Annexe — Peuple du Chant

🔧 Les Gobelins — Ceux qui Reprennent

NĂ©s aprĂšs la Grande Dissonance, Ă  partir de fragments que le monde n’avait jamais complĂštement rĂ©ussi Ă  perdre, les Gobelins ont fait de la rĂ©cupĂ©ration, de l’adaptation et de l’invention bien davantage que des nĂ©cessitĂ©s. Ils en ont fait une maniĂšre d’exister.

Origine : Grande Dissonance Nature : peuple le plus jeune SociĂ©tĂ© : NƓuds SingularitĂ© : Restes Rumeur : Braise Principe : Reprendre

« Cassé décrit un état. Pas une destinée. »

Origine — Ceux que la ruine força à naütre

Les Gobelins sont le peuple le plus jeune d’Elserath, apparu peu aprùs la Grande Dissonance.

Depuis des Ăąges, des fragments d’ñmes demeuraient dispersĂ©s dans le monde : une sensation, une peur, quelques notes d’une chanson, la mĂ©moire d’un geste, l’impression d’avoir aimĂ© quelqu’un dont le visage avait disparu ou encore une habitude privĂ©e de celui qui l’avait autrefois acquise. Il ne restait parfois presque rien, seulement des fragments trop incomplets pour encore constituer des personnes, mais qui ne s’étaient pourtant jamais entiĂšrement dissipĂ©s.

Les horreurs de la Grande Dissonance bouleversĂšrent les frontiĂšres entre la chair, le souvenir, le Chant et l’ñme. Ce qui dormait fut rĂ©veillĂ©, et ces fragments se retrouvĂšrent brusquement animĂ©s d’une nĂ©cessitĂ© Ă©lĂ©mentaire :

demeurer.

Alors, ils s’accrochĂšrent Ă  ce que le monde leur offrait, qu’il s’agisse de poussiĂšre d’os, d’éclats de matiĂšre pĂ©trifiĂ©e, de lambeaux oubliĂ©s depuis des millĂ©naires ou, surtout, des restes des Titans.

Ce qui ne possédait plus de corps rencontra ce qui ne possédait plus de vie, et quelque chose de nouveau apparut.

Essence — Quelque chose de neuf fait de choses anciennes

Aux yeux des premiers peuples qui les rencontrÚrent, il était difficile de voir autre chose que les circonstances terrifiantes de leur apparition.

De petites silhouettes surgissaient dans les ruines d’un monde Ă  peine sauvĂ©, leur chair contenait des restes titaniques, leurs premiers mots semblaient parfois provenir de souvenirs qu’elles n’auraient jamais dĂ» possĂ©der, elles ramassaient les objets abandonnĂ©s par les morts et vivaient dans les cicatrices laissĂ©es par la catastrophe.

Pour beaucoup, la conclusion sembla évidente :

la Dissonance avait produit une nouvelle monstruosité.

Il fallut du temps pour comprendre que les Gobelins n’étaient pas une continuation de la catastrophe.

Ils étaient précisément ce qui venait aprÚs.

Apparence — Petits corps, grandes possibilitĂ©s

Les Gobelins sont gĂ©nĂ©ralement de petite taille. La plupart mesurent entre un mĂštre et un mĂštre quarante, avec des silhouettes sĂšches, nerveuses et particuliĂšrement mobiles. Leurs membres sont souvent fins mais rĂ©sistants, tandis que leurs mains, longues et prĂ©cises, sont parfaitement adaptĂ©es aussi bien aux manipulations dĂ©licates qu’au travail dans des espaces Ă©troits.

Leur peau prĂ©sente une grande variĂ©tĂ© de teintes terreuses, allant du vert cendrĂ© Ă  l’olive, de l’ocre au gris pierre, du brun au cuivre terni, certaines pigmentations pouvant aller jusqu’à une couleur presque noire.

Leurs oreilles sont généralement longues et trÚs mobiles, tandis que leurs traits sont marqués et souvent anguleux, avec un nez prononcé et une mùchoire relativement fine.

