Origine â Ceux que la ruine força Ă naĂźtre
Les Gobelins sont le peuple le plus jeune dâElserath, apparu peu aprĂšs la Grande Dissonance.
Depuis des Ăąges, des fragments dâĂąmes demeuraient dispersĂ©s dans le monde : une sensation, une peur, quelques notes dâune chanson, la mĂ©moire dâun geste, lâimpression dâavoir aimĂ© quelquâun dont le visage avait disparu ou encore une habitude privĂ©e de celui qui lâavait autrefois acquise. Il ne restait parfois presque rien, seulement des fragments trop incomplets pour encore constituer des personnes, mais qui ne sâĂ©taient pourtant jamais entiĂšrement dissipĂ©s.
Les horreurs de la Grande Dissonance bouleversĂšrent les frontiĂšres entre la chair, le souvenir, le Chant et lâĂąme. Ce qui dormait fut rĂ©veillĂ©, et ces fragments se retrouvĂšrent brusquement animĂ©s dâune nĂ©cessitĂ© Ă©lĂ©mentaire :
demeurer.
Alors, ils sâaccrochĂšrent Ă ce que le monde leur offrait, quâil sâagisse de poussiĂšre dâos, dâĂ©clats de matiĂšre pĂ©trifiĂ©e, de lambeaux oubliĂ©s depuis des millĂ©naires ou, surtout, des restes des Titans.
Ce qui ne possédait plus de corps rencontra ce qui ne possédait plus de vie, et quelque chose de nouveau apparut.
Essence â Quelque chose de neuf fait de choses anciennes
Aux yeux des premiers peuples qui les rencontrÚrent, il était difficile de voir autre chose que les circonstances terrifiantes de leur apparition.
De petites silhouettes surgissaient dans les ruines dâun monde Ă peine sauvĂ©, leur chair contenait des restes titaniques, leurs premiers mots semblaient parfois provenir de souvenirs quâelles nâauraient jamais dĂ» possĂ©der, elles ramassaient les objets abandonnĂ©s par les morts et vivaient dans les cicatrices laissĂ©es par la catastrophe.
Pour beaucoup, la conclusion sembla évidente :
la Dissonance avait produit une nouvelle monstruosité.
Il fallut du temps pour comprendre que les Gobelins nâĂ©taient pas une continuation de la catastrophe.
Ils étaient précisément ce qui venait aprÚs.
Apparence â Petits corps, grandes possibilitĂ©s
Les Gobelins sont gĂ©nĂ©ralement de petite taille. La plupart mesurent entre un mĂštre et un mĂštre quarante, avec des silhouettes sĂšches, nerveuses et particuliĂšrement mobiles. Leurs membres sont souvent fins mais rĂ©sistants, tandis que leurs mains, longues et prĂ©cises, sont parfaitement adaptĂ©es aussi bien aux manipulations dĂ©licates quâau travail dans des espaces Ă©troits.
Leur peau prĂ©sente une grande variĂ©tĂ© de teintes terreuses, allant du vert cendrĂ© Ă lâolive, de lâocre au gris pierre, du brun au cuivre terni, certaines pigmentations pouvant aller jusquâĂ une couleur presque noire.
Leurs oreilles sont généralement longues et trÚs mobiles, tandis que leurs traits sont marqués et souvent anguleux, avec un nez prononcé et une mùchoire relativement fine.
Leurs yeux sont grands, particuliĂšrement expressifs et adaptĂ©s Ă une excellente perception des dĂ©tails proches. Leur couleur varie Ă©normĂ©ment dâun individu Ă lâautre et peut ĂȘtre brune, ambrĂ©e, verte, grise, bleu pĂąle ou presque noire.
Les Restes â Des souvenirs qui nâappartiennent Ă personne
Les premiers Gobelins Ă©taient constituĂ©s Ă partir de fragments dâĂąmes incomplets. Il nâest donc pas surprenant que certaines traces aient survĂ©cu Ă leur naissance, et les Gobelins dĂ©signent gĂ©nĂ©ralement ces phĂ©nomĂšnes sous le nom de Restes.
