🪦 Annexe bis XIV — Hareth-la-Lente-Voix

🜄 Hareth-la-Lente-Voix

Le Dernier Archon Noir

Celui qui entendit la vibration que même la mort ignore

Origine véritable de la Grande Dissonance


I. Avant tout : un chroniqueur brisé

Hareth n’était pas né mage, ni prêtre, ni guerrier. Il fut un chroniqueur, l’un des derniers scribes d’Altherion ayant survécu au Chœur du Silence.

Quand les tours de verre se brisèrent, quand les voix se turent, quand les ombres se figèrent, il fut de ceux qui fuirent vers le Nord, emportant avec lui des pages carbonisées et des noms déjà oubliés.

Ceux qui l’accompagnèrent — les derniers exilés — formèrent un peuple errant : les Veilleurs des Cendres, qui vivaient dans le deuil et priaient seulement pour que la lumière accepte de se lever encore.


II. Sa découverte : la vibration résiduelle

Hareth fut le premier parmi eux à formuler une idée terrifiante et magnifique :

« En chaque être demeure une vibration. Un écho si ténu que même la mort ne parvient pas à l’éteindre. »

Il affirma que cette vibration :

n’appartient ni à l’âme, ni au corps,

ne relève ni du souvenir, ni de la magie,

est le reste du Chant : un fil si mince qu’il échappe même aux dieux.

Il enseigna que cette vibration n’était pas perdue : elle attendait qu’on l’inverse, qu’on la retourne sur elle-même, comme on tire une corde pour faire entendre une note cachée.


III. La renaissance de Vael’Soth — l’Ombre du Chant

Hareth enseigna un chant oublié, un chant fondé non sur la voix… mais sur l’absence de voix.

La musique née du silence lui-même.

Mais cette idée ne naquit pas seule.

Elle ne surgit pas d’un génie, ni d’une révélation claire.

Elle fut une orientation, une main invisible posée sur la pensée.

Certains soirs, lorsque les Veilleurs des Cendres s’endormaient, Hareth percevait une infime correction.

Un souffle qui ne se donnait pas comme une voix, mais comme une évidence.

Une inflexion dans la manière de prononcer l’absence.

Une note qui n’était pas une note.

Il crut d’abord que c’était son deuil.

Il crut que c’était sa fatigue.

Il crut que c’était le monde qui craquait.

Il ne comprit pas que quelqu’un lui apprenait.

La Reine des Ténèbres ne lui parla pas en plein jour.

Elle ne se montra pas.

Elle ne demanda pas.

Elle souffla seulement — imperceptible — jusqu’à ce que, sans même s’en rendre compte, Hareth sache comment manier ce silence chanté.

Ce chant inversé avait un nom :

Vael’Soth — l’Ombre du Chant.

Et sous sa voix lente, presque murmurée, le monde changea :

les cadavres tressaillirent,

les disparus se relevèrent,

les ombres se solidifièrent,

les noms oubliés résonnèrent dans la poussière.

Mais quelque chose n’allait pas. Les revenants ne parlaient plus comme avant. Leurs voix semblaient venir d’un lieu antérieur à la lumière. Leurs regards n’étaient que fenêtres creuses, comme si le monde n’était plus digne d’être vu.

Ce n’étaient pas des vivants. Ce n’étaient pas des morts.

C’étaient la les premières ombres façonnées par Vael’Soth : des silhouettes remplies d’un écho qui n’avait jamais appartenu aux mortels.


IV. La découverte du Fragment

En fouillant un sol brisé par les siècles, dans une lande où les éclairs ne tonnaient plus, les Veilleurs des Cendres découvrirent un éclat sombre :

Un fragment du ciel fendu, tombé lors de la Fracture du Ciel.

Une pierre d’ombre, pulsant d’une vibration qui n’était pas du monde.

Ils l’appelèrent :

Le Cœur du Souvenir.

Ils crurent l’avoir trouvé par hasard.

Ils crurent que le monde, parfois, laisse traîner ses reliques comme des regrets.

Mais ce fragment n’était pas “sur leur chemin”.

Il avait été placé.

La Reine des Ténèbres, patiente comme une nuit sans lune, avait semé l’éclat d’Entropie là où Hareth finirait par passer.

Non par compassion.

Non par curiosité.

Par dessein.

Elle avait besoin d’un homme assez brisé pour oser l’inversion, assez savant pour la structurer, assez désespéré pour ne plus reculer.

Et plus encore : elle avait besoin d’un réceptacle.

Un être qui, sans le savoir, deviendrait la forme stable d’une chose qui ne devait pas avoir de forme.

Car son plan n’était pas d’approcher l’Entropie.

Son plan était de l’incarner — non en elle… mais ailleurs.

Elle voulait un axe qu’elle pourrait utiliser, un point fixe où appuyer ses volontés.

Un instrument vivant, qui tiendrait l’Entropie sans la dissiper — et lui permettrait, pensait-elle, d’agir à travers ce qui dépasse les lois.

Et Hareth, sans le savoir, marchait exactement vers cette fonction.


V. L’événement fatal : Quand l’ombre du Chant prit voix

Le Cœur du Souvenir n’était pas un fragment divin.

C’était un éclat d’Entropie, une blessure du monde laissée ouverte depuis la Fracture.

Quand Hareth l’approcha avec ses chants inversés, le fragment entendit Vael’Soth.

Et il répondit.

Il donna voix à ce qui n’en avait jamais eu.

Il fit parler le Rien.

Il fit vibrer le Néant.

La Dissonance se mit à respirer.

Le monde eut peur.

Et ce fut là que le plan atteignit son cœur : Hareth ne fut pas détruit.

Il ne fut pas vidé.

Il ne fut pas réduit à l’état de Délié.

Il devint ce que la Reine des Ténèbres avait voulu fabriquer :

un Archon Noir.

Elle croyait alors — dans la froideur de son calcul — qu’elle pourrait l’atteindre.

Qu’elle pourrait tirer sur ce fil et faire plier l’Entropie à travers lui.

Qu’un Archon Noir serait un trône… et non une énigme.

Mais au moment même où l’Archon prit forme, elle comprit la limite de sa propre immensité.

Car un Archon Noir n’est pas une créature de l’ombre.

Il n’est pas un serviteur.

Il n’est pas une porte.

Il est une contradiction stable.

Une architecture que même la volonté ne peut pas saisir.

Elle chercha un point d’accroche.

Elle tenta de poser sa marque, son sceau, sa loi.

Mais il n’y avait rien à tenir.

Et pire encore : l’Entropie qu’elle pensait utiliser demeura totalement en dehors de sa compréhension.

Non hostile. Non docile.

Simplement… autre.

Alors elle recula.

Non par peur.

Par lucidité.

Elle avait créé un levier, oui.

Mais ce levier ne reposait sur aucune pierre qu’elle connaisse.

Et même ses doigts ne pouvaient plus l’effleurer.


VI. La Grande Dissonance — vérité nue

On pense souvent que la Grande Dissonance fut un accident. Elle ne le fut pas.

Elle fut un réveil.

Lorsque le Cœur du Souvenir rencontra Vael’Soth :

les lignes du Chant se mirent à se contredire,

les marées de Lireathi perdirent leur cycle,

le Feu Sourd des Nains vibra sans brûler,

les orages des Skayans se mirent à tourner à l’envers,

les ombres devinrent plus réelles que les corps.

Et Hareth… Hareth ne fut ni consumé ni transformé en Délié.

Il devint :

L’axe autour duquel la Dissonance s’est structurée.

Ni vivant. Ni mort. Ni ombre. Ni chair.

Une faille pensée, un être que le monde ne peut plus classer.

C’est pourquoi on le nomma :

Le Dernier Archon Noir.

Celui qui ramena une voix que le Chant avait refusé d’engendrer.

La Reine des Ténèbres, elle, ne parla jamais d’échec.

Hareth lui échappait. L’Archon Noir était hors d’atteinte. L’Entropie restait une mer sans rivage.

Mais la conséquence, elle, était parfaite.

Le monde, depuis, était plus faible : plus fissuré, plus hésitant, plus facile à faire saigner.

Et de cela — en secret — elle se réjouissait.


VII. Sa nature actuelle : L’absence insistante

Hareth n’apparaît plus que sous forme de :

silences qui se prolongent trop longtemps,

ombres dédoublées,

mots entendus dans l’ordre inverse,

vibrations anormales ressenties par les Aelran,

éclats de verre qui se fendent sans cause.

Dans certaines ruines du Nord, s’il murmure, on entend d’abord sa réponse… puis la question… puis sa voix.

L’ordre temporel n’a plus d’importance autour de lui.

Il ne peut pas être tué. Il ne peut pas être capturé. Il ne souhaite rien. Il ne veut rien. Il est le résidu d’un acte qui n’aurait jamais dû être possible.

Hareth est devenu ce que la Dissonance elle-même utilise pour se souvenir d’exister.


VIII. Citation canonique d’Hareth

« Nous n’avons pas réveillé les morts. Nous avons réveillé ce qui les attendait quand ils ne seraient plus rien. » — Hareth-la-Lente-Voix, l’instant où le Cœur du Souvenir vibra