Leurs yeux sont grands, particuliĂšrement expressifs et adaptĂ©s Ă  une excellente perception des dĂ©tails proches. Leur couleur varie Ă©normĂ©ment d’un individu Ă  l’autre et peut ĂȘtre brune, ambrĂ©e, verte, grise, bleu pĂąle ou presque noire.

Les Restes — Des souvenirs qui n’appartiennent à personne

Les premiers Gobelins Ă©taient constituĂ©s Ă  partir de fragments d’ñmes incomplets. Il n’est donc pas surprenant que certaines traces aient survĂ©cu Ă  leur naissance, et les Gobelins dĂ©signent gĂ©nĂ©ralement ces phĂ©nomĂšnes sous le nom de Restes.

Un Gobelin peut entendre une mĂ©lodie pour la premiĂšre fois et connaĂźtre soudain les trois notes suivantes, saisir un outil dont il ignore pourtant l’usage et adopter spontanĂ©ment une prise correcte, ou traverser une rue inconnue en Ă©prouvant pendant une seconde la certitude absolue d’y ĂȘtre dĂ©jĂ  venu.

Une odeur peut provoquer chez lui une tristesse dont il ne connaĂźt pas la cause, tandis qu’un nom peut lui sembler familier alors mĂȘme qu’il n’a jamais rencontrĂ© celui qui le porte.

Chez les descendants des premiĂšres gĂ©nĂ©rations, ces phĂ©nomĂšnes semblent beaucoup plus rares. Certains Gobelins n’en Ă©prouvent jamais, tandis que d’autres affirment encore en connaĂźtre plusieurs au cours de leur vie.

Il demeure Ă©galement particuliĂšrement difficile de distinguer un vĂ©ritable Reste d’une intuition, d’un souvenir oubliĂ© ou d’une simple impression, et les Gobelins eux-mĂȘmes ne cherchent gĂ©nĂ©ralement pas Ă  leur attribuer davantage d’importance qu’ils n’en ont.

La Braise — Une rumeur jamais dĂ©montrĂ©e

On dit souvent que les Gobelins ne possĂšdent aucune magie propre.

Cela est peut-ĂȘtre entiĂšrement vrai.

Ou peut-ĂȘtre pas.

Une trĂšs ancienne croyance, particuliĂšrement rĂ©pandue chez certains Orcs, affirme que quelque chose aurait Ă©tĂ© transmis aux premiers Gobelins lorsqu’ils s’ancrĂšrent dans les restes des Titans : une trace si infime de l’Ormah’Dur qu’elle serait incapable de produire ce que les Orcs appellent vĂ©ritablement une Flamme.

Rien de plus qu’une braise.

Une autre formule accompagne souvent cette idée :

« Chez nous, la braise brûle la chair.

Chez eux, elle brĂ»lerait l’idĂ©e. »

Certains expliquent ainsi l’extraordinaire facilitĂ© gobeline Ă  associer des concepts, Ă  dĂ©tourner un mĂ©canisme de son usage initial ou Ă  trouver une solution inattendue Ă  partir d’élĂ©ments apparemment incompatibles.

La prétendue braise ne renforcerait pas leur corps et ne produirait aucune manifestation semblable à celles connues chez les Orcs : elle nourrirait simplement leur inventivité.

Mais rien de tout cela n’a jamais Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©.

Aucune manifestation de l’Ormah’Dur n’a jamais Ă©tĂ© observĂ©e chez un Gobelin, aucun phĂ©nomĂšne magique propre Ă  leur peuple n’a Ă©tĂ© isolĂ© et aucune expĂ©rience n’a Ă©tabli le moindre lien entre leur intelligence mĂ©canique et une quelconque rĂ©sonance titanesque.

Certains chamans orcs dĂ©fendent pourtant cette idĂ©e avec conviction. Certains Gobelins y croient, d’autres la trouvent simplement poĂ©tique, tandis que d’autres encore considĂšrent qu’attribuer leur intelligence Ă  une magie hypothĂ©tique revient surtout Ă  chercher une explication extraordinaire Ă  quelque chose qu’ils ont dĂ©veloppĂ© eux-mĂȘmes.