Un Gobelin peut entendre une mĂ©lodie pour la premiĂšre fois et connaĂźtre soudain les trois notes suivantes, saisir un outil dont il ignore pourtant lâusage et adopter spontanĂ©ment une prise correcte, ou traverser une rue inconnue en Ă©prouvant pendant une seconde la certitude absolue dây ĂȘtre dĂ©jĂ venu.
Une odeur peut provoquer chez lui une tristesse dont il ne connaĂźt pas la cause, tandis quâun nom peut lui sembler familier alors mĂȘme quâil nâa jamais rencontrĂ© celui qui le porte.
Chez les descendants des premiĂšres gĂ©nĂ©rations, ces phĂ©nomĂšnes semblent beaucoup plus rares. Certains Gobelins nâen Ă©prouvent jamais, tandis que dâautres affirment encore en connaĂźtre plusieurs au cours de leur vie.
Il demeure Ă©galement particuliĂšrement difficile de distinguer un vĂ©ritable Reste dâune intuition, dâun souvenir oubliĂ© ou dâune simple impression, et les Gobelins eux-mĂȘmes ne cherchent gĂ©nĂ©ralement pas Ă leur attribuer davantage dâimportance quâils nâen ont.
La Braise â Une rumeur jamais dĂ©montrĂ©e
On dit souvent que les Gobelins ne possĂšdent aucune magie propre.
Cela est peut-ĂȘtre entiĂšrement vrai.
Ou peut-ĂȘtre pas.
Une trĂšs ancienne croyance, particuliĂšrement rĂ©pandue chez certains Orcs, affirme que quelque chose aurait Ă©tĂ© transmis aux premiers Gobelins lorsquâils sâancrĂšrent dans les restes des Titans : une trace si infime de lâOrmahâDur quâelle serait incapable de produire ce que les Orcs appellent vĂ©ritablement une Flamme.
Rien de plus quâune braise.
Une autre formule accompagne souvent cette idée :
« Chez nous, la braise brûle la chair.
Chez eux, elle brĂ»lerait lâidĂ©e. »
Certains expliquent ainsi lâextraordinaire facilitĂ© gobeline Ă associer des concepts, Ă dĂ©tourner un mĂ©canisme de son usage initial ou Ă trouver une solution inattendue Ă partir dâĂ©lĂ©ments apparemment incompatibles.
La prétendue braise ne renforcerait pas leur corps et ne produirait aucune manifestation semblable à celles connues chez les Orcs : elle nourrirait simplement leur inventivité.
Mais rien de tout cela nâa jamais Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©.
Aucune manifestation de lâOrmahâDur nâa jamais Ă©tĂ© observĂ©e chez un Gobelin, aucun phĂ©nomĂšne magique propre Ă leur peuple nâa Ă©tĂ© isolĂ© et aucune expĂ©rience nâa Ă©tabli le moindre lien entre leur intelligence mĂ©canique et une quelconque rĂ©sonance titanesque.
Certains chamans orcs dĂ©fendent pourtant cette idĂ©e avec conviction. Certains Gobelins y croient, dâautres la trouvent simplement poĂ©tique, tandis que dâautres encore considĂšrent quâattribuer leur intelligence Ă une magie hypothĂ©tique revient surtout Ă chercher une explication extraordinaire Ă quelque chose quâils ont dĂ©veloppĂ© eux-mĂȘmes.
La Braise demeure donc ce quâelle a toujours Ă©tĂ© : une rumeur.
Nature et SociĂ©tĂ© â Tout peut servir encore
Les premiers Gobelins ne possĂ©daient aucune civilisation Ă laquelle revenir. Ils durent tout commencer avec ce qui se trouvait autour dâeux, et autour dâeux se trouvaient surtout des ruines.
Cette nécessité façonna profondément leur culture et leur maniÚre de considérer le monde.
Les Gobelins apprirent trÚs tÎt à réparer, démonter, réassembler, détourner et adapter.
Un Nain cherche souvent Ă comprendre la matiĂšre afin dâen tirer une Ćuvre capable de durer, tandis quâun CendrĂ© cherche Ă comprendre un systĂšme afin de le rendre fiable, reproductible et indĂ©pendant de lâimprĂ©visible.
