Bestiaire — CrĂ©ature tellurique

🜂 Les Brouteurs de Pierres

Ceux qui mñchent ce que le monde n’a pas su oublier — lourds comme des collines, patients comme les siùcles, et capables d’avaler le trop-plein d’un lieu
 jusqu’à ce que le silence revienne.

Nature : BĂȘtes telluriques RĂŽle : Stabilisation du Chant Danger : Faible (sauf entrave) PrĂ©sence : Ruines “qui vibrent trop”

🜂 Prologue — Ceux que nul Chant n’a appelĂ©s

Il existe, dans les replis les plus anciens d’Elserath, des crĂ©atures que nul Chant n’a appelĂ©es et qu’aucune magie n’a façonnĂ©es.

On les nomme les Brouteurs de Pierres.

Ils ne sont ni nĂ©s d’un sort, ni issus d’une corruption, ni Ă©veillĂ©s par une volontĂ© consciente. Ils sont apparus lĂ  oĂč le monde dĂ©bordait encore de lui-mĂȘme — comme si la terre, trop pleine, avait cherchĂ© un estomac.

« Le monde n’a pas toujours besoin d’un hĂ©ros. Parfois, il lui faut une mĂąchoire. »

đŸȘš Apparence — La lourdeur incarnĂ©e

Les Brouteurs de Pierres ressemblent Ă  d’immenses lĂ©zards trapus, au corps exagĂ©rĂ©ment massif, presque difforme. Leur peau est Ă©paisse, craquelĂ©e, faite de plaques minĂ©rales mĂȘlant Ă©caille et roche — comme si la pierre avait appris Ă  ramper.

Leur ventre traĂźne presque au sol. Leurs membres sont courts, puissants, maladroits. Leur tĂȘte large abrite une mĂąchoire lente mais implacable, capable de broyer des siĂšcles de ruine avec la mĂȘme patience qu’une herbe tendre.

Ils se dĂ©placent avec une pesanteur hypnotique : chaque pas semble demander l’accord du sol lui-mĂȘme.

đŸ”„ Nourriture — Ce que le monde rejette

Les Brouteurs de Pierres ne mangent pas pour vivre. Ils mangent pour absorber.

Leur nourriture est singuliĂšre : roches trĂšs anciennes, ruines imprĂ©gnĂ©es de Chant, fragments de sols saturĂ©s d’énergie magique, vestiges de rituels oubliĂ©s, zones oĂč le rĂ©el vibre trop.

Ils broutent littĂ©ralement la pierre, lentement, patiemment, jusqu’à ce que l’excĂšs disparaisse. AprĂšs leur passage, la magie devient plus stable, le sol plus silencieux, les lieux moins dangereux — mais aussi moins “chargĂ©s” de ce qu’ils Ă©taient.

Ils ne guĂ©rissent pas le passĂ©. Ils l’avalent.

🧠 Esprit — Une conscience incomplùte

Les sages s’accordent sur un point troublant : les Brouteurs de Pierres pensent. Mais leur esprit est rudimentaire, semblable à celui d’un trùs jeune enfant.

Ils reconnaissent la faim, la satiĂ©tĂ©, la douleur, certaines prĂ©sences familiĂšres. Ils peuvent s’attacher Ă  un lieu, Ă  une source d’énergie, voire Ă  un ĂȘtre qui les a nourris ou protĂ©gĂ©s.

Mais ils ne comprennent ni la peur, ni la haine, ni la mort. Lorsqu’ils dĂ©truisent un mur sacrĂ© ou une relique, ce n’est jamais par malice : ils mĂąchent simplement ce qui brille trop fort.

đŸŸ Comportement — Lenteur et obstination

Un Brouteur de Pierres est presque impossible Ă  dĂ©tourner. S’il a “choisi” une zone saturĂ©e, il avancera vers elle jour aprĂšs jour, semaine aprĂšs semaine, ignorant obstacles et blessures mineures.

Il ne charge pas. Il n’attaque que s’il est bloquĂ© ou blessĂ©. Et mĂȘme alors, sa violence est confuse, maladroite — faite de coups lourds sans intention rĂ©elle de tuer, comme un enfant trop grand qui ne mesure pas sa force.

On apprend vite, prùs des ruines, qu’il vaut mieux guider que contrarier.

⚖ RĂŽle — La rĂ©ponse involontaire d’Elserath

Certains Ă©rudits osent une hypothĂšse : les Brouteurs de Pierres seraient une rĂ©ponse involontaire d’Elserath.

Quand le Chant s’accumule trop longtemps sans ĂȘtre entendu, quand la magie stagne, quand les ruines refusent de s’effacer, le monde engendre des crĂ©atures capables de digĂ©rer l’excĂšs.

Ils ne sont pas des gardiens. Ils ne sont pas des juges. Ils sont une fonction — brute, lente, nĂ©cessaire.

Quand le passé pÚse trop, la terre invente des dents.

đŸ•Żïž TragĂ©die silencieuse — La perte sans nom

Il arrive que l’on voie un Brouteur s’arrĂȘter brusquement, au milieu d’un site vidĂ© de toute Ă©nergie. Il reste lĂ , immobile, comme dĂ©sorientĂ©.

Certains disent qu’à cet instant, il ressent quelque chose qui ressemble à la perte — non parce qu’il comprend ce qui a disparu, mais parce que sa faim n’a plus d’objet.

Alors il repart, plus lentement encore, à la recherche d’un autre endroit qui brille trop.

📜 Ce que disent les anciens

Dans certaines communautés proches des ruines dangereuses, on laisse parfois volontairement un passage libre, des pierres exposées, un ancien cercle non protégé.

Pour que le Brouteur vienne. Pour qu’il mange. Et pour que, ensuite, le silence puisse enfin revenir.

« Ne le frappe pas s’il mange la pierre.
Il ne détruit pas notre histoire.
Il empĂȘche qu’elle nous dĂ©vore. »