🜁 Annexe X — Tharok, Sael’Daryn et la Société des Frères du Dragon
Le Feu qui plongea sous les rêves
🌟 Préambule — Du Myr’Sael au Monde des Esprits
« Le rêve est un chemin. Mais certains chemins descendent plus bas encore. » — Oracle des Rives de Lysséa
Dans le tissage des Magies Universelles du Chant, Myr’Sael — le Souffle des Rêves — ouvre la voie aux songes, aux illusions vivantes, aux voyages intérieurs où se mêlent mémoire, émotion et vérité voilée.
Mais sous les eaux mouvantes des rêves, plus profond que les refuges oniriques des Arcanistes ou les visions des Lireathi, existe un plan plus ancien :
🍀 Sael’Daryn — Le Monde des Esprits
Sael’Daryn n’est pas un lieu, mais le reflet éthérique de tout ce qui existe : un univers parallèle tissé non de matière, mais de pensée, où les lois du réel se plient à la volonté, à l’émotion et à la mémoire.
Dans cet ailleurs, les montagnes n’ont de poids que si un esprit leur en accorde, les fleuves se déplacent selon la courbe d’une intention, et les vents soufflent parfois dans le sens d’un souvenir.
Sael’Daryn est l’âme d’un monde, non son simple double, mais son écho : une jungle infinie pour Elserath, des sables de lumière pour d’autres mondes, des géométries mouvantes pour d’autres encore. Car chaque monde né du Chant possède son propre reflet éthérique, et Sael’Daryn est celui d’Elserath.
⚖️ Lois d’un monde sans physique
Ici, la force, la masse et la distance n’ont plus voix au chapitre.
- L’espace se contracte quand une pensée est forte.
- Un sentiment peut faire se fissurer un paysage.
- Le temps ne suit aucune direction stable.
- Ce qui est vu existe ; ce qui n’est pas perçu disparaît.
Sael’Daryn n’obéit qu’à deux règles fondamentales :
- La pensée crée la forme.
- La volonté lui donne durée.
Cela fait des mortels des êtres vulnérables : la peur engendre des monstres, l’espoir ouvre des chemins, le doute attire l’Entropie comme un parfum.
👁️ Habitants de Sael’Daryn
Les esprits sont nés du Chant, certains avant même la Fracture du Ciel, d’autres issus des rêves, des mémoires ou de l’érosion du temps. Ils se répartissent en trois grandes castes naturelles :
1. Esprits mineurs — Les Éclats errants
Les plus nombreux, étincelles conscientes souvent sans forme fixe.
Leurs pouvoirs sont modestes :
- invisibilité sur de courtes durées,
- éclairs de vitesse,
- téléportation sur de très faibles distances,
- création de vibrations ou d’illusions simples.
Curieux, joueurs, parfois malicieux, ils ne deviennent véritablement dangereux que lorsqu’ils se rassemblent en essaims d’âme.
2. Esprits intermédiaires — Les Gardiens des formes
Plus puissants, ils modèlent Sael’Daryn avec une étonnante aisance.
Leurs facultés courantes :
- contrôle d’un élément (brume, feu éthérique, eau-mémoire, etc.),
- métamorphoses libres,
- altération du terrain et des paysages,
- création de créatures secondaires,
- influences légères sur émotions et pensées.
Ils servent souvent d’émissaires, de guides… ou de prédateurs. Leurs territoires sont instables : un esprit intermédiaire peut en créer un, le perdre ou s’y dissoudre entièrement.
3. Esprits supérieurs — Les Souverains du sans-forme
Rares, anciens et redoutables, ils règnent sur de vastes domaines spirituels dont la forme reflète leur essence.
Leurs pouvoirs approchent le divin :
- manipulation de la réalité locale,
- remodelage complet de leur domaine,
- altération ou suspension du temps,
- façonnage d’esprits mineurs,
- domination directe du monde éthérique,
- passage dans le monde matériel (avec des pouvoirs fortement limités).
Ce sont eux qui déclenchent la Guerre des Esprits : ces tournois cruels où ils arrachent mortels et êtres vivants à Elserath pour en faire leurs champions.
🌌 Reflet des mondes
Elserath n’est pas le seul monde créé par le Chant. Loin au-delà des mers et du ciel, d’autres réalités existent, et chacune possède son propre reflet spirituel.
Ces reflets, beaucoup plus fluides que les univers matériels, peuvent parfois se frôler. Il est arrivé que des esprits venus d’autres reflets tentent d’envahir Sael’Daryn.
Leurs formes sont étrangères :
- serpents de mémoire,
- géométries vivantes,
- orbes chantant dans des langues qui ne furent jamais parlées.
Mais aucun n’a jamais franchi la garde d’Aurélis.
🐧 Les Pingouins d’Aurélis — Gardiens du Voile
Les Pingouins d’Aurélis sont les seuls êtres que tous les Esprits Supérieurs craignent réellement.
Gardiens naturels de ce monde, ils patrouillent entre les clairières d’âme claire et les fourrés où l’Entropie tente de prendre racine, empêchant les intrus d’autres reflets de s’établir durablement dans Sael’Daryn.
On raconte qu’un jour, un Esprit Supérieur venu d’un monde lointain tenta d’annexer une portion du reflet d’Elserath. Il fut arrêté, jugé et renvoyé hors du Voile par un seul Pingouin.
Depuis ce jour, aucun esprit étranger n’a osé retenter l’expérience.
🦦 Autres marcheurs de Sael’Daryn
- Ornithorynques — pour eux, il n’existe presque aucune différence entre Elserath et Sael’Daryn : passer de l’un à l’autre leur est aussi simple que franchir une porte.Certains y tiennent même boutique (dit-on).
- Djinns — tant qu’ils ne sont pas trop liés à Elserath par les noms qu’ils ont prononcés, ils naviguent librement entre les deux plans.
- Dragons — ils peuvent fouler ce monde s’ils le désirent ; la plupart n’y trouvent cependant guère d’intérêt, estimant que cette jungle d’esprits et de verdure n’ajoute rien à la vaste mesure de leur propre orgueil. Quelques-uns seulement — surtout parmi les Dragons d’Éther et de Cendre — ont laissé l’empreinte furtive de leurs pas entre ses arbres vivants.
🌙 Les mortels et Myr’Sael
Pour les mortels, un seul chemin existe : Myr’Sael, tendu jusqu’à devenir la brèche entre rêve et esprit.
Un pas de travers, et le voyageur se perd pour toujours.
🔥 I. Tharok Fils-de-Rokhan — Héritier du Serment Rouge
Le Héros Orc de la Guerre d’Astral, et celui qui ne revint jamais.
Tharok, héritier de Rokhan Fils-de-la-Cendre, fut le dernier porteur du Serment Rouge. Il mena la Confrérie du Feu Fraternel, alliée aux Dragons de Cendre, contre les Dissidents Gris et les Skayans. Sa marche et celle de Valrûn, son frère de feu, battirent la Muraille Ardente, anéantirent le Soleil Noir, et firent ployer le Trône de Verre.
Les chroniques disent :
« Ce jour-là, les cendres apprirent à chanter. »
Après la bataille, lorsque le Trône s’effondra dans un silence incandescent, Tharok planta le Marteau du Serment dans la cendre vitrifiée et prononça les mots qui changeraient son destin :
« La flamme n’appartient à personne. »
Valrûn inclina la tête. Puis ils disparurent dans le ciel rouge. Aucun d’eux ne fut revu sur les champs de bataille de la Guerre d'Astral.
🌋 II. Le Repos Rouge — Garde des Dragons
Le corps rendu au feu, l’esprit rendu au Chant.
Valrûn ne ramena pas Tharok aux clans. Il le porta jusqu’aux volcans du Couchant, là où brûle encore le Feu Sourd primitif et où les Dragons de Cendre veillent sur les cicatrices du monde.
Dans une caverne où la roche incandescente chante encore la mémoire du premier feu, Tharok déposa le marteau de Rokhan. Puis il prononça le serment ultime :
« Que mon corps appartienne au feu, et que mon esprit marche là où la guerre n’a pas encore de nom. »
Les Dragons se couchèrent autour de lui, formant un cercle de braise et de veille silencieuse.
Son corps entra dans une transe de pierre et de chaleur, comme Rokhan jadis, mais sans se figer entièrement. Sa respiration demeurait — lente, profonde, accordée au rythme du volcan.
Mais son esprit, lui, glissa.
🌫️ III. La Plongée de Tharok — De Myr’Sael à Sael’Daryn
Le Feu qui franchit la frontière des rêves.
Tharok avait appris Myr’Sael auprès des Chamans des Os Rouges.
- les illusions vivantes,
- les refuges oniriques,
- les visions résiduelles,
- les ombres intimes où se cachent les peurs.
- verrou,
- blessure,
- note figée,
- absence où la Source ne descend plus.
- veille dans Myr’Sael pour empêcher les intrus de tomber trop bas,
- descend parfois jusqu’aux clairières de Sael’Daryn pour stabiliser la trame,
- interprète les rêves envoyés par la Cicatrice,
- empêche Vael’Soth de contaminer le Monde des Esprits,
- protège les lieux où les esprits purs frôlent encore Elserath.
Mais peu avant lui n’avait poussé cette magie au point de franchir le seuil où les rêves se dissolvent.
Tharok descendit.
Il traversa :
Puis, d’un coup, le rêve cessa d’être un voile.
Et il tomba dans Sael’Daryn, où les serments ont un poids, où les souvenirs ne mentent plus, où les esprits se montrent tels qu’ils sont.
Là, au-dessus de la canopée vivante de ce monde, il vit ce qu’aucun Orc, aucun mortel, n’avait jamais vu clairement :
⚡ La Cicatrice d’Argent
reflet spirituel de la Fracture du Ciel, une fente lumineuse figée dans la voûte de Sael’Daryn.
Elle traversait le Monde des Esprits d’un horizon impossible à un autre.
Elle était :
On murmure que Tharok entendit une non-voix :
« Tant que je demeure, les Primordiaux ne reviendront pas. »
Alors, fidèle à tout ce qu’il avait toujours été, Tharok fit ce que nul autre n’aurait osé :
Il avança.
🐉 IV. La Naissance de la Société des Frères du Dragon
L’ordre qui veille sur la blessure du monde.
Pendant que Tharok marchait dans Sael’Daryn, des dormeurs aux quatre coins d’Elserath eurent le même rêve :
Un dragon de cendre volant au-dessus d’une jungle sans fin, et, debout sur son dos, une silhouette rouge tendant la main vers une cicatrice d’argent.
Lireathi, Wyveriens, Aelran, Nains Conteurs, Arcanistes errants… Tous comprirent qu’il ne s’agissait pas d’un rêve, mais d’un appel.
Ils se rassemblèrent.
Ils prêtèrent serment d’aider Tharok dans son œuvre impossible : réparer la blessure intérieure laissée par la Fracture du Ciel, et empêcher l’Entropie ou l’Ombre du Chant de se greffer sur cette faille.
Ils prirent un nom :
La Société des Frères du Dragon
Non parce qu’ils portent le sang d’un dragon, mais parce que Valrûn en est le premier gardien et Tharok le premier marcheur.
Chaque Frère du Dragon :
Ils ne sont ni ordre, ni armée : ils sont veilleurs.
Et leur serment, transmis de rêve en rêve :
« Là où une âme tombe, deux se lèvent. Là où le Chant hésite, nous écoutons. Là où le ciel fut brisé, nous marcherons jusqu’à ce qu’il soit guéri. »
🔥 V. Tharok aujourd’hui — Guerre intérieure
Le Héros devenu Veilleur du Ciel Brisé.
Dans les légendes orcs : Tharok chevauche toujours Valrûn par nuits d’orage, traçant une cicatrice de feu dans la nuée.
Dans les temples Aelran : on parle d’un esprit rouge qui empêche le Silence de mordre l’âme des dormeurs.
Chez les Lireathi : des courants étranges dans les mémoires marines révèlent la trace d’une voix qui n’appartient plus tout à fait à un vivant.
Chez les Arcanistes de Verre : certains prismes vibrent faiblement lorsque Tharok passe trop près de la Cicatrice.
Pour les Frères du Dragon, il n’est plus un héros de chair : il est la Flamme qui veille, le marcheur rouge de Sael’Daryn, celui qui tente d’arracher la faille qui retient les Primordiaux hors du monde.
Et pour Valrûn, il est toujours son frère.