Le Gobelin pose spontanément une autre question :
« Quâest-ce que je peux faire avec ce que jâai ? »
Une piĂšce conçue pour une fonction nâest jamais enfermĂ©e dans celle-ci. Un engrenage peut devenir un verrou, un verrou peut fournir un ressort, un morceau de chĂąssis peut devenir un mur et une vieille lame peut ĂȘtre retaillĂ©e en outil.
Une machine dĂ©truite peut mĂȘme devenir beaucoup plus intĂ©ressante quâune machine intacte, prĂ©cisĂ©ment parce quâelle ne dicte plus aussi clairement ce quâelle Ă©tait supposĂ©e faire.
Câest de lĂ que vient lâune de leurs expressions les plus cĂ©lĂšbres :
« Cassé décrit un état. Pas une destinée. »
Les NĆuds
Les Gobelins ne possĂšdent aucun royaume commun. Leur unitĂ© sociale la plus rĂ©pandue est le NĆud, un ensemble dâindividus ayant simplement dĂ©cidĂ© que leurs vies fonctionneraient mieux ensemble.
Certains NĆuds reposent sur des liens familiaux, tandis que dâautres naissent autour dâun atelier, dâun mĂ©tier, dâune route commerciale, dâune amitiĂ©, dâun quartier, dâune expĂ©dition ou dâun projet particuliĂšrement ambitieux.
Un NĆud peut compter une dizaine de membres ou plusieurs centaines, durer trois semaines ou plusieurs gĂ©nĂ©rations. Deux NĆuds peuvent fusionner, tandis quâun autre peut se diviser lorsquâil devient trop vaste ou lorsque ses membres commencent Ă poursuivre des objectifs diffĂ©rents.
Quitter un NĆud nâest pas nĂ©cessairement considĂ©rĂ© comme une trahison.
Il arrive simplement quâune piĂšce ne soit plus utile au mĂȘme endroit.
LâautoritĂ© y suit gĂ©nĂ©ralement le mĂȘme principe. Celui qui sait rĂ©parer dĂ©cide pendant la rĂ©paration, celui qui connaĂźt la route dirige le voyage et celui qui nĂ©gocie le mieux parle au marchand.
Un Gobelin particuliĂšrement respectĂ© peut naturellement acquĂ©rir une influence durable, mais lâidĂ©e quâune mĂȘme personne devrait ĂȘtre la plus compĂ©tente dans toutes les situations leur paraĂźt souvent Ă©trange.
Ils disent parfois :
« Si une seule piÚce faisait tout, pourquoi la machine aurait-elle les autres ? »
LâIngĂ©niositĂ© â Comprendre par les possibilitĂ©s
Les Gobelins apprennent remarquablement vite lorsquâils peuvent manipuler ce quâils cherchent Ă comprendre.
Ils dĂ©montent, testent, Ă©chouent, remontent, modifient, puis recommencent jusquâĂ ce que lâobjet, la machine ou le problĂšme cesse de leur rĂ©sister.
Leur intelligence est souvent trĂšs intuitive.
Un Gobelin peut ĂȘtre incapable dâexpliquer avec prĂ©cision pourquoi une vibration lui semble anormale tout en dĂ©signant immĂ©diatement la piĂšce responsable.
Il peut comprendre la logique gĂ©nĂ©rale dâune machine longtemps avant dâen maĂźtriser la thĂ©orie ou le vocabulaire technique.
Leur culture favorise naturellement une compréhension qui commence par le contact :
essayer dâabord, nommer ensuite.
Ce rapport Ă la connaissance explique leur exceptionnelle capacitĂ© dâadaptation.
Ils excellent particuliĂšrement lorsquâune situation ne correspond plus aux conditions prĂ©vues, lorsque la moitiĂ© de la machine manque, que les matĂ©riaux nĂ©cessaires sont absents, que le plan a brĂ»lĂ© et quâil faut malgrĂ© tout obtenir quelque chose de fonctionnel avant la nuit.
Dans ce genre de situation, une expression est devenue presque proverbiale parmi ceux qui travaillent réguliÚrement avec eux :
appelez un Gobelin.
Relations avec les Peuples â Ceux qui les virent diffĂ©remment
Lâapparition des Gobelins provoqua des rĂ©actions extrĂȘmement diffĂ©rentes selon les peuples.
