque faire oublier.

Tout ce qui vit n’est pas doux.

Une infection vit.

Un parasite vit.

Une tumeur est composée de cellules vivantes.

Une plante peut Ă©touffer toutes celles qui l’entourent.

Une espĂšce peut prolifĂ©rer jusqu’à ravager un environnement entier.

La Vie ne possĂšde pas automatiquement la mesure.

C’est une force d’une fĂ©rocitĂ© immense.

Elle cherche Ă  continuer.

Parfois


au détriment de tout le reste.

La prolifération

VoilĂ  peut-ĂȘtre la face la plus terrifiante du domaine d’Elyndra.

La croissance possĂšde normalement des limites.

Les cellules reçoivent des signaux.

S’arrĂȘtent.

Meurent lorsqu’elles doivent mourir.

Les tissus respectent une forme générale.

Mais si Elyndra poussait le principe de Vie sans retenue


la rĂ©paration pourrait ne jamais s’arrĂȘter.

Une plaie se ferme.

Puis continue de produire de la chair.

Les os grandissent.

Les tissus s’épaississent.

Des organes apparaissent lĂ  oĂč ils ne devraient pas.

La Vie devient sa propre catastrophe.

La croissance, sĂ©parĂ©e de la compassion et de l’équilibre, devient :

prolifération.

La colĂšre de la Compatissante

La colùre d’Elyndra est donc particuliùrement trompeuse.

Elle n’a pas besoin de faire tomber la foudre.

Ni d’ouvrir la terre.

Lorsque son adversaire appartient déjà à la Vie chantée


son propre corps appartient dĂ©jĂ  au domaine d’Elyndra.

Le cƓur.

Le sang.

Les muscles.

Les os.

La chair.

Le systĂšme immunitaire.

Les mécanismes de réparation.

Et lorsqu’un chose est vivante sans encore lui appartenir


Un Souffle suffit.

Et dùs lors


son propre vivant devient une prise.

Elyndra pourrait demander Ă  tout cela :

« Continue. »

Puis oublier volontairement d’ajouter :

« ArrĂȘte-toi lorsque ce sera suffisant. »

La Compatissante est probablement l’une des Huit qui dĂ©sirent le moins faire souffrir.

Cela ne la rend absolument pas incapable de produire des horreurs.

La Vie contre elle-mĂȘme

Elyndra pourrait également retourner des mécanismes protecteurs contre leur propre organisme.

Une réaction immunitaire existe pour sauver.

Poussée trop loin, elle détruit.

Une coagulation protĂšge d’une hĂ©morragie.

Déréglée, elle peut condamner.

Une inflammation défend.

Excessive, elle ravage.

Elle n’a pas besoin d’introduire quelque chose d’étranger.

Elle peut pousser ce qui vous maintient normalement en vie jusqu’au point oĂč cela devient ce qui vous tue.

La Vie possÚde déjà en elle presque tous les mécanismes nécessaires à sa propre destruction.

Elyndra sait simplement oĂč ils se trouvent.

Les Quatre Premiers Dragons

Puis vint l’une des Ɠuvres les plus dangereuses auxquelles Elyndra participa.

Les Quatre Premiers Dragons.

Kaelgor façonna des formes capables de supporter des puissances inouïes.

Thal poussa leurs possibilitĂ©s vers des limites que mĂȘme les Primordiaux n’avaient encore jamais osĂ© atteindre.

Elyndra accomplit ce qu’elle savait faire.

Elle leur donna la Vie.

La matiĂšre devint chair.

Les structures commencĂšrent Ă  se maintenir elles-mĂȘmes.

Des cƓurs battirent.

Des organismes respirĂšrent.

Puis les Dragons ouvrirent les yeux.

Et quelque chose regarda les Primordiaux.

« Ce n’est pas moi »

Elyndra connaissait la Vie chantée.

Elle reconnaissait son Souffle.

Elle savait comment un organisme rĂ©pondait lorsqu’elle venait d’y dĂ©poser son Ă©tincelle.

Mais lorsque les Quatre s’éveillĂšrent


quelque chose dépassait cette vie.