La Braise demeure donc ce qu’elle a toujours Ă©tĂ© : une rumeur.

Nature et SociĂ©tĂ© — Tout peut servir encore

Les premiers Gobelins ne possĂ©daient aucune civilisation Ă  laquelle revenir. Ils durent tout commencer avec ce qui se trouvait autour d’eux, et autour d’eux se trouvaient surtout des ruines.

Cette nécessité façonna profondément leur culture et leur maniÚre de considérer le monde.

Les Gobelins apprirent trÚs tÎt à réparer, démonter, réassembler, détourner et adapter.

Un Nain cherche souvent Ă  comprendre la matiĂšre afin d’en tirer une Ɠuvre capable de durer, tandis qu’un CendrĂ© cherche Ă  comprendre un systĂšme afin de le rendre fiable, reproductible et indĂ©pendant de l’imprĂ©visible.

Le Gobelin pose spontanément une autre question :

« Qu’est-ce que je peux faire avec ce que j’ai ? »

Une piĂšce conçue pour une fonction n’est jamais enfermĂ©e dans celle-ci. Un engrenage peut devenir un verrou, un verrou peut fournir un ressort, un morceau de chĂąssis peut devenir un mur et une vieille lame peut ĂȘtre retaillĂ©e en outil.

Une machine dĂ©truite peut mĂȘme devenir beaucoup plus intĂ©ressante qu’une machine intacte, prĂ©cisĂ©ment parce qu’elle ne dicte plus aussi clairement ce qu’elle Ă©tait supposĂ©e faire.

C’est de lĂ  que vient l’une de leurs expressions les plus cĂ©lĂšbres :

« Cassé décrit un état. Pas une destinée. »

Les NƓuds

Les Gobelins ne possĂšdent aucun royaume commun. Leur unitĂ© sociale la plus rĂ©pandue est le NƓud, un ensemble d’individus ayant simplement dĂ©cidĂ© que leurs vies fonctionneraient mieux ensemble.

Certains NƓuds reposent sur des liens familiaux, tandis que d’autres naissent autour d’un atelier, d’un mĂ©tier, d’une route commerciale, d’une amitiĂ©, d’un quartier, d’une expĂ©dition ou d’un projet particuliĂšrement ambitieux.

Un NƓud peut compter une dizaine de membres ou plusieurs centaines, durer trois semaines ou plusieurs gĂ©nĂ©rations. Deux NƓuds peuvent fusionner, tandis qu’un autre peut se diviser lorsqu’il devient trop vaste ou lorsque ses membres commencent Ă  poursuivre des objectifs diffĂ©rents.

Quitter un NƓud n’est pas nĂ©cessairement considĂ©rĂ© comme une trahison.

Il arrive simplement qu’une piĂšce ne soit plus utile au mĂȘme endroit.

L’autoritĂ© y suit gĂ©nĂ©ralement le mĂȘme principe. Celui qui sait rĂ©parer dĂ©cide pendant la rĂ©paration, celui qui connaĂźt la route dirige le voyage et celui qui nĂ©gocie le mieux parle au marchand.

Un Gobelin particuliĂšrement respectĂ© peut naturellement acquĂ©rir une influence durable, mais l’idĂ©e qu’une mĂȘme personne devrait ĂȘtre la plus compĂ©tente dans toutes les situations leur paraĂźt souvent Ă©trange.

Ils disent parfois :

« Si une seule piÚce faisait tout, pourquoi la machine aurait-elle les autres ? »

L’IngĂ©niositĂ© — Comprendre par les possibilitĂ©s

Les Gobelins apprennent remarquablement vite lorsqu’ils peuvent manipuler ce qu’ils cherchent à comprendre.

Ils dĂ©montent, testent, Ă©chouent, remontent, modifient, puis recommencent jusqu’à ce que l’objet, la machine ou le problĂšme cesse de leur rĂ©sister.

Leur intelligence est souvent trĂšs intuitive.