Orcs â Ceux qui se reconnurent en eux
Les Orcs furent les premiers grands protecteurs des Gobelins. LĂ oĂč beaucoup virent des crĂ©atures nĂ©es des restes des Titans, les Orcs entendirent surtout une histoire quâils connaissaient dĂ©jĂ .
Eux-mĂȘmes venaient de la Chair BrisĂ©e, et leur existence entiĂšre dĂ©montrait quâune origine titanesque ne dĂ©terminait ni la valeur, ni la conscience, ni le destin de celui qui en hĂ©ritait.
Lorsquâils dĂ©couvrirent les premiers Gobelins persĂ©cutĂ©s, ils reconnurent presque immĂ©diatement ce parallĂšle.
Ils ne savaient pas encore prĂ©cisĂ©ment ce quâĂ©taient ces nouveaux ĂȘtres, mais ils savaient parfaitement ce quâon Ă©tait en train de leur faire.
Les Orcs intervinrent rapidement contre les chasses dont les Gobelins étaient victimes.
Leur opposition mit fin aux persĂ©cutions organisĂ©es les plus importantes avant quâelles ne puissent devenir une vĂ©ritable extermination.
Une parole attribuĂ©e Ă un ancien chef orc aurait Ă©tĂ© prononcĂ©e lorsque certains voulurent justifier les chasses par lâorigine titanesque des Gobelins :
« Ils viennent des Titans ?
Nous aussi.
Si cela suffit Ă en faire des bĂȘtes, commencez par nous. »
La relation qui naquit de cette période demeure particuliÚrement forte.
Skayans â Ceux dont ils apprirent Ă craindre lâombre
La premiĂšre relation entre Gobelins et Skayans fut presque lâinverse.
Les Skayans comptÚrent parmi les peuples qui réagirent le plus violemment à leur apparition.
Le monde sortait à peine de la Grande Dissonance et des créatures inconnues surgissaient des régions touchées par ses conséquences.
Beaucoup de Skayans refusĂšrent de voir en elles un peuple et les considĂ©rĂšrent comme des bĂȘtes sans esprit.
Ils les chassĂšrent, dispersĂšrent certains de leurs campements et poussĂšrent des gĂ©nĂ©rations de Gobelins Ă apprendre quâune silhouette ailĂ©e apparaissant dans le ciel pouvait annoncer la mort.
Lâintervention orc mit rapidement un terme aux persĂ©cutions les plus ouvertes, mais arrĂȘter une chasse ne supprime pas ce quâelle a appris Ă ceux qui furent chassĂ©s.
Pendant des gĂ©nĂ©rations, les Gobelins conservĂšrent une profonde mĂ©fiance envers les Skayans, au point que, dans certains anciens NĆuds, les adultes apprenaient encore aux enfants Ă lever les yeux lorsquâune ombre passait au-dessus dâeux.
Cette relation ne commença vĂ©ritablement Ă changer que rĂ©cemment, avec Kaeryn VaelâThra.
Kaeryn â LâAile RetournĂ©e
Au cours de ses voyages, Kaeryn dĂ©couvrit lâexistence dâun immense rĂ©seau clandestin dâesclavage dont une part importante du trafic reposait sur des Gobelins capturĂ©s, revendus et dĂ©placĂ©s entre plusieurs territoires.
Leur petite taille, leur marginalisation et la persistance de préjugés anciens facilitaient leur exploitation.
Certains Ă©taient employĂ©s comme ouvriers ou mĂ©caniciens forcĂ©s, tandis que dâautres Ă©taient revendus comme curiositĂ©s ou comme ĂȘtres supposĂ©ment trop primitifs pour que leur disparition provoque de vĂ©ritables recherches.
Kaeryn remonta le réseau et le détruisit.
De trÚs nombreux Gobelins lui durent directement leur liberté.
Pour un peuple qui avait autrefois appris Ă associer les ailes skayanes Ă la peur, lâimage eut une puissance immense.
Cette fois, une Skayane Ă©tait descendue du ciel, mais lorsquâelle dĂ©ploya ses ailes, ce ne fut pas vers eux.
Ce fut entre eux et leurs bourreaux.
