🗿 Annexe bis IV — La Statue d'Obsidienne

🩸🔥 La Légende de la Statue de Rokhan

Le Roi-Forge, le Dragon, et le Silence des Cendres

On raconte qu’au terme de son duel contre le Dragon des Cendres — un affrontement si violent que les steppes d’Ormarr en portent encore la cicatrice noire — Rokhan Fils-de-la-Cendre fit l’ultime offrande de l'Ormah’Dur.

Son souffle devint pierre.
Son cœur devint braise.
Et son corps devint obsidienne rouge, debout, marteau levé, tel qu’il fut figé dans l’instant où sa force brisa les ailes de la bête.

Les Orcs dirent alors qu’il n’était pas mort :

« Le feu ne s’éteint que lorsqu’on cesse de le regarder. »

Les Aelran et les Lireathi notèrent qu’une nouvelle étoile était née dans le ciel — Ormah’Durath, d’un rouge profond — preuve que son exploit ne serait jamais oublié.

Mais la statue…
La statue disparut.

Elle demeura introuvable, malgré les recherches des Orcs, malgré les prières des Conteurs nains, malgré les augures des Lireathi, malgré les éclats du verre des Arcanistes.


🜂 Ce que disent les légendes : la nuit où les braises marchèrent

Certains bardes orcs affirment qu’une nuit entière, les terres d’Ormarr furent parcourues d’un souffle chaud, comme si des pas de braise traversaient les plaines.

Les herbes noircirent sans brûler.
Les tambours cessèrent un instant de battre.

Et au matin, il ne restait plus rien.
Ni socle.
Ni empreinte.
Ni trace de pierre.

Les sages parlèrent d’un vol, d’un sacrilège, d’un prodige.
Mais aucun mortel n’aurait pu déplacer une masse d'obsidienne pétrifiée portant l’Ormah’Dur.


🜇 Le secret que seuls les Dragons connaissent

Il existe pourtant une vérité que nul peuple n’osa jamais imaginer :
la statue ne fut pas volée.
Elle fut accueillie.

Les Dragons de Cendre — ceux dont le souffle forge et consume, nés du feu noir où Kaelgor et Thal unirent jadis leurs chants — observèrent le duel de Rokhan avec une attention qu’ils n’ont jamais avouée.

Ils virent un mortel
qui ne recula pas,
qui ne supplia pas,
qui frappa avec la même fierté,
la même rage sacrée,
que leurs propres lignées anciennes.

Et lorsque Rokhan se changea en pierre,
les Dragons n’y virent pas une fin…
mais une naissance.

Dans leur orgueil, ils ne l’ont jamais dit.
Mais dans leur mémoire — plus profonde que les volcans —
ils reconnaissent Rokhan comme l’un des leurs,
un être né de feu et de courage,
un frère silencieux dont le cœur brûle encore.

Ainsi, par une nuit d’écho rouge,
trois Dragons de Cendre planèrent au-dessus des steppes,
et sans un mot, sans un rugissement,
ils emportèrent la statue dans leurs serres.


🜂 Le Repos du Roi-Forge

On dit que, dans les Volcans du Couchant — cette terre que même les Orcs ne foulent plus depuis la Symphonie de la Fin — repose un sanctuaire que nul œil mortel n’a jamais vu.

Un dôme de roche vitrifiée,
baigné de coulées de lave,
où la chaleur chante comme un chœur ancien.

Au centre, sur une estrade née du magma,
se tient encore
la Statue d’Obsidienne — Rokhan, le Roi-Forge.

Les Dragons de Cendre passent devant elle comme on traverse un temple.
Ils courbent la tête — un geste qu’ils n’accordent à personne.
Ils murmurent des mots que seuls les feux comprennent.

Et parfois, très rarement,
l’obsidienne rouge palpite d’un éclat lent,
comme un cœur qui se souvient.


🩸 Prophétie murmurée des Orcs

Les Orcs disent :

« Quand les Trois Soleils danseront,
le Roi-Forge sortira du feu,
et marchera de nouveau entre les vivants. »

Ils ne savent pas que les Dragons, dans leurs volcans du Couchant,
attendent eux aussi ce jour.