Quelque chose habitait les formes.

Quelque chose que ni elle, ni Kaelgor, ni Thal n’avaient créé.

Une puissance plus ancienne.

Plus profonde.

Étrangùre à la naissance qu’ils venaient d’accomplir.

Elyndra aurait pu murmurer :

« Ce qui me regarde respirait déjà quelque part avant moi. »

L’Avant-Monde

Bien avant que les Huit ne donnent Ă  Elserath sa forme actuelle, d’autres vies occupaient dĂ©jĂ  le monde.

Des ĂȘtres.

Des lignées.

Peut-ĂȘtre des peuples.

Ils naissaient.

Apprenaient.

Souffraient.

Reconnaissaient leurs semblables.

Certains semblent avoir créé des cultures dont plus aucun nom ne demeure.

Ils étaient vivants.

Mais lorsqu’Elyndra les regardait


elle ne retrouvait rien d’elle-mĂȘme en eux.

Ce qu’ils ne comprirent pas

Les Huit remodelĂšrent Elserath.

Le Chant pénétra les milieux.

De nouvelles formes apparurent.

Les espĂšces d’Elyndra occupĂšrent des niches dĂ©jĂ  habitĂ©es.

Des environnements changÚrent au-delà de ce que les anciennes créatures pouvaient supporter.

La plupart disparurent.

Il est possible que les Primordiaux n’aient pas immĂ©diatement compris l’ampleur de ce qu’ils remplaçaient.

Parce que ce monde antérieur ne leur répondait pas comme le nouveau.

Et pour Elyndra, cette ignorance est probablement l’une des blessures les plus profondes imaginables.

« Je ne pouvais pas les entendre »

Imagine la MĂšre de toute Vie moderne dĂ©couvrant un jour que des ĂȘtres existaient avant son Ɠuvre.

Qu’ils avaient souffert.

Qu’ils avaient peut-ĂȘtre aimĂ©.

ÉlevĂ© leurs enfants.

Construit.

Pensé.

Puis disparu dans un monde que sa propre Vie nouvelle avait progressivement recouvert.

Pas parce qu’Elyndra les haïssait.

Quelque chose de peut-ĂȘtre plus terrible encore pour la Compatissante :

elle n’avait pas compris ce qu’elle regardait.

« Je ne pouvais pas les entendre.

Et j’ai cru que cela signifiait qu’ils ne parlaient pas. »

Sa plus grande honte

Ce serait peut-ĂȘtre la grande faute personnelle d’Elyndra.

Elle qui sait reconnaütre le vivant


avait autrefois confondu :

ce qu’elle ne savait pas reconnaütre

avec

ce qui n’avait pas de valeur vivante.

Elle ne pouvait pas réparer cette erreur.

Les espùces disparues ne reviendraient pas simplement parce qu’elle avait compris trop tard.

Oris ne lui rendrait pas le passé.

La MĂšre des OcĂ©ans elle-mĂȘme ne pouvait restaurer toutes les traces d’un monde presque entiĂšrement effacĂ©.

Il lui restait donc une seule chose :

apprendre.

La compassion aprĂšs la faute

C’est peut-ĂȘtre seulement aprĂšs cette rĂ©vĂ©lation qu’Elyndra devint pleinement la Compatissante.

AprĂšs cela, une question changea probablement Ă  jamais en elle.

Elle ne demanda plus :

« Est-ce que je reconnais la Vie en toi ? »

Mais :

« Et si tu Ă©tais vivant d’une maniĂšre que je ne sais pas encore reconnaĂźtre ? »

Ironiquement, Elyndra possÚde désormais un moyen presque absolu de supprimer cette distance.

Elle pourrait souffler.

Rendre cette Vie étrangÚre compatible avec le Chant.

La sentir.

La comprendre de l’intĂ©rieur.

Et exercer sur elle la mĂȘme autoritĂ© que sur les formes vivantes nĂ©es de son Ɠuvre.

Mais sa faute ancienne lui apprit précisément quelque chose que sa puissance ne pouvait pas lui enseigner.

Être capable de rendre une Vie semblable à la sienne ne signifie pas qu’elle doit le faire.

Comprendre l’étranger ne consiste pas toujours Ă  le transformer jusqu’à ce qu’il devienne comprĂ©hensible.

Parfois


il faut simplement accepter qu’il vive autrement.

La Vieille Mer

Il demeure aujourd’hui encore, dans les profondeurs de LyssĂ©a, quelque chose qui lui rappelle cette leçon.

La Vieille Mer.

Lorsqu’Elyndra apparut son Chant pĂ©nĂ©tra les abysses.

De nouvelles espĂšces apparurent.

Les mers elles-mĂȘmes furent transformĂ©es.

Mais la Vieille Mer continua.

Sans obéir aux lois de la Vie chantée.

Sans porter l’empreinte de la Compatissante.

Sans mĂȘme correspondre clairement aux dĂ©finitions modernes d’un organisme.

Peut-ĂȘtre une crĂ©ature.

Peut-ĂȘtre des milliards.

Peut-ĂȘtre quelque chose pour lequel la distinction n’a aucun sens.

Elle demeure.

Ce qui n’a jamais eu besoin d’elle

Elyndra pourrait contempler la Vieille Mer avec un mélange difficile à décrire.

De la culpabilité.

De la crainte.

De la fascination.

Du respect.

Peut-ĂȘtre mĂȘme une sorte de tendresse.

Car la Vieille Mer constitue la preuve irrĂ©futable d’une vĂ©ritĂ© :

la Vie n’a jamais eu besoin d’Elyndra pour ĂȘtre possible.

Pour certains cultes, ce serait presque blasphématoire.

Pour Elyndra


cela pourrait ĂȘtre magnifique.

La Fracture du Ciel

Puis vint la Fracture.

Tous les Primordiaux furent mutilés.

Mais Elyndra reçut une blessure particuliÚre.

Les autres avaient choisi Elserath.

Ils y avaient travaillé.

Aimé.

Créé.

Elyndra, elle, était née de lui.

Lorsque le monde se dĂ©chira sous le retour brutal de l’Entropie, la plaie traversa directement celle qui portait sa rĂ©sonance vivante.

Chaque rupture dans Elserath trouvait en elle un écho.

Chaque déséquilibre.

Chaque mort massive.

Chaque région ouverte par la catastrophe.

Le monde saignait.

Et sa fille avec lui.

La faute des Huit

La Fracture révÚle également une vérité plus large.

Les Huit aimĂšrent Elserath.

Ils le protégÚrent.

RéparÚrent.

PréservÚrent.

RefusĂšrent trop souvent de laisser certaines choses finir.

Le monde accumula alors naissance, mémoire, structure et continuité sans rendre suffisamment à ce qui devait naturellement se défaire.

Tous participĂšrent Ă  cette erreur.

Mais pour Elyndra


elle devait ĂȘtre presque inĂ©vitable.

Comment la Primordiale qui entend :

« Je veux vivre. »

dans chaque ĂȘtre blessĂ© pouvait-elle facilement rĂ©pondre :

« Cette fois, je dois te laisser mourir » ?

La compassion elle-mĂȘme pouvait devenir une faute lorsqu’elle refusait toute fin.

Et Elyndra dut apprendre que sauver la Vie ne signifie pas nécessairement sauver chaque vivant pour toujours.

Les traces d’Elyndra

Pourtant son absence n’est jamais complùte.

Elle demeure dans la maniĂšre dont une plaie tente de se refermer.

Dans une racine qui pousse autour d’un rocher plutît que de cesser de croütre.

Dans un animal qui protĂšge son petit.

Dans un corps malade qui lutte pendant des semaines.

Dans une espĂšce qui trouve une solution nouvelle.

Dans la fatigue qui exige le repos.

Dans la faim qui rappelle qu’un organisme doit se nourrir.

Dans le rire d’un enfant dont aucun Primordial n’a directement touchĂ© la naissance.

La Vie n’a plus besoin de sa prĂ©sence.

Mais elle porte encore son premier geste.

Elle n’était plus nĂ©cessaire

Il existe une joie étrange dans cette phrase.

Elyndra n’était plus nĂ©cessaire.

Elle avait créé la Vie chantée.

Puis cette Vie était devenue capable de continuer sans sa présence.

Elle n’était plus nĂ©cessaire Ă  chaque naissance.

À chaque respiration.

À chaque guĂ©rison.

Le monde qu’elle aimait n’avait plus besoin qu’elle tienne constamment sa main.

Quelque chose qu’elle avait créé Ă©tait devenu suffisamment vivant pour exister sans elle.

Pour une mÚre véritable


Il n’existe peut-ĂȘtre pas de plus grande rĂ©ussite.

La Compatissante

Elyndra fut la DerniĂšre.

Elserath lui donna naissance.

Puis elle lui donna une Vie nouvelle.

Elle créa la Vie chantée.

Une chair capable de porter les résonances du monde.

Une existence capable d’accueillir une Ăąme accordĂ©e.

Un vivant capable de transmettre son propre Souffle à la génération suivante.

Les autres Primordiaux créÚrent leurs peuples.

Mais aucun de leurs enfants ne put rĂ©ellement devenir vivant sans qu’une trace d’Elyndra passe aussi en lui.

Ainsi, tous les peuples portent quelque chose d’elle.

Sans lui appartenir.

Elle donna.

Puis la Vie apprit Ă  se donner elle-mĂȘme.

Elle crĂ©a les premiĂšres bĂȘtes du nouvel Elserath.

Certaines majestueuses.

Certaines terrifiantes.

Certaines si étranges que Kaelgor dut probablement demander pourquoi elles possédaient cette forme.

Elyndra n’avait pas besoin d’une meilleure rĂ©ponse que :

« Elles vivent. »

Elle apprit que la Vie pouvait réparer.

CroĂźtre.

S’adapter.

Recommencer.

Elle apprit Ă©galement qu’elle pouvait prolifĂ©rer.

Dévorer.

Étouffer.

Que le mécanisme qui sauve peut devenir celui qui tue.

Que la Vie elle-mĂȘme a besoin de fins.

Elle participa à donner un souffle aux formes des Quatre Premiers Dragons


et dĂ©couvrit, lorsqu’ils ouvrirent les yeux, que quelque chose de plus ancien habitait ce qu’elle venait de rendre vivant.

Puis elle découvrit une vérité plus terrible encore.

Avant elle


Elserath vivait déjà.

D’autres ĂȘtres avaient marchĂ© sur ses terres.

Des créatures sans son Souffle.

Des peuples sans Chant.

Des vies qu’elle n’avait pas su reconnaütre parce qu’elles ne lui ressemblaient pas.

La plupart disparurent lorsque le monde des Huit remplaça progressivement le leur.

Elyndra ne put réparer cette faute.

Alors elle apprit.

Elle apprit que ne pas comprendre une Vie ne donne pas le droit de dĂ©cider qu’elle n’en est pas une.

Elle apprit Ă  regarder l’étranger et Ă  se demander :

« Et si quelque chose vivait ici d’une maniĂšre que je ne sais pas encore entendre ? »

La Vieille Mer demeure encore dans les profondeurs comme la preuve silencieuse de cette leçon.

Quelque chose qui précédait son Souffle.

Quelque chose qui n’eut jamais besoin d’elle.

Et qu’elle peut nĂ©anmoins reconnaĂźtre.

Puis la Fracture ouvrit Elserath.

Elyndra fut rejetĂ©e dans Sael’Daryn.

Mais ses enfants continuĂšrent.

Les cƓurs battirent.

Les forĂȘts repoussĂšrent.

Les peuples eurent des enfants.

Les blessures se refermĂšrent.

La Vie continua sans sa MĂšre.

Et peut-ĂȘtre fut-ce son plus grand accomplissement.

Elle n’avait pas créé un monde qui dĂ©pendrait Ă©ternellement d’elle.

Elle avait créé quelque chose qui avait appris à vivre.

Ainsi demeure Elyndra.

La Compatissante.
La DerniĂšre.
La Fille d’Elserath.
La LumiĂšre devenue Chair.
Celle dont tous les peuples portent la trace.
La Primordiale de la Vie.