Annexe cosmologique

⚡ Thal — La Fulgurance

Le Foudroyant, le Libre, le Premier Orage, père des Skayans et co-créateur des Wyveriens, celui qui porta le mouvement jusqu’à l’ultime frontière du réel : le Primordial du Mouvement.

Origine : Thalyn Nature : Primordial Enfants : Skayans • Wyveriens Œuvre majeure : Dragons Essence : Mouvement • Fulgurance • Liberté

⚡ Thal — La Fulgurance

« Une limite n’est pas l’endroit où l’on s’arrête.
C’est l’endroit où l’on découvre ce qu’il reste à franchir. »
— Parole attribuée à Thal

Celui qui mit le monde en mouvement

Lorsque Thalyn fit entendre sa résonance dans le Chant premier, elle ne produisit ni la stabilité de la pierre ni la patience des eaux.

Elle bougeait.

Ses vents parcouraient son immensité. Ses tempêtes se formaient, se brisaient et renaissaient ailleurs. Ses éclairs couraient dans ses cieux comme si même la lumière refusait d’y demeurer immobile.

Puis cette agitation devint conscience.

Le mouvement comprit qu’il bougeait.

Et cette compréhension éclata en rire.

Ainsi naquit Thal.

Le Foudroyant.
Le Libre.
La Fulgurance.
Celui qui ne s’arrête jamais.

Lorsqu’il participa au façonnage d’Elserath, il donna au monde le vent, le voyage et cette impulsion fondamentale par laquelle une chose cesse d’être exactement là où elle était. Sous son influence, les nuages se mirent à courir, les forêts à plier, les poussières à voyager et le monde à changer.

Rien ne devait rester parfaitement figé.

Parce que pour Thal, ce qui ne peut plus changer est déjà presque mort.

Car Thal était le Primordial du Mouvement.

Le Mouvement

Le domaine de Thal dépasse infiniment la vitesse.

Le mouvement est le passage.

D’un lieu vers un autre.
D’une vitesse vers une autre.
D’un état vers un autre.

Une pierre qui tombe, une flèche qui vole, un vent qui naît, une vague qui avance, le sang circulant dans un corps, une vibration traversant la matière, une montagne qui s’effondre, une planète poursuivant sa course : tout cela appartient au domaine de Thal.

Mais un mouvement n’a pas nécessairement besoin de traverser une distance.

Quelque chose peut bouger…

simplement en cessant d’être exactement ce qu’il était.

Un corps qui guérit passe d’un état blessé à un état viable.

Une matière qui fond quitte une structure pour en adopter une autre.

Une pensée se forme.

Une décision remplace une hésitation.

Une magie inactive devient active.

Une possibilité devient un événement.

Une chose vivante meurt.

Une chose morte revient.

Dans chacun de ces phénomènes demeure quelque chose que Thal reconnaît :

une transition.

Et toute transition est mouvement.

Thal représente ce qui refuse que son état présent soit son état définitif.

« Ce qui est n’est pas obligé de rester ce qu’il est. »

La vitesse absolue

Il existe pourtant une limite.

Même pour Thal.

Une frontière inscrite dans les lois fondamentales de l’univers.

La vitesse de la lumière.

Pour les mortels, elle est inaccessible. Pour l’immense majorité des êtres surnaturels, elle l’est également. Même parmi ceux que les peuples appellent parfois divins, presque aucun ne peut espérer l’approcher autrement que comme une abstraction.

Thal peut l’atteindre.

Lorsqu’il déploie pleinement la Fulgurance, le Primordial du Mouvement atteint la vitesse maximale que l’univers autorise.

La lumière.

C’est là que s’arrête le mouvement possible.

Et Thal se tient exactement sur cette frontière.

Le Libre

La liberté de Thal ne consiste pas simplement à refuser toute autorité.

Pour lui, être libre signifie avant tout ne jamais considérer sa position actuelle comme une prison naturelle.

Il existe presque toujours un ailleurs.

Une autre direction.

Une possibilité de partir, de revenir, de contourner, de grimper, de tomber, de recommencer autrement.

Thal n’aime donc pas seulement les voyageurs.

Un homme ayant vécu toute son existence au même endroit peut lui sembler profondément libre s’il continue de changer.

À l’inverse, quelqu’un ayant parcouru le monde entier peut lui apparaître parfaitement immobile s’il transporte partout avec lui les mêmes certitudes.

Le mouvement véritable n’est pas toujours une distance parcourue.

Parfois, il tient dans trois mots :

« Je me trompais. »

Celui qui ne s’arrête jamais

Les récits les plus anciens insistent sur une particularité presque irritante de Thal.

Il bougeait constamment.

Même lorsqu’il écoutait.
Même lorsqu’il réfléchissait.
Même lorsqu’il semblait se reposer.

Un pied changeait de position. Une main cherchait quelque chose. Une étincelle courait le long de son bras. Le vent tournait autour de lui.

Il pouvait commencer une conversation assis et la terminer debout sur une hauteur voisine sans que son interlocuteur ait remarqué l’instant précis où il était parti.

Thal voulait toujours voir ce qu’il y avait plus loin.

Derrière cette montagne.
Puis derrière l’autre.
Au-dessus des nuages.
Sous cette falaise.
Au-delà de cet océan.

Sa réponse préférée devant une inconnue n’était jamais :

« Réfléchissons. »

Elle était :

« Allons voir. »

Une curiosité dangereuse

Cette nature faisait de Thal un être extraordinairement inventif.

Et parfois extraordinairement dangereux.

Thal n’était pas stupide. Il pouvait comprendre des principes d’une complexité inaccessible aux mortels. Mais son instinct lui soufflait toujours qu’une idée devait être mise en mouvement avant de pouvoir être véritablement comprise.

Kaelgor pouvait réfléchir pendant longtemps avant de frapper.

Thal voulait essayer.

Voir ce qui se produisait.

Puis corriger.

Puis recommencer plus vite.

Cette différence entre les deux Primordiaux produisit certaines des œuvres les plus extraordinaires de l’Ère Mythologique.

Elle contribua également à l’une des expériences qui les marquèrent le plus profondément.

Les Dragons.

Thal et Kaelgor

Kaelgor et Thal semblaient presque conçus pour s’agacer mutuellement.

Kaelgor construisait pour que les choses tiennent.

Thal voulait savoir ce qui se produirait lorsqu’on les pousserait jusqu’à leurs limites.

Kaelgor demandait :

« Quelle forme peut supporter cela ? »

Thal répondait :

« Jusqu’où pouvons-nous la pousser ? »

Kaelgor mesurait.

Thal testait.

Kaelgor renforçait.

Thal demandait si renforcer davantage permettrait d’aller encore plus loin.

Et malgré leurs tempéraments opposés, cette complémentarité fonctionnait extraordinairement bien.

Kaelgor était capable de donner une forme aux idées que Thal voulait mettre à l’épreuve. Thal poussait Kaelgor vers des possibilités que le Forgeron n’aurait peut-être jamais explorées seul.

C’est ainsi que naquit leur plus grande ambition commune.

Le rêve des Dragons

Les premières créatures conscientes avaient émerveillé Thal.

Mais l’admiration ne lui suffisait jamais longtemps.

Il voulait comprendre ce qui venait ensuite.

Avec Kaelgor, il commença donc à imaginer des formes capables de dépasser ce que la création avait encore porté.

Des corps immenses. Puissants. Capables de voler malgré leur masse. De traverser les tempêtes. De résister aux chaleurs les plus violentes.

Des créatures qui ne seraient pas seulement adaptées au monde.

Des créatures capables de le défier.

Elyndra apporta à leur ouvrage ce qu’aucune forge et aucun mouvement ne pouvaient produire seuls :

la vie.

Ainsi naquirent les Dragons.

Dans l’intention originelle de Thal se trouvait déjà quelque chose de profondément révélateur : il ne voulait pas créer quelque chose qui resterait éternellement inférieur à son créateur.

Il voulait voir jusqu’où une création pouvait aller.

Il allait obtenir sa réponse.

Les Quatre formes

Les Quatre Premiers furent différents.

Valrûn.
Aelarion.
Ysildren.
Nêhalor.

Kaelgor participa à la construction de leurs corps. Thal à l’impulsion qui poussa ces formes vers des capacités que presque rien d’existant n’aurait pu supporter. Elyndra leur donna le souffle de vie.

Puis les formes répondirent à quelque chose que les Primordiaux n’avaient pas prévu.

Ou plutôt :

quelque chose leur répondit.

Des puissances anciennes trouvèrent dans ces corps des formes capables de les accueillir.

Les Primordiaux avaient cru créer des êtres extraordinaires.

Ils découvrirent qu’ils avaient peut-être aussi construit des portes.

Et quelque chose les avait franchies.

Aelarion

Parmi les Quatre Premiers, aucun ne fascina autant Thal qu’Aelarion.

Parce qu’il y avait en lui quelque chose que le Primordial reconnut immédiatement.

Le mouvement.

Pas simplement la capacité de courir ou de voler rapidement.

Quelque chose de beaucoup plus profond.

Aelarion semblait porter dans son existence même un refus de l’immobilité presque comparable à celui de Thal.

Le Primordial l’observa.

Puis il voulut naturellement savoir.

À quelle vitesse pouvait-il aller ?

La réponse aurait dû être simple.

Aussi extraordinaire soit Aelarion, l’univers possède une limite.

Thal la connaissait mieux que quiconque.

La lumière.

Rien ne va plus vite.

Aelarion n’était manifestement pas au courant.

La première poursuite

Les récits ne savent pas quand la première poursuite eut lieu.

Peut-être Aelarion partit-il simplement.

Et Thal le suivit.

Par jeu.

Par curiosité.

Parce que c’était Thal.

Aelarion accéléra.

Thal aussi.

Le relief disparut. Les montagnes cessèrent d’être des formes et devinrent des lignes. Les distances ordinaires cessèrent d’avoir une signification.

Thal poussa davantage.

Puis encore.

Jusqu’à la Fulgurance.

La lumière.

L’ultime frontière.

Thal savait que la course devait désormais cesser de s’étirer.

Aelarion ne pouvait plus augmenter l’écart.

Puis il le vit s’éloigner.

D’abord légèrement.

Puis davantage.

Et pendant un instant probablement très rare dans l’existence du Foudroyant…

Thal ne rit plus.

Il ne comprenait pas.

Plus rapide que ce qui peut l’être

Aelarion ne possède pas une technique lui permettant de contourner la vitesse de la lumière.

Il va plus vite.

Simplement.

La vitesse de la lumière n’est pas une limite imposée arbitrairement aux êtres faibles. Elle fait partie des règles fondamentales du monde.

Même Thal, manifestation primordiale du Mouvement, atteint cette frontière sans pouvoir la dépasser.

Parce qu’au-delà, le concept même de vitesse ne devrait plus permettre d’aller davantage.

Aelarion s’en moque.

Quelque chose dans la puissance ancienne qui habite sa forme refuse de reconnaître cette interdiction.

Ainsi existe une distinction que peu d’êtres sont capables de comprendre :

Thal est le plus rapide de tout ce qui peut normalement exister.

Aelarion est plus rapide.

Le rire de Thal

La stupeur ne dura probablement pas longtemps.

Puis Thal éclata de rire.

Avec une joie immense.

Parce que quelqu’un venait de lui montrer quelque chose qu’il ne connaissait presque jamais :

une direction nouvelle.

Thal avait passé son existence à montrer aux autres qu’une limite pouvait être approchée.

Défiée.

Atteinte.

Puis il venait de rencontrer un être qui regardait une limite fondamentale de l’univers…

et ne semblait même pas la voir.

Kaelgor pouvait considérer cela comme une horreur.

Pour Thal, c’était merveilleux.

« Je suis le plus rapide de tout ce qui peut être.
Aelarion n’a manifestement pas beaucoup de respect pour ce qui peut être. »

Le seul être qu’il poursuit réellement

Aelarion lui offrait quelque chose qu’aucun être n’avait jamais pu lui donner.

Quelqu’un à poursuivre.

Tout mortel devient immobile lorsqu’il est comparé à la Fulgurance. Même parmi les plus grandes créatures du monde, rares sont celles dont Thal aurait pu considérer la vitesse comme autre chose qu’une différence de degré immense.

Aelarion, lui, pouvait partir.

Et Thal pouvait perdre sa trace.

Pour le Libre, ce n’était pas une humiliation.

C’était une invitation.

Il essaya certainement de le suivre plus d’une fois.

Peut-être même d’innombrables fois.

Non dans l’espoir obsessionnel de « devenir meilleur que lui ».

Parce qu’il voulait comprendre.

Que se trouve-t-il après la lumière ?

Que ressent une chose que l’univers ne parvient pas à ralentir ?

Pourquoi Aelarion peut-il accomplir ce que même Thal ne peut pas ?

Aelarion devint ainsi l’une des rares énigmes que le Primordial du Mouvement ne pouvait résoudre simplement en allant assez vite.

Et il l’adorait pour cela.

Les Dragons d’Éther

Parmi les lignées draconiques ultérieures, les Dragons d’Éther conservèrent particulièrement l’empreinte de sa curiosité.

Leur domaine devint le ciel.

La foudre.

Les courants.

Un mouvement si intime à l’atmosphère qu’ils semblent parfois moins voler que glisser directement dans la matière du ciel.

Ils furent décrits comme forgés dans la curiosité de Thal et devinrent des souverains du firmament, capables de manier une foudre d’une violence extraordinaire.

Mais même eux ne partageaient pas nécessairement sa philosophie.

Certains Dragons regardaient le ciel et concluaient :

« Il nous appartient. »

Thal aurait probablement répondu :

« Voilà précisément ce qui est intéressant avec le ciel : il n’appartient à personne. »

Le mouvement ne peut pas être possédé.

Au moment où on l’enferme complètement, il cesse d’être ce qu’il était.

La Mère des Océans

Puis Thal créa avec un autre être.

La Mère des Océans.

Ils semblaient pourtant profondément différents.

Thal était l’élan.

Elle était la mémoire.

Thal partait.

Elle conservait.

Thal regardait devant.

Elle savait ce qui demeurait derrière.

Mais les eaux enseignèrent au Foudroyant quelque chose d’essentiel.

Une mer n’est jamais réellement immobile.

Les courants circulent. L’eau s’évapore. Monte. Devient nuage. Tombe. Entre dans les rivières. Traverse les terres.

Puis revient.

Elle se déplace continuellement.

Et pourtant quelque chose demeure.

Thal découvrit ainsi une forme de mouvement différente de la sienne.

Le mouvement qui revient.

Les Wyveriens

De la rencontre du Souffle de Thal et de la Mère des Océans naquirent les Wyveriens.

Leur nature porte encore cette double origine.

Mouvement.

Souffle.

Perception.

Mais également sève, continuité et rapport profond au monde vivant.

Thal leur donna l’élan.

La Mère des Océans leur apprit qu’un départ ne signifie pas nécessairement un abandon.

Ainsi, les Wyveriens volent sans chercher à posséder le ciel. Ils partent sans considérer que revenir constitue un échec. Ils peuvent demeurer auprès d’une forêt pendant des générations et pourtant sentir chaque changement qui la traverse.

Ils incarnent quelque chose que Thal ne comprenait peut-être pas encore entièrement lorsqu’il s’éveilla :

rester n’est pas forcément être immobile.

Une forêt reste.

Et pourtant elle pousse.

Respire.

Meurt.

Renaît.

Change continuellement.

Puis Thal créa seul

Thal voulut un jour savoir ce que deviendrait un peuple né directement de son propre principe.

Du mouvement.

De la foudre.

Du ciel.

Et cette question, comme beaucoup de questions de Thal, devint très rapidement quelque chose de réel.

Il rit.

Le ciel répondit.

Et dans le Premier Orage naquirent les Skayans.

Les Enfants du Tonnerre

Les Skayans naquirent directement de Thal.

Ils furent les enfants du vent libre et de la foudre.

Mais surtout, ils reçurent de lui cette impatience fondamentale devant l’immobilité.

Il ne leur donna pas une terre calme.

Il ne leur offrit pas un sanctuaire protégé.

Leur premier territoire fut le ciel.

Les sommets.

Les endroits où l’air manque.

Là où la tempête frappe sans prévenir.

On raconte que les autres Primordiaux lui demandèrent où ses enfants devaient vivre.

Thal aurait répondu :

« Là où ils iront. »

— Et si le vent les emporte ?
« Qu’ils apprennent à voler. »

— Et s’ils tombent ?
Thal aurait souri.
« Alors ils monteront à nouveau. »

Le dépassement

Le véritable héritage que Thal transmit aux Skayans ne fut probablement pas la foudre.

Ce fut le dépassement.

Chez eux, la faiblesse n’est pas la honte suprême.

La stagnation l’est.

Tomber signifie avoir tenté.

Échouer peut apporter une connaissance.

Découvrir qu’une limite existe est acceptable.

Décider qu’elle devra nécessairement rester là pour toujours l’est beaucoup moins.

Voilà pourquoi ils respectent autant celui qui progresse.

Un prodige paresseux peut perdre leur admiration.

Un être médiocre qui passe sa vie à dépasser lentement ce qu’il était hier peut la gagner.

Cette idée appartient profondément à Thal.

« Le passé dit où tu étais.
Je veux savoir où tu vas. »

Le père qui protège mal

Thal aimait ses enfants.

Mais sa manière de les aimer pouvait paraître effroyable aux autres peuples.

Il protégeait peu.

Pour Thal, empêcher quelqu’un d’affronter une épreuve qu’il a librement choisie peut signifier lui retirer quelque chose d’essentiel.

Comment savoir jusqu’où l’on peut monter si quelqu’un vous ramène au sol dès que le vent devient dangereux ?

Cette philosophie survit avec une rudesse extrême chez les Skayans.

Leur Défi de l’Orage tue encore.

Beaucoup regardent un autre lutter longtemps avant de lui tendre la main, parce qu’ils considèrent parfois que sauver quelqu’un trop tôt revient à lui voler la réponse qu’il était venu chercher.

C’est une philosophie dangereuse.

Parfois injuste.

Parfois terriblement coûteuse.

Et profondément héritée de leur Père.

Le tonnerre ne juge pas

Une parole skayane ancienne affirme :

« Le tonnerre ne juge pas.
Il révèle. »

Elle pourrait presque avoir été prononcée directement par Thal.

La tempête ne récompense pas les bons.

Elle ne punit pas les mauvais.

Elle est là.

Vous choisissez de la rencontrer.

Puis elle révèle ce que votre corps, votre maîtrise, votre courage et votre jugement étaient réellement capables de supporter.

Thal n’était pas un Primordial de justice.

Il pouvait respecter quelqu’un dont il désapprouvait profondément les choix si cet être avait réellement poussé quelque chose au-delà de ce que l’on croyait possible.

Et il pouvait se désintéresser d’un être immensément doué qui n’avait jamais cherché à devenir autre chose que ce qu’il avait reçu à sa naissance.

Rien ne se transmet par le sang

Cette philosophie explique également pourquoi Thal aurait probablement méprisé toute prétention à une autorité fondée uniquement sur la naissance.

Chez les Skayans, la Loi des Vents considère encore que la légitimité doit être prouvée et que le prestige passé ne suffit pas éternellement.

Dire :

« Je mérite cela parce que mon père l’avait. »

aurait sans doute obtenu de Thal une réponse très simple :

« Ton père, peut-être. Toi ? »

La colère du Foudroyant

Thal riait beaucoup.

Il provoquait.

Il s’enthousiasmait.

Il changeait parfois de sujet avant que les autres aient fini de répondre au précédent.

Lorsque Thal était simplement irrité, des éclairs pouvaient apparaître autour de lui.

Lorsqu’il était réellement furieux…

il devenait calme.

Immobile, presque.

Et le monde bougeait à sa place.

Le vent accélérait. Les arbres pliaient. La poussière quittait le sol. Les courants changeaient. Les mers se creusaient. La pression du ciel chutait. La foudre commençait à se former sans qu’il ait besoin de l’appeler.

Tout le mouvement qui parcourait habituellement son corps semblait soudain avoir été transféré au monde.

Un Thal silencieux et parfaitement immobile était beaucoup plus inquiétant qu’un Thal hurlant au milieu des éclairs.

Le Premier Orage demeure

Thal n’est plus physiquement présent sur Elserath.

Pourtant, son héritage est presque impossible à ne pas rencontrer.

Chaque tempête rappelle son passage.

Chaque aile skayane.

Chaque Wyverien quittant une branche pour suivre un vent.

Chaque enfant qui décide de recommencer après avoir échoué.

Chaque voyageur qui quitte une terre connue.

Chaque être qui regarde une limite et se demande ce qu’il y a derrière.

Le monde qu’il a contribué à façonner n’a jamais cessé de bouger.

Peut-être est-ce la seule œuvre qu’il ait toujours voulu laisser.

La Fulgurance

Thal poussa.

Et le monde partit.

Il participa à la création des Dragons parce qu’il voulait savoir jusqu’où la création pouvait aller.

Il vit les formes qu’ils avaient façonnées appeler des puissances capables de dépasser leurs propres créateurs.

Il contempla Aelarion franchir la frontière que même lui ne pouvait dépasser…

et il en fut émerveillé.

Avec la Mère des Océans, il créa les Wyveriens et apprit qu’un mouvement pouvait revenir sans cesser d’être libre.

Puis il créa les Skayans.

Ceux auxquels il donna le ciel, la foudre, l’Aer’Thalan et cette insatisfaction permanente devant ce qu’ils étaient hier.

Il ne leur apprit jamais à rester en sécurité.

Il leur apprit à découvrir jusqu’où ils pouvaient aller.

Thal savait qu’un mouvement pouvait conduire à une chute. Il savait qu’une expérience pouvait devenir catastrophe. Il savait mieux que beaucoup que certaines portes, une fois ouvertes, laissent entrer des choses que même leurs créateurs ne peuvent plus rattraper.

Mais il ne cessa jamais de croire qu’un monde incapable d’avancer aurait été pire encore.

Voilà pourquoi il ne demanda jamais :

« Jusqu’où devons-nous nous arrêter ? »

Il demanda :

« Jusqu’où pouvons-nous aller ? »

Et lorsque l’univers lui-même répondit :

« Jusqu’à la lumière. »

Thal atteignit la lumière.

Puis Aelarion passa devant lui.

Et le Primordial du Mouvement éclata de rire.

Ainsi demeure Thal.

Le Foudroyant.
Le Libre.
Le Premier Orage.
Père des Skayans.
Le plus rapide de tout ce qui devrait pouvoir exister.
La Fulgurance.
Celui qui ne s’arrête jamais.
Le Primordial du Mouvement.