Chapitre XII : La Naissance d'une Étoile
🌌 La Bataille du Chant Fendu (511 ESR)
“Ce jour-là, toutes les voix du monde parlèrent en même temps —
et le monde se tut.”
— Chronique de la Fracture Seconde, Chant anonyme d’Altherion
Ce fut la dernière bataille de la Guerre d’Astral, l’instant où toutes les puissances du monde se heurtèrent, et où la réalité elle-même vacilla.
Les Arches d’Astral n’étaient plus que des débris suspendus dans la brume, reflets immobiles d’un monde brisé.
Sur les plaines vitrifiées de Velygrad, les armées convergèrent pour la dernière fois.
Les Convergents firent chanter leurs magies liées : les Rayons Astral, les dragons de verres, les Feux Sélectifs, les Voiles Mentifs, tissant dans l’air une toile de lumière et de terreur. Chaque note était un fragment du Chant arraché au réel, chaque souffle un cri de création blessée. une symphonie de lumière et de terreur, Ecrasant les sens, pliant le réel.
Les Dissidents Gris, drapés dans le silence des machines, déchaînèrent leurs chœurs métalliques et leurs bêtes d’acier. Leur science inversait la magie, effaçait les lois, redessinait le monde à chaque tir. Là où ils passaient, le Chant lui-même hésitait à exister.
Les Nains de Kar’Drath dressèrent la Muraille de Feu Sourd. Leurs Paladins Runiques, gravés de braise, avançaient comme des montagnes vivantes. À leurs côtés marchaient les Golems d’Acier, animés par les runes anciennes — colosses muets dont chaque geste faisait trembler la pierre. Rien ne pouvait percer leurs armures : Ni foudre, ni feu, ni lumière inversée. Ils marchaient sans hâte, sans colère — Chaque pas un séisme, chaque coup un rappel du Feu Sourd.
Les Orcs d’Ormarr, consumés par l’Ormah’dur, étaient devenus la guerre incarnée. Chaque mouvement était un cataclysme, chaque cri rallumait les cendres du monde ancien. Ils frappaient le sol de leur poing, et la terre répondait par des geysers de braise. La lumière elle-même les fuyait. Frères contre frères, ils se battaient sans haine — car la rage, chez eux, était prière.
Et au-dessus d’eux, les Skayans, menés par Eld’var l’Éclair sans Ailes, fendaient le ciel. Leur art de l’Aer’Thalan atteignit sa forme ultime : la foudre pure, libre de toute matière. Le ciel s’ouvrait en deux, vomissant des torrents d’or et d’azur. Le tonnerre devint un cri, Et le cri, un cataclysme. Les dragons de verre fondaient sous leurs coups, et même les Rayons Astral vacillaient face à leurs orages.
Alors tout se rejoignit. Le feu, la foudre, la pierre, la lumière et le néant se croisèrent en un seul point — et le monde s’arrêta.
Le Chœur du Silence naquit de cet instant. La résonance du Chant, déchirée, se retourna sur elle-même. Les sons moururent, la magie se tut, et la trame du monde commença à se dissoudre. Les cieux se fendirent, la terre se plia, et tout ce qui vivait se figea entre deux battements. Même les dieux, dit-on, détournèrent le regard.
Alors Eld’var comprit. Elle vit que le Chant s'effondrait, et que si nul ne l’arrêtait, le monde entier se perdrait dans le Néant du Silence.
Elle abandonna ses armes, ouvrit les bras au ciel, et appela la foudre une dernière fois — non pour frapper, mais pour unir ce qui se défaisait.
“Que la foudre me prenne,
si elle peut encore sauver ce qu’elle brûle.”
Le ciel répondit. Un éclair sans couleur, vaste comme le monde, tomba du firmament et enveloppa Eld’var.
La lumière recouvrit tout, et dans cet éclat, la voix du Silence se brisa.
Lorsque les vents revinrent, Velygrad était devenue un désert de cristal, figé, mais vivant encore.
Le Chant s’était tu — mais la réalité, elle, avait survécu.
Les Aelran dirent :
“Elle a frappé le vide,
et le monde s’est souvenu de respirer.”
Et lorsque la nuit tomba, une étoile bleue et or s’alluma dans le ciel. Les peuples la nommèrent Eld'var, l’Éclair sans Ailes, gardienne du ciel et mémoire du tonnerre.
“Le Chant s’est fendu,
mais la lumière trouva un nom pour le silence.”
⚡ Eld’var, l’Éclair sans Ailes
Née sans les ailes que tous les siens possédaient, Eld’var apprit à combattre le ciel, défiant les vents eux-mêmes.
Sa maîtrise du tonnerre était absolue : elle guidait les orages comme d’autres menaient des armées, et sa voix, disait-on, pouvait fendre les nuages. Durant la Guerre d’Astral, elle mena les Skayans à travers les batailles du Verre et de la Cendre, forgeant sa légende dans la lumière et le sang.
Lorsque le Chœur du Silence tomba, Eld’var sentit le Chant se briser. Les tempêtes mouraient dans le ciel, la foudre ne répondait plus à ses prières.
Alors, refusant de voir son peuple s’éteindre dans le mutisme, elle appela la foudre une dernière fois avant qu’elle ne s’éteigne.
Sans ailes, sans écho, sans armes.
Et sa voix se mêla au vide, non pour le défier, mais pour le comprendre. Son Chant lia les fragments du monde, scella les fissures laissées par la guerre et les Arches détruites, et empêcha l’effondrement complet de la réalité. Elle sauva Elserath tout entier — au prix de sa propre essence.
Dans cet acte, son corps se dissout en lumière dorée, et son âme monta vers les astres.
Une détonation muette embrasa le firmament. Et dans la nuit du monde, un éclat d’or pâle s’éleva — une étoile sans ailes, un éclair figé entre deux respirations.
Ainsi naquit Eld’var, l’Éclair sans Ailes, dernière du Marteau Ailé.
“Elle ne monta pas au ciel : le ciel s’abaissa pour la recevoir.”
🌌 Les Hommages d’Elserath
Lorsque le silence se brisa enfin, tous les peuples d’Elserath pleurèrent son nom.
Les Aelran, premiers à comprendre l’ampleur de son sacrifice, composèrent la Lamentation d’Eld’var, que l’on dit être le plus beau chant jamais créé par des mortels. Ses harmonies furent si parfaites qu’on prétend qu’en l’écoutant, la mer elle-même retint sa vague.
Les Convergents, avant de disparaître à jamais, lui dédièrent leur ultime chef-d’œuvre : une statue immense d’argent pur, forgée dans le dernier Feu d’Altherion.
On l’appela la Danseuse aux Mille Éclats.
Cette figure mouvante, parcourant le monde en chantant la Litanie du Tonnerre, semble danser à travers les vents et pleurer des larmes de lumière. Nul ne peut la contempler sans que son cœur ne se serre et que ses yeux ne s’emplissent de larmes. Les Nains eux-mêmes déclarèrent qu’aucune œuvre, même issue de leurs forges, ne pourrait jamais égaler cette merveille. Et sous les cieux d’argent, tandis que la Danseuse poursuivait son pas infini, tous les peuples murmurèrent :
“Qu’elle veille sur le monde qu’elle a sauvé.”