Un Gobelin peut ĂȘtre incapable d’expliquer avec prĂ©cision pourquoi une vibration lui semble anormale tout en dĂ©signant immĂ©diatement la piĂšce responsable.

Il peut comprendre la logique gĂ©nĂ©rale d’une machine longtemps avant d’en maĂźtriser la thĂ©orie ou le vocabulaire technique.

Leur culture favorise naturellement une compréhension qui commence par le contact :

essayer d’abord, nommer ensuite.

Ce rapport Ă  la connaissance explique leur exceptionnelle capacitĂ© d’adaptation.

Ils excellent particuliĂšrement lorsqu’une situation ne correspond plus aux conditions prĂ©vues, lorsque la moitiĂ© de la machine manque, que les matĂ©riaux nĂ©cessaires sont absents, que le plan a brĂ»lĂ© et qu’il faut malgrĂ© tout obtenir quelque chose de fonctionnel avant la nuit.

Dans ce genre de situation, une expression est devenue presque proverbiale parmi ceux qui travaillent réguliÚrement avec eux :

appelez un Gobelin.

Relations avec les Peuples — Ceux qui les virent diffĂ©remment

L’apparition des Gobelins provoqua des rĂ©actions extrĂȘmement diffĂ©rentes selon les peuples.

Orcs — Ceux qui se reconnurent en eux

Les Orcs furent les premiers grands protecteurs des Gobelins. LĂ  oĂč beaucoup virent des crĂ©atures nĂ©es des restes des Titans, les Orcs entendirent surtout une histoire qu’ils connaissaient dĂ©jĂ .

Eux-mĂȘmes venaient de la Chair BrisĂ©e, et leur existence entiĂšre dĂ©montrait qu’une origine titanesque ne dĂ©terminait ni la valeur, ni la conscience, ni le destin de celui qui en hĂ©ritait.

Lorsqu’ils dĂ©couvrirent les premiers Gobelins persĂ©cutĂ©s, ils reconnurent presque immĂ©diatement ce parallĂšle.

Ils ne savaient pas encore prĂ©cisĂ©ment ce qu’étaient ces nouveaux ĂȘtres, mais ils savaient parfaitement ce qu’on Ă©tait en train de leur faire.

Les Orcs intervinrent rapidement contre les chasses dont les Gobelins étaient victimes.

Leur opposition mit fin aux persĂ©cutions organisĂ©es les plus importantes avant qu’elles ne puissent devenir une vĂ©ritable extermination.

Une parole attribuĂ©e Ă  un ancien chef orc aurait Ă©tĂ© prononcĂ©e lorsque certains voulurent justifier les chasses par l’origine titanesque des Gobelins :

« Ils viennent des Titans ?
Nous aussi.

Si cela suffit Ă  en faire des bĂȘtes, commencez par nous. »

La relation qui naquit de cette période demeure particuliÚrement forte.

Skayans — Ceux dont ils apprirent à craindre l’ombre

La premiùre relation entre Gobelins et Skayans fut presque l’inverse.

Les Skayans comptÚrent parmi les peuples qui réagirent le plus violemment à leur apparition.

Le monde sortait à peine de la Grande Dissonance et des créatures inconnues surgissaient des régions touchées par ses conséquences.

Beaucoup de Skayans refusĂšrent de voir en elles un peuple et les considĂ©rĂšrent comme des bĂȘtes sans esprit.

Ils les chassĂšrent, dispersĂšrent certains de leurs campements et poussĂšrent des gĂ©nĂ©rations de Gobelins Ă  apprendre qu’une silhouette ailĂ©e apparaissant dans le ciel pouvait annoncer la mort.

L’intervention orc mit rapidement un terme aux persĂ©cutions les plus ouvertes, mais arrĂȘter une chasse ne supprime pas ce qu’elle a appris Ă  ceux qui furent chassĂ©s.

Pendant des gĂ©nĂ©rations, les Gobelins conservĂšrent une profonde mĂ©fiance envers les Skayans, au point que, dans certains anciens NƓuds, les adultes apprenaient encore aux enfants Ă  lever les yeux lorsqu’une ombre passait au-dessus d’eux.

Cette relation ne commença vĂ©ritablement Ă  changer que rĂ©cemment, avec Kaeryn Vael’Thra.

Kaeryn — L’Aile RetournĂ©e

Au cours de ses voyages, Kaeryn dĂ©couvrit l’existence d’un immense rĂ©seau clandestin d’esclavage dont une part importante du trafic reposait sur des Gobelins capturĂ©s, revendus et dĂ©placĂ©s entre plusieurs territoires.

Leur petite taille, leur marginalisation et la persistance de préjugés anciens facilitaient leur exploitation.

Certains Ă©taient employĂ©s comme ouvriers ou mĂ©caniciens forcĂ©s, tandis que d’autres Ă©taient revendus comme curiositĂ©s ou comme ĂȘtres supposĂ©ment trop primitifs pour que leur disparition provoque de vĂ©ritables recherches.

Kaeryn remonta le réseau et le détruisit.

De trÚs nombreux Gobelins lui durent directement leur liberté.

Pour un peuple qui avait autrefois appris à associer les ailes skayanes à la peur, l’image eut une puissance immense.

Cette fois, une Skayane Ă©tait descendue du ciel, mais lorsqu’elle dĂ©ploya ses ailes, ce ne fut pas vers eux.

Ce fut entre eux et leurs bourreaux.

Certains Gobelins lui donnĂšrent alors un nom :

l’Aile RetournĂ©e.

Elle demeure aujourd’hui probablement la Skayane la plus respectĂ©e parmi leur peuple.

Pour beaucoup, elle est simplement une immense bienfaitrice.

Pour d’autres, particuliĂšrement dans les NƓuds composĂ©s de survivants du rĂ©seau ou de leurs descendants, la reconnaissance prit une dimension presque sacrĂ©e.

Son nom peut ĂȘtre prononcĂ© avant un voyage dangereux, et quelques communautĂ©s lui vouent mĂȘme ce qu’il serait difficile de qualifier autrement qu’une forme de culte.

La mĂ©fiance envers les Skayans n’a pourtant pas entiĂšrement disparu.

Un Gobelin peut aimer profondĂ©ment Kaeryn et continuer Ă  se raidir lorsqu’un autre Skayan entre dans la piĂšce.

Une personne peut ouvrir un chemin vers la rĂ©conciliation ; elle ne peut pas dĂ©cider Ă  elle seule que les blessures qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©e n’existent plus.

Nains — L’Ɠuvre durable rencontre l’improvisation

Les Nains acceptÚrent les Gobelins relativement rapidement, notamment parce que leur proximité avec les Orcs facilita énormément les premiers contacts.

Lorsqu’un peuple avec lequel ils entretenaient dĂ©jĂ  des liens anciens dĂ©clara que les nouveaux venus n’étaient ni des monstres ni des bĂȘtes, beaucoup de Nains acceptĂšrent au moins de les observer avant de les juger.

Puis ils les virent travailler.

Les Gobelins possĂ©daient une aptitude presque irritante Ă  comprendre le fonctionnement pratique d’un mĂ©canisme dont ils ne connaissaient parfois ni le nom ni la thĂ©orie.

Ils savaient réparer avec trop peu, improviser avec les mauvais matériaux et voir une fonction nouvelle dans une piÚce que le Créateur nain considérait comme définitivement perdue.

Cela provoque encore réguliÚrement des disputes homériques dans les ateliers.

Et des résultats remarquables.

Aujourd’hui, les Gobelins sont nombreux dans plusieurs villes naines.

On les retrouve dans les ateliers, les rĂ©seaux de maintenance, les Ă©quipes d’exploration, les chantiers et parfois jusque dans les grandes sociĂ©tĂ©s de CrĂ©ateurs.

Le vieux terme de Gris-RĂȘveur, autrefois donnĂ© Ă  certains apprentis gobelins, survit encore dans quelques ateliers.

Selon la personne qui l’emploie, il peut ĂȘtre affectueux, admiratif ou parfaitement insultant.

CendrĂ©s — Un peuple qui parlait dĂ©jĂ  leur langue

Les Cendrés acceptÚrent eux aussi les Gobelins trÚs tÎt.

La proximité avec les Orcs facilita les premiers contacts, mais ce furent surtout leurs talents qui assurÚrent leur place.

Cendracier Ă©tait peut-ĂȘtre le meilleur endroit possible pour qu’un jeune peuple obsĂ©dĂ© par les mĂ©canismes dĂ©couvre ce que pouvait devenir cette obsession.

Partout se trouvaient des ateliers, des rĂ©seaux, des machines, des vĂ©hicules, des systĂšmes hydrauliques et des infrastructures entiĂšres construites pour ĂȘtre entretenues, amĂ©liorĂ©es et comprises.

Les Gobelins s’y intĂ©grĂšrent rapidement.

Ils Ă©taient particuliĂšrement prĂ©cieux lorsque les plans ne correspondaient plus Ă  la situation rĂ©elle, lorsqu’une machine devait fonctionner avec une piĂšce qui n’existait plus, lorsqu’un mĂ©canisme devait ĂȘtre rĂ©parĂ© loin de l’atelier ou lorsqu’il fallait trouver en quelques heures une solution que personne n’avait prĂ©vue.

Aujourd’hui, Cendracier possùde une importante population gobeline.

Wyveriens — Quelque chose respire

Les Wyveriens furent parmi ceux qui eurent le moins de difficulté à accepter la conscience des Gobelins.

Leur origine leur paraissait Ă©trange, leurs Ăąmes portaient des cicatrices inhabituelles et leur naissance ne ressemblait Ă  aucun processus naturel connu, mais ils Ă©taient vivants, choisissaient, avaient peur, s’attachaient et apprenaient.

Les Wyveriens n’éprouvĂšrent jamais la mĂȘme proximitĂ© viscĂ©rale que les Orcs, mais ils contribuĂšrent Ă  diffuser l’idĂ©e que demander si une crĂ©ature consciente avait « suffisamment d’esprit » pour ĂȘtre une personne revenait souvent Ă  poser la mauvaise question.

Lireathi — La mĂ©moire n’est pas l’identitĂ©

Les Lireathi s’intĂ©ressĂšrent particuliĂšrement aux Restes.

Leur compréhension de la mémoire les conduisit trÚs tÎt à distinguer les fragments portés par les premiers Gobelins des individus qui les portaient.

Un souvenir peut survivre Ă  celui qui l’a vĂ©cu, ĂȘtre transmis, altĂ©rĂ© ou fragmentĂ© sans que la personne qui le reçoit devienne pour autant celle qui l’avait produit.

Cette distinction contribua Ă  combattre l’idĂ©e selon laquelle les Gobelins seraient simplement des morts mal ressuscitĂ©s.

Pour les Lireathi, un Gobelin est une conscience nouvelle portant parfois des mĂ©moires plus anciennes qu’elle.

Ce paradoxe leur paraüt beaucoup moins contradictoire qu’à la plupart des autres peuples.

Aelran — Les voix qu’ils n’avaient pas entendues

La relation des Aelran aux premiers Gobelins fut plus douloureuse.

Durant et aprĂšs la Grande Dissonance, leur peuple consacra Ă©normĂ©ment d’efforts Ă  Ă©couter, reconnaĂźtre et guider les voix des morts.

L’apparition d’ĂȘtres constituĂ©s en partie de fragments d’ñmes oubliĂ©s leur rappela brutalement une rĂ©alitĂ© qu’ils auraient peut-ĂȘtre prĂ©fĂ©rĂ© ignorer :

certaines voix leur avaient échappé.

Certains Aelran considĂ©rĂšrent d’abord les Gobelins avec malaise, d’autres avec une forme de culpabilitĂ©.

Mais cette perception Ă©volua progressivement lorsqu’ils comprirent que les fragments n’avaient pas Ă©tