Bestiaire — LĂ©gende murmurĂ©e aux veillĂ©es

🩮 La Marche de Celui que la Terre Refusa

On raconte qu’un jour sans saison, la terre s’ouvrit sans fracas — et rendit un squelette sans nom, sans regard, mais avec une direction.

AffinitĂ© : Aucune Nature : Revenant sans centre Danger : Faible (mais dĂ©rangeant) PrĂ©sence : Pas qui “rappellent”

🩮 Prologue — Le jour sans saison

On raconte qu’un jour sans saison, la terre s’ouvrit sans fracas. Ni tombe profanĂ©e, ni rituel brisĂ©, ni main impie : la terre, simplement, le rendit.

Un squelette se redressa, lentement, comme on se relùve d’un long repos interrompu. Il n’avait ni chair, ni nom, ni regard — et pourtant, il savait marcher.

Les anciens jurent qu’il ne revint pas “d’entre les morts”.
Il revint d’un oubli imparfait.

🌑 La Terre Refusa — Pas par cruautĂ©, par inachĂšvement

On dit que le monde ne l’a pas voulu mort. Non par tendresse, non par justice : par faute de conclusion. Quelque chose, en lui, n’avait pas Ă©tĂ© refermĂ©, scellĂ©, terminĂ©.

Ce n’est pas une rĂ©surrection. C’est une dĂ©cision du sol — une phrase du rĂ©el qui ne supporte pas qu’une note reste suspendue.

Il marche sans arme, sans haine. Et dans son sillage, il n’y a ni prĂ©sage de guerre, ni menace de peste : seulement une direction.

Ceux qui l’ont vu disent :
il n’a pas l’air vivant.
Il n’a pas l’air mort.
Il a l’air
 attendu.

đŸ•Żïž Ce qu’il est — Une marche sans visage

Il n’a ni voix, ni souffle, ni yeux — et pourtant, il semble “regarder” par l’angle de sa tĂȘte, comme si l’habitude survivait Ă  la chair.

Son ossature porte la poussiĂšre de plusieurs lieux : grains de sel, cendre fine, sable clair, pollen sec. Comme si la route l’écrivait Ă  mesure.

Les prĂȘtres disent qu’il n’entre dans aucune doctrine : il ne porte ni malĂ©diction ni bĂ©nĂ©diction. Il n’est pas une punition. Il n’est pas un signe envoyĂ©. Il est un fait.

Il ne demande rien.
Mais tout, autour de lui, hésite à parler.

👣 La Marche — Vers des lieux qui n’existent plus

Il traverse des plaines qui n’ont plus de nom. Il gravit des collines arasĂ©es par le temps. Il s’arrĂȘte parfois au milieu de routes qui ne mĂšnent plus nulle part.

Là, il demeure immobile des heures entiùres, comme s’il attendait que le paysage se souvienne. Mais rien ne vient.

Les anciens disent que ses pas le conduisent vers des lieux effacĂ©s au-delĂ  mĂȘme des ruines : une maison effondrĂ©e avant la mĂ©moire, un port dont la mer s’est retirĂ©e, une citĂ© dont le vent a pris jusqu’à la poussiĂšre.

On peut perdre une ville.
On peut perdre ses ruines.
Mais on ne perd pas toujours la direction.

đŸ«€ Ce qu’il cherche — Un amour que l’esprit a oubliĂ©

Car il cherche quelqu’un. Un amour ancien, plus vieux que la poussiĂšre qui le recouvre. On ne sait s’il s’agissait d’une amante, d’un Ă©poux, d’une voix qui l’appelait au crĂ©puscule, ou d’une prĂ©sence assise Ă  ses cĂŽtĂ©s quand le monde Ă©tait encore simple.

Il ne s’en souvient pas. Mais son corps, lui, sait.

Parfois, lorsqu’il atteint l’endroit exact oĂč cette personne aurait dĂ» se trouver, le squelette s’arrĂȘte. Il incline la tĂȘte. Ses doigts se ferment dans le vide. Et le vent, dit-on, se fait plus doux.

Ce n’est pas la mĂ©moire qui le pousse.
C’est l’habitude d’aimer.

đŸ”„ Les tentatives — “Pas encore.”

Les mages ont tentĂ© de le dĂ©truire. Le feu l’a dispersĂ©. La pierre l’a brisĂ©.

Mais toujours, ailleurs, il s’est relevĂ© — comme si la route elle-mĂȘme recousait ce qui avait Ă©tĂ© dĂ©fait. Comme si le monde rĂ©pondait, sans colĂšre, avec une patience terrible :

Pas encore.

Alors on a cessĂ© d’essayer. On le laisse passer. On s’écarte. On se tait.

📜 Enseignement — La mort ajournĂ©e

Les sages d’Elserath enseignent ceci :

« Tant qu’un amour n’a pas Ă©tĂ© retrouvĂ©,
la mort elle-mĂȘme peut ĂȘtre ajournĂ©e. »

Et certains ajoutent, Ă  voix basse, non comme une menace — comme une vĂ©ritĂ© trop nue :

« Quand il s’arrĂȘtera enfin,
ce ne sera pas parce qu’il aura trouvĂ© la fin

mais parce que quelqu’un l’aura reconnu. »

⚖ PrĂ©sage — Marche doucement

Depuis, quand un chemin ancien vibre sous des pas invisibles, quand un lieu oublié semble attendre encore, on murmure aux enfants :

Marche doucement.
Il pourrait passer.

Et les veillées se ferment sur une idée simple, qui pÚse plus que les menaces : il existe des liens si profonds que le monde refuse de les laisser mourir sans témoin.