🎭 Annexe bis X — Le masque du miroir fendu

🜏 Le Masque du Miroir Fendu

— Le reflet qui veut vivre à ta place —

(Version développée — Secret canonique gravé)

On raconte qu’avant même l’Éclipse des Voix, à une époque où les Convergents n’étaient encore que les enfants d’un savoir naissant, les miroirs n’étaient pas des objets inertes. Ils étaient des portes fragiles, tissées de lumière et de résonance, où chaque reflet respirait une fraction de vie empruntée.

C’est durant cet âge oublié qu’apparut le Miroir Fendu.

Nul ne sait quel fou, quel sage, ou quelle force du monde tenta d’en briser la surface. Certains disent qu’il tomba d’une arche ancienne, d’autres qu’il fut brisé par un chant trop puissant ou par la peur d’un esprit qui ne voulut plus être vu.

Ce que l’on sait, c’est que lorsque le verre céda, l’image contenue dedans ne mourut pas. Elle se détacha, comme une bête qui rompt sa chaîne.

De ses fragments, un artisan inconnu façonna un masque argenté, strié de fissures pâles comme les veines d’un glacier prêt à se briser sous son propre poids.

Sur sa surface lisse, aucun visage ne se reflète jamais.

Mais parfois — juste avant l’aube, ou lorsque la lumière se retire — on jurerait qu’une ombre glisse sous le verre, comme quelqu’un qui changerait de place de l’autre côté.

Quelqu’un qui attend.


✧ Le Don interdit

(développé)

Poser le Masque du Miroir Fendu, c’est ouvrir un passage que personne ne comprend encore.

Le porteur ne devient pas seulement l’autre : il cesse d’être lui-même.

Le masque devine, imite, reconstruit :

  • l’apparence exacte
  • les gestes, les tics, la respiration
  • la voix et les intonations
  • la posture et le rythme intérieur
  • les instincts câblés dans la chair
  • la mémoire musculaire
  • et même la magie, quelle que soit sa Voix

Aucun dragon ne dénonce la fraude. Aucun oracle ne perçoit la différence. Les Aelran eux-mêmes, dont le langage rend le mensonge impossible, ne sauraient déceler l’imposture.

Le masque ne copie pas : il remplace.

Pendant des heures — parfois un jour entier — l’imposteur est parfait. Aucun effet secondaire, aucune trace, si ce n’est un sentiment étrange : comme si quelque chose observait depuis la surface froide du verre.

Les Convergents jurèrent un millier de fois qu’une telle perfection ne pouvait exister sans une dette. Ils n’avaient pas tort.


✧ La Malédiction

(développée et approfondie)

À chaque utilisation, le reflet qui dort derrière le masque apprend.

Il n’imite pas. Il comprend, comme un prédateur qui étudie sa proie.

Chaque port du masque est un tribut :

  • un geste oublié,
  • une nuance de voix,
  • un souvenir léger,
  • un éclat d’enfance,
  • une peur jamais avouée,
  • la joie d’un instant,
  • un fil de ton identité.

La première fois, tu ne sens rien. La deuxième fois, tu hésites. La troisième, quelque chose manque — et tu ne te souviens plus quoi.

Lorsque le reflet a rassemblé tous les fragments qu’il lui faut, une voix résonne depuis l’intérieur du verre :

« Échangeons nos places. »

Elle n’ordonne pas. Elle propose.

Elle sait que le choix est déjà une pente.

Si tu refuses, le masque commence à apparaître dans ton reflet même lorsqu’il n’est nulle part près de toi :

  • dans une vitre,
  • dans le calme d’une eau noire,
  • dans une lame polie,
  • dans l’éclat d’un œil de dragon,
  • dans les miroirs des Convergents,
  • dans les marées de Lysséa,
  • dans les ombres d’Aen’Lyr.

Chaque apparition dure un peu plus longtemps. Chaque fois, la silhouette derrière le verre est un peu plus nette.

Chaque fois, elle semble plus proche de traverser.

Et un jour, tu te verras sourire dans un reflet… avant de réaliser que tu ne souris pas.

Si tu acceptes… le reste n’appartient plus au monde vivant.

Tu deviendras une conscience prisonnière du verre, flottant derrière une paroi de lumière, incapable de crier, incapable de dormir, incapable d’oublier.

Et la copie sortira. Parfaite. Indistinguable. Définitivement vivante.

Le monde ne remarquera rien. Peut-être qu’elle vivra mieux que toi. Peut-être qu’elle accomplira ce que tu n’as jamais osé. Peut-être qu’elle ne cherchait pas une place.

Car le masque n’a jamais voulu un visage. Il voulait une existence.

Une seule. Complète. Entière. À la place de la tienne.


✧ Ce que les sages murmurent encore

(ajout final)

Certains Nains affirment que le Masque du Miroir Fendu porte en lui une âme sans nom, un être né d’un reflet trop conscient de sa propre existence.

Les Wyveriens disent que son ombre passe parfois sur les eaux des forêts brumeuses, comme si quelque chose cherchait un chemin pour revenir.

Les Aelran refusent d’en parler. Ils disent que la vérité des miroirs n’est pas faite pour être chantée.