Annexe cosmologique

☀️ Élyon — Le Premier Don

Le premier des Primordiaux, père des Djinns et origine de l’Elyon’Dar, celui pour qui donner signifiait laisser réellement une part de soi devenir celle d’un autre : le Primordial du Don.

Origine : Elyar Nature : Premier Primordial Enfants : Djinns Essence : Don

☀️ Élyon, le Premier Don

« Qu’ai-je que je puisse rendre tien ? »
— Parole attribuée à Élyon

I — Le Premier et le plus Brillant

Avant les peuples, avant les royaumes et avant même que les Primordiaux ne posent leur regard sur Elserath, Elyar brillait déjà. Le Soleil du système n’était alors qu’un astre parmi les créations de la Source, immense foyer de matière et de lumière traversé par les résonances du Premier Chant.

Puis, lentement, sa lumière apprit à répondre. Sa résonance devint pensée, sa pensée devint volonté, et de cette volonté naquit Élyon.

Il fut le premier des Primordiaux à s’éveiller, le premier écho céleste de la Source à devenir pleinement conscient.

Les récits les plus anciens décrivent rarement cet éveil comme une proclamation ou une apparition majestueuse. Ils parlent plutôt d’un rire. Élyon contempla un univers qui existait déjà sans lui et, pour la première fois, quelque chose dans cet univers éprouva la joie de pouvoir offrir une part de soi à autre chose.

C’est pour cette raison qu’il fut plus tard appelé le Premier, le plus Brillant, l’Aube consciente ou encore le Porteur du Premier Feu. Pourtant, aucun de ces titres ne désigne véritablement ce qu’il était.

Car Élyon n’était pas le Primordial du Soleil.

Élyon était le Primordial du Don.

II — Le Don — Ce qui peut devenir autre

Le Don n’est donc pas seulement la générosité. Il ne désigne pas davantage une bénédiction, une récompense ou une faveur accordée à quelqu’un que l’on pourrait ensuite retirer. Dans sa forme primordiale, le Don est l’acte par lequel quelque chose qui appartenait à un être cesse réellement de lui appartenir afin de devenir celui d’un autre.

Cette distinction était fondamentale pour Élyon. Donner n’était pas prêter. Donner n’était pas confier temporairement. Donner n’était pas placer une partie de soi chez quelqu’un tout en conservant sur elle un droit supérieur.

Un véritable Don créait une perte chez celui qui donnait et une possibilité nouvelle chez celui qui recevait.

« Ce qui est véritablement donné ne peut plus être repris. »

Élyon était celui pour qui une existence n’était jamais entièrement enfermée dans ce qu’elle possédait déjà.

Il pouvait ajouter.

Faire apparaître chez un autre une possibilité qui n’était pas la sienne auparavant.

Une puissance.

Un savoir.

Un Nom.

Une nature.

Une propriété.

Même une contrainte.

Il n'y a pas de limite connu à ce qu'Elyon pouvait offrir.

Et son pouvoir n’attendait pas que le monde lui donne la permission de donner.

C’était précisément ce qu’Élyon dut apprendre au fil de son existence :

tout ce qui peut être offert ne mérite pas nécessairement de l’être.

Car le plus dangereux dans un véritable Don n’est pas toujours ce qu’il apporte.

C’est qu’une fois accompli…

il devient réel pour celui qui l’a reçu.

III — La joie d’Élyon

Les traditions les plus anciennes décrivent rarement Élyon comme une figure solennelle.

Il était curieux de tout ce que les autres Primordiaux faisaient naître et trouvait dans chaque création nouvelle une raison supplémentaire d’aimer le monde.

Lorsqu’une chose existait, sa première impulsion était souvent de se demander ce qu’elle pourrait devenir si on lui offrait davantage.

Cette générosité immense constituait à la fois sa plus grande vertu et l’une de ses principales faiblesses.

Élyon comprenait instinctivement le geste de donner.

En revanche, il comprenait beaucoup moins facilement pourquoi quelqu’un pouvait ne pas vouloir recevoir.

Et cette incompréhension était d’autant plus dangereuse que son pouvoir n’exigeait justement pas l’accord du receveur.

Pour Élyon, offrir une possibilité nouvelle semblait presque toujours merveilleux.

Il dut apprendre que le fait de pouvoir donner quelque chose ne signifiait pas nécessairement qu’il fallait le faire.

Qu’un Don pouvait écraser celui auquel il était destiné.

Qu’une puissance offerte trop tôt pouvait détruire.

Qu’un savoir pouvait devenir un fardeau.

Qu’une capacité supplémentaire pouvait enlever autant de liberté qu’elle en apportait.

Et que certaines choses, même offertes avec amour, auraient mérité d’être laissées à la porte.

Élyon pouvait ainsi commettre une forme d’erreur presque impossible pour les mortels :

donner parfaitement quelque chose qu’il n’aurait jamais dû donner.

Car une fois son geste accompli…

même son regret ne suffisait pas à le reprendre.

IV — Les Djinns — Le premier grand Don

Lorsque Elyndra fit naître la vie sur Elserath, Élyon contempla des êtres capables de sentir, de grandir, de rêver et surtout de transmettre à leur tour ce qu’ils avaient reçu. Fasciné par cette possibilité, il voulut créer ses propres enfants.

Ainsi naquirent les Djinns.

Leur corps était fait de lumière condensée, de pensée, de mémoire et de Chant. Ils ne vieillissaient pas, ne respiraient pas et n’étaient jamais véritablement séparés de la musique du monde. Leur existence elle-même constituait déjà un Don, mais Élyon voulut leur offrir davantage encore.

Il leur donna la possibilité de donner au monde des noms.

De cette faculté naquit l’Elyon’Dar, la Parole d’Élyon. Les Djinns pouvaient percevoir le Nom véritable des choses et, lorsqu’ils comprenaient suffisamment ce Nom pour le prononcer, agir sur ce qu’elles étaient. Nommer une pierre pouvait la faire chanter. Nommer un fleuve pouvait en modifier le cours. Nommer le vent pouvait l’appeler, le détourner ou l’apaiser.

Mais l’Elyon’Dar n’était jamais un simple ordre imposé au réel. Un Djinn devait comprendre profondément ce qu’il souhaitait nommer, et chaque Nom véritable prononcé créait un lien entre lui et ce qu’il avait nommé. Plus il donnait au monde, plus il appartenait lui-même à ce monde.

L’Elyon’Dar portait ainsi, depuis son origine, la marque exacte de son créateur : tout véritable Don transforme également celui qui donne.

V — Les Élus d’Élyon

Les Djinns ne furent pas les seuls êtres à recevoir directement quelque chose d’Élyon.

Durant l’Ère Mythologique, il arriva au Premier Primordial de porter son regard sur des membres des autres peuples et de leur offrir une part de lui-même.

Ils étaient rares.

Contrairement à ce que prétendirent certaines légendes beaucoup plus tardives, Élyon ne choisissait ni les plus puissants, ni nécessairement les plus sages, ni même ceux que leurs sociétés considéraient comme les plus vertueux.

Il choisissait ceux en qui il reconnaissait quelque chose qui lui ressemblait.

Quelqu’un qui avait déjà appris à donner.

Ce critère rendait ses choix profondément imprévisibles.

Un héros admiré de tous pouvait ne jamais attirer son regard, tandis qu’un inconnu pouvait recevoir le Don après un acte que personne d’autre n’aurait même remarqué.

Élyon ne récompensait pas la réputation.

Il reconnaissait un geste.

Et lorsqu’il avait choisi…

le futur Élu n’était pas nécessairement consulté.

Certains accueillirent certainement son apparition avec émerveillement.

D’autres avec peur.

Peut-être certains auraient-ils préféré rester exactement ce qu’ils étaient.

Mais Élyon n’avait pas encore toujours compris qu’un Don immense pouvait également être une violence lorsqu’il était imposé.

Être digne du Don

Il ne suffisait pas de se montrer généreux pour attirer l’attention d’Élyon. Le Premier Primordial connaissait la différence entre partager ce dont on n’avait pas besoin et abandonner réellement quelque chose de soi.

Les êtres sur lesquels se posa son regard avaient souvent accompli un geste dont ils ne pouvaient espérer aucun retour. Ils avaient laissé partir quelque chose qu’ils auraient pu garder, parfois au prix de leur sécurité, de leur avenir ou de ce qui leur était le plus précieux.

Élyon cherchait cette capacité à laisser véritablement partir ce que l’on possédait.

Un roi juste pouvait ne jamais être choisi.

Un être brutal pouvait l’être.

Quelqu’un qui donnait parce qu’il ne supportait pas de posséder ce dont un autre avait besoin pouvait comprendre le Don plus profondément qu’un saint ayant consacré sa vie à la vertu.

Alors, parfois, le Premier Primordial s’approchait.

Et il donnait à son tour.

VI — Le Second Nom

À ceux qu’il choisissait, Élyon ne remettait ni arme sacrée, ni fragment matériel de son pouvoir. Il leur donnait un second Nom.

Le premier Nom disait ce que l’être avait toujours été. Il portait sa nature, son histoire, son origine et la place qu’il occupait dans le Chant du monde.

Le second affirmait quelque chose qui n’aurait normalement jamais dû pouvoir être vrai :

cet être est également lumière.

Ce second Nom ne remplaçait pas le premier. Il se superposait à lui sans l’effacer, ajoutant à la nature originelle du mortel une possibilité nouvelle venue directement d’Élyon.

Ces êtres furent ceux que les textes modernes désignent, faute de connaître leur véritable appellation, sous le nom d’Élus d’Élyon.

VII — Les Invincibles du Jour

Le second Nom ne s’exprimait pleinement que lorsqu’un Élu était atteint par la lumière du jour. Sous la lumière d’Elyar, la frontière entre sa nature mortelle et le Don d’Élyon devenait presque inexistante.

Alors, un Élu pouvait déployer une puissance comparable à celle des Djinns. Il pouvait manier l’Elyon’Dar, prononcer les Noms qu’il était parvenu à comprendre et commander à la matière, au feu, au vent ou à d’autres réalités dont il connaissait véritablement la nature.

Certains Élus passèrent des siècles à n’apprendre que quelques Noms, tant la compréhension requise était profonde. D’autres devinrent des maîtres terrifiants de l’Elyon’Dar, capables de remodeler autour d’eux des fragments entiers du monde.

Leur seconde nature leur accordait également quelque chose de plus redoutable encore.

Sous la lumière du jour, leur second Nom affirmait continuellement leur existence.

Une lame pouvait traverser leur corps. Un feu pouvait les engloutir. Une chute pouvait broyer leurs os. Une force suffisamment grande pouvait même mutiler ou disperser temporairement leur chair. Mais tant que la lumière du jour les baignait, le Don persistait à rappeler au monde ce que l’Élu était censé être.

Et son corps revenait vers cette forme.

Même durant l’Ère Mythologique, lorsque les Chants des peuples étaient infiniment plus puissants qu’ils ne le sont aujourd’hui, affronter ouvertement un Élu d’Élyon en plein jour relevait de la folie.

De là viennent certains des noms que les légendes leur donnèrent plus tard : les Immortels du Jour, les Porteurs de l’Aube, ceux que le Soleil refusait de laisser mourir.

Quand le Soleil disparaissait

Élyon ne leur avait pourtant jamais retiré leur première nature. Le second Nom ne remplaçait pas ce qu’ils étaient ; il s’ajoutait à eux.

Lorsque la lumière directe du jour cessait de les atteindre, ce second Nom perdait l’essentiel de sa puissance. Leur corps ne bénéficiait plus de cette affirmation permanente et ils redevenaient vulnérables.

La nuit transformait donc certains des êtres les plus puissants à avoir jamais marché parmi les peuples en créatures qui devaient de nouveau craindre la mort.

Mais le Don avait tout de même profondément modifié leur existence. Même sans lumière, ils ne vieillissaient plus et les maladies ordinaires ne pouvaient plus les emporter.

Ainsi, celui qu’une armée entière n’aurait pu tuer sous le Soleil pouvait mourir d’une lame unique une fois la nuit tombée.

Cette contradiction nourrit une grande partie des légendes qui leur survécurent.

VIII — Des êtres puissants, non des souverains

Les Élus d’Élyon furent parfois rois. Certains devinrent guerriers, d’autres explorateurs, artisans, guérisseurs, gardiens ou érudits. Il n’exista jamais de fonction unique associée au Don, car Élyon ne cherchait pas à créer des représentants de sa volonté.

Il ne leur demandait pas de bâtir des temples.

Il n’exigeait aucun culte.

Il ne leur confiait aucun territoire à conquérir.

Il ne leur ordonnait pas d’imposer sa vision du monde.

Le Don était à eux.

À partir de l’instant où il avait été offert, ils pouvaient même l’utiliser d’une manière qu’Élyon désapprouvait. Cette possibilité troubla profondément certains peuples anciens. Pourquoi le Primordial ne reprenait-il pas ce qu’il avait donné à quelqu’un devenu indigne ? Pourquoi permettait-il qu’une puissance venue directement de lui serve parfois des intérêts opposés aux siens ?

Parce qu’il ne le pouvait pas.

Ou, plus exactement, parce qu’une telle action aurait nié ce qu’il était.

Un Don révocable n’était pas un Don.

C’était un prêt.

Élyon ne prêtait pas.

IX — La Fracture du Ciel

Lorsque survint la Fracture du Ciel, le lien entre les Primordiaux et Elserath fut brisé. Ils furent séparés du monde qu’ils avaient façonné, et les peuples entrèrent dans une époque où les voix du commencement ne pouvaient plus les accompagner comme auparavant.

À partir de cet instant, aucun nouvel Élu d’Élyon ne vit jamais le jour. Le Premier Primordial ne pouvait plus poser son second Nom sur un mortel, et les derniers Élus devinrent donc, sans l’avoir choisi, les derniers pour toujours.

On aurait pu croire que la disparition d’Élyon les priverait de ce qu’il leur avait accordé.

Il n’en fut rien.

Le second Nom leur appartenait désormais. Il n’était pas maintenu par une volonté distante d’Élyon, ni suspendu à son attention.

Ainsi, chaque matin, même après la disparition des Primordiaux, les anciens Élus levaient les yeux vers la lumière.

Et le Don répondait encore.

Ce fut peut-être la démonstration la plus parfaite de la nature d’Élyon : même son absence ne pouvait reprendre ce qu’il avait offert.

X — L’Éclipse des Voix

Puis vint l’Éclipse des Voix.

Les harmoniques du monde furent réécrites, et les Djinns, êtres constitués presque entièrement de Chant, furent anéantis parce que la substance même dont ils étaient faits cessa soudain de pouvoir exister telle qu’elle avait existé auparavant.

Les Élus subirent une destinée différente.

Sous le Don demeurait encore leur premier Nom.

Lorsque le second fut brisé, ils ne disparurent donc pas.

Ils retombèrent.

Le Soleil était toujours là. Sa chaleur touchait toujours leur peau, sa lumière baignait toujours leurs visages, mais pour la première fois depuis des siècles, parfois des millénaires, rien ne répondit.

Ils étaient redevenus ce qu’ils avaient été avant qu’Élyon ne les choisisse.

Des êtres de chair.

Mortels.

Certains vécurent encore plusieurs décennies. D’autres moururent rapidement dans le chaos qui suivit l’Éclipse, incapables de s’adapter immédiatement à une fragilité qu’ils avaient oubliée depuis trop longtemps.

Avec eux disparurent progressivement les derniers êtres capables d’expliquer avec certitude ce qu’avait réellement été un Élu d’Élyon.

XI — La Mère des Océans et le Dernier Enfant

L’Éclipse des Voix aurait dû faire disparaître tous les Djinns.

Elle n’y parvint pas.

Lorsque leurs voix furent arrachées au monde, la Mère des Océans agit. Elle rassembla ce qui demeurait de son propre Nom dans les profondeurs de la mémoire du monde et l’utilisa pour sauver un unique enfant d’Élyon.

Le dernier Djinn.

Celui qu’elle nomma Asha.

Elle lui offrit un refuge entre les Rives et la Mer de Lysséa, dans un lieu que les vivants ne peuvent plus véritablement atteindre. Puis elle paya le prix de cet acte.

Son Nom disparut du monde.

Il cessa de pouvoir être prononcé. Les peuples oublièrent jusqu’au son qui avait autrefois désigné celle qui avait porté la mémoire des océans. Les récits se vidèrent progressivement de ce qui avait été son identité première, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ce qu’elle avait choisi d’être au terme de son sacrifice :

la Mère des Océans.

Elle avait sauvé l’enfant d’un autre en abandonnant jusqu’à la possibilité d’être encore pleinement nommée elle-même.

XII — Le seul Don qu’Élyon ne put rendre

Parmi tous les actes accomplis depuis l’éveil des Primordiaux, peu touchèrent Élyon aussi profondément que celui de la Mère des Océans.

Elle n’avait pas simplement sauvé un Djinn.

Elle avait sauvé son dernier enfant.

Et pour y parvenir, elle n’avait pas offert une part de sa puissance, abandonné une possession ou sacrifié quelques années de son existence. Elle avait donné son propre Nom.

Ce qui la définissait.

Ce par quoi le monde pouvait se souvenir d’elle.

Ce qu’aucun être ayant compris l’Elyon’Dar ne pouvait considérer comme insignifiant.

Aux yeux d’Élyon, son geste était peut-être l’expression la plus pure du Don qu’il ait jamais contemplée. Elle avait donné quelque chose qu’elle savait ne jamais pouvoir reprendre, sans possibilité d’échange, de compensation ou de retour, simplement pour qu’un autre continue d’exister.

Le Primordial qui avait passé son existence à offrir aux autres découvrit alors quelque chose qu’il connaissait beaucoup moins bien :

recevoir.

Et surtout recevoir quelque chose qu’il lui serait impossible de rendre.

« J’ai enseigné au monde à donner.
Elle m’a enseigné ce que cela coûte. »

XIII — Ceux que le monde oublia

Aujourd’hui, les peuples d’Elserath ne se souviennent plus des Élus d’Élyon. Aucun ordre n’en conserve la généalogie, aucune institution ne revendique légitimement leur héritage et leur véritable appellation elle-même semble avoir disparu.

Il ne reste que des histoires.

Celles d’un guerrier que personne ne pouvait faire saigner tant que brillait le Soleil. D’une femme qui aurait vécu neuf vies humaines sans vieillir. D’un roi que des milliers de soldats ne purent tuer et qui mourut pourtant au coucher du jour. D’une artisane capable de demander au métal de changer de forme. D’un voyageur dont les blessures disparaissaient chaque matin. D’une reine qui traversa seule un champ de bataille sous les flèches sans tomber. Ou encore d’un héros invincible assassiné lorsqu’une éclipse transforma midi en nuit.

Les cultures modernes ne relient plus nécessairement ces récits entre eux. Certains y voient des exagérations, d’autres les vestiges de saints anciens, de monstres, de demi-dieux ou de manifestations disparues de Chants aujourd’hui inconnus.

Parfois, deux peuples racontent le même Élu sous deux noms différents sans savoir qu’ils parlent du même être. Ailleurs, plusieurs Élus ont été fusionnés dans une seule légende. Certains exploits authentiques ont été attribués à des héros qui n’ont jamais existé, tandis que de véritables Élus ont disparu de la mémoire collective au point que leur nom n’est même plus attaché à leurs propres actes.

Le temps a accompli ce qu’aucun ennemi n’avait réussi à faire sous le Soleil :

il les a rendus méconnaissables.

XIV — Héritage du Premier Don

Les Djinns ont presque disparu.

Les Élus ne sont plus.

Les peuples ont oublié une grande partie de ce qu’Élyon fut réellement.

Pour beaucoup, il n’est plus qu’une figure solaire des mythes les plus anciens : le Primordial lumineux, le premier éveillé, le père des Djinns. Pourtant, ces titres ne décrivent que les conséquences visibles de sa nature.

La lumière éclaire ce qui était caché. La chaleur permet à quelque chose de croître. Le feu transmet son existence à ce qu’il embrase. L’aube rend au monde ce que la nuit lui avait retiré.

Tout, chez Élyon, parle du passage d’une possibilité d’un être vers un autre.

Lorsque l’univers apprit pour la première fois à devenir conscient de lui-même, la première chose que cette conscience voulut faire ne fut pas régner, posséder ou se préserver.

Elle voulut offrir quelque chose à une autre.

Élyon fut cette impulsion.

Le premier éclat qui ne chercha pas seulement à briller, mais à éclairer.

Et parmi toutes les paroles qui lui sont attribuées, une seule suffit peut-être à résumer ce qu’il demeure :

« Ce que je garde s’éteindra avec moi.
Ce que je donne pourra brûler après moi. »

Ainsi est Élyon.

Le Premier.

Le plus Brillant.

Père des Djinns.

Celui qui offrit aux mortels une lumière qu’il ne pouvait reprendre.

Le Primordial du Don.