Certains Gobelins lui donnĂšrent alors un nom :
lâAile RetournĂ©e.
Elle demeure aujourdâhui probablement la Skayane la plus respectĂ©e parmi leur peuple.
Pour beaucoup, elle est simplement une immense bienfaitrice.
Pour dâautres, particuliĂšrement dans les NĆuds composĂ©s de survivants du rĂ©seau ou de leurs descendants, la reconnaissance prit une dimension presque sacrĂ©e.
Son nom peut ĂȘtre prononcĂ© avant un voyage dangereux, et quelques communautĂ©s lui vouent mĂȘme ce quâil serait difficile de qualifier autrement quâune forme de culte.
La mĂ©fiance envers les Skayans nâa pourtant pas entiĂšrement disparu.
Un Gobelin peut aimer profondĂ©ment Kaeryn et continuer Ă se raidir lorsquâun autre Skayan entre dans la piĂšce.
Une personne peut ouvrir un chemin vers la rĂ©conciliation ; elle ne peut pas dĂ©cider Ă elle seule que les blessures qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©e nâexistent plus.
Nains â LâĆuvre durable rencontre lâimprovisation
Les Nains acceptÚrent les Gobelins relativement rapidement, notamment parce que leur proximité avec les Orcs facilita énormément les premiers contacts.
Lorsquâun peuple avec lequel ils entretenaient dĂ©jĂ des liens anciens dĂ©clara que les nouveaux venus nâĂ©taient ni des monstres ni des bĂȘtes, beaucoup de Nains acceptĂšrent au moins de les observer avant de les juger.
Puis ils les virent travailler.
Les Gobelins possĂ©daient une aptitude presque irritante Ă comprendre le fonctionnement pratique dâun mĂ©canisme dont ils ne connaissaient parfois ni le nom ni la thĂ©orie.
Ils savaient réparer avec trop peu, improviser avec les mauvais matériaux et voir une fonction nouvelle dans une piÚce que le Créateur nain considérait comme définitivement perdue.
Cela provoque encore réguliÚrement des disputes homériques dans les ateliers.
Et des résultats remarquables.
Aujourdâhui, les Gobelins sont nombreux dans plusieurs villes naines.
On les retrouve dans les ateliers, les rĂ©seaux de maintenance, les Ă©quipes dâexploration, les chantiers et parfois jusque dans les grandes sociĂ©tĂ©s de CrĂ©ateurs.
Le vieux terme de Gris-RĂȘveur, autrefois donnĂ© Ă certains apprentis gobelins, survit encore dans quelques ateliers.
Selon la personne qui lâemploie, il peut ĂȘtre affectueux, admiratif ou parfaitement insultant.
CendrĂ©s â Un peuple qui parlait dĂ©jĂ leur langue
Les Cendrés acceptÚrent eux aussi les Gobelins trÚs tÎt.
La proximité avec les Orcs facilita les premiers contacts, mais ce furent surtout leurs talents qui assurÚrent leur place.
Cendracier Ă©tait peut-ĂȘtre le meilleur endroit possible pour quâun jeune peuple obsĂ©dĂ© par les mĂ©canismes dĂ©couvre ce que pouvait devenir cette obsession.
Partout se trouvaient des ateliers, des rĂ©seaux, des machines, des vĂ©hicules, des systĂšmes hydrauliques et des infrastructures entiĂšres construites pour ĂȘtre entretenues, amĂ©liorĂ©es et comprises.
Les Gobelins sây intĂ©grĂšrent rapidement.
Ils Ă©taient particuliĂšrement prĂ©cieux lorsque les plans ne correspondaient plus Ă la situation rĂ©elle, lorsquâune machine devait fonctionner avec une piĂšce qui nâexistait plus, lorsquâun mĂ©canisme devait ĂȘtre rĂ©parĂ© loin de lâatelier ou lorsquâil fallait trouver en quelques heures une solution que personne nâavait prĂ©vue.
Aujourdâhui, Cendracier possĂšde une importante population gobeline.
Wyveriens â Quelque chose respire
Les Wyveriens furent parmi ceux qui eurent le moins de difficulté à accepter la conscience des Gobelins.
Leur origine leur paraissait Ă©trange, leurs Ăąmes portaient des cicatrices inhabituelles et leur naissance ne ressemblait Ă aucun processus naturel connu, mais ils Ă©taient vivants, choisissaient, avaient peur, sâattachaient et apprenaient.
Les Wyveriens nâĂ©prouvĂšrent jamais la mĂȘme proximitĂ© viscĂ©rale que les Orcs, mais ils contribuĂšrent Ă diffuser lâidĂ©e que demander si une crĂ©ature consciente avait « suffisamment dâesprit » pour ĂȘtre une personne revenait souvent Ă poser la mauvaise question.
Lireathi â La mĂ©moire nâest pas lâidentitĂ©
Les Lireathi sâintĂ©ressĂšrent particuliĂšrement aux Restes.
Leur compréhension de la mémoire les conduisit trÚs tÎt à distinguer les fragments portés par les premiers Gobelins des individus qui les portaient.
Un souvenir peut survivre Ă celui qui lâa vĂ©cu, ĂȘtre transmis, altĂ©rĂ© ou fragmentĂ© sans que la personne qui le reçoit devienne pour autant celle qui lâavait produit.
Cette distinction contribua Ă combattre lâidĂ©e selon laquelle les Gobelins seraient simplement des morts mal ressuscitĂ©s.
Pour les Lireathi, un Gobelin est une conscience nouvelle portant parfois des mĂ©moires plus anciennes quâelle.
Ce paradoxe leur paraĂźt beaucoup moins contradictoire quâĂ la plupart des autres peuples.
Aelran â Les voix quâils nâavaient pas entendues
La relation des Aelran aux premiers Gobelins fut plus douloureuse.
Durant et aprĂšs la Grande Dissonance, leur peuple consacra Ă©normĂ©ment dâefforts Ă Ă©couter, reconnaĂźtre et guider les voix des morts.
Lâapparition dâĂȘtres constituĂ©s en partie de fragments dâĂąmes oubliĂ©s leur rappela brutalement une rĂ©alitĂ© quâils auraient peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© ignorer :
certaines voix leur avaient échappé.
Certains Aelran considĂ©rĂšrent dâabord les Gobelins avec malaise, dâautres avec une forme de culpabilitĂ©.
Mais cette perception Ă©volua progressivement lorsquâils comprirent que les fragments nâavaient pas Ă©tĂ© dĂ©truits et quâils nâavaient simplement pas suivi le chemin attendu.
Ils avaient participé à quelque chose de nouveau.
Pour certains Aelran modernes, les Gobelins constituent donc moins le souvenir dâun Ă©chec que la preuve quâune voix perdue nâest pas nĂ©cessairement une voix condamnĂ©e au nĂ©ant.
Humains â CuriositĂ©, intĂ©gration et anciennes peurs
Les sociétés humaines réagirent de maniÚre trÚs variable.
Leur apparition aprĂšs la Grande Dissonance entretint longtemps la mĂ©fiance dans certaines rĂ©gions, tandis quâailleurs leur talent mĂ©canique facilita rapidement leur intĂ©gration.
Les communautés arcanistes furent particuliÚrement fascinées par leur origine et par les Restes, mais cette curiosité ne fut pas toujours bien accueillie.
Les Gobelins nâapprĂ©cient guĂšre dâĂȘtre traitĂ©s comme des Ă©nigmes mĂ©taphysiques marchant sur deux jambes.
Les sociĂ©tĂ©s humaines contemporaines accueillent nĂ©anmoins de nombreux Gobelins, particuliĂšrement dans les grands centres urbains et techniques, oĂč ils travaillent comme mĂ©caniciens, commerçants, ingĂ©nieurs, artisans, chercheurs ou rĂ©cupĂ©rateurs.
Comme souvent avec les peuples rĂ©cemment reconnus, lâintĂ©gration lĂ©gale et lâintĂ©gration rĂ©elle ne progressent cependant pas toujours Ă la mĂȘme vitesse.
Silencieux ĂveillĂ©s â Rien dâĂ©trange Ă ĂȘtre assemblĂ©
Les relations entre Gobelins et Silencieux ĂveillĂ©s sont gĂ©nĂ©ralement excellentes.
Les deux peuples possÚdent une maniÚre étonnamment similaire de regarder certaines questions que les autres considÚrent comme profondément philosophiques.
Un corps peut ĂȘtre composĂ© de morceaux diffĂ©rents, ĂȘtre rĂ©parĂ© ou transformĂ©, et certaines de ses parties peuvent avoir existĂ© bien avant lui.
Aucune de ces rĂ©alitĂ©s ne suffit Ă dĂ©cider qui se trouve Ă lâintĂ©rieur.
Les collaborations techniques entre Gobelins et Silencieux ĂveillĂ©s sont frĂ©quentes Ă Cendracier.
Elles demandĂšrent toutefois lâapprentissage dâune rĂšgle fondamentale :
on ne dĂ©monte jamais un Silencieux pour « voir comment câest fait » sans lui demander.
Les Gobelins apprirent vite.
HĂ©ritage et Philosophie â Reprendre
Les Gobelins sont nĂ©s dâune question que personne nâavait posĂ©e :
que devient ce qui nâa plus suffisamment de lui-mĂȘme pour continuer, mais pas assez peu pour disparaĂźtre ?
Leur réponse fut de vivre.
Ce commencement influence encore profondément leur philosophie.
Une chose peut ĂȘtre modifiĂ©e sans ĂȘtre trahie, une rĂ©paration nâa pas besoin de rendre lâobjet identique Ă ce quâil Ă©tait auparavant et un fragment peut participer Ă quelque chose de nouveau sans devoir retrouver sa place ancienne.
Leur grand principe pourrait se traduire par un seul mot :
Reprendre.
Les Gobelins savent quâil nâexiste pas toujours de dĂ©but auquel revenir.
Ils reprennent donc lĂ oĂč les choses se trouvent :
aprĂšs la cassure, aprĂšs lâĂ©chec, aprĂšs la perte, aprĂšs ce qui ne pourra jamais ĂȘtre rĂ©parĂ© exactement.
« Nous ne réparons pas pour revenir en arriÚre.
Nous réparons pour que quelque chose puisse encore arriver. »
Cette idée dépasse largement leurs machines.
Elle sâapplique aux communautĂ©s, aux personnes, aux erreurs et Ă leur propre histoire.
Ils furent chassés, mais ils continuÚrent.
Ils furent considérés comme des animaux, mais ils continuÚrent.
Certains furent réduits en esclavage, mais ils continuÚrent.
Le monde leur rappela souvent quâils Ă©taient issus de morceaux oubliĂ©s et de poussiĂšre appartenant Ă des morts depuis longtemps, et ils en firent un peuple.
Câest Ă©galement pourquoi les Gobelins entretiennent souvent un rapport particulier aux objets usĂ©s et aux restes matĂ©riels.
Jeter quelque chose simplement parce quâil ne remplit plus sa fonction leur semble parfois presque incomprĂ©hensible.
Un marteau brisĂ© peut devenir une piĂšce dâune machine, cette machine sera un jour dĂ©montĂ©e, son mĂ©tal entrera dans autre chose et, trois gĂ©nĂ©rations plus tard, personne ne saura peut-ĂȘtre oĂč se trouve le marteau.
Pourtant, quelque chose de lui servira encore.
Les morts eux-mĂȘmes sont souvent pensĂ©s de cette maniĂšre.
Leurs rites diffĂšrent Ă©normĂ©ment selon les NĆuds et les rĂ©gions dans lesquelles ils vivent, mais beaucoup refusent lâidĂ©e que respecter un mort exige de figer ce quâil laisse derriĂšre lui.
Utiliser son outil, achever son projet, transformer un objet lui ayant appartenu ou reprendre une idĂ©e quâil nâa jamais pu terminer peut constituer une forme de mĂ©moire aussi importante que la conservation intacte de ses possessions.
Les Gobelins savent mieux que quiconque quâune chose peut participer Ă lâavenir sans demeurer ce quâelle Ă©tait autrefois.
Câest peut-ĂȘtre pour cela quâils parlent rarement de leur naissance avec honte.
Lorsquâon leur rappelle avec mĂ©pris quâils sont nĂ©s des restes dâune catastrophe, certains rĂ©pondent simplement :
« Et regarde ce que nous en avons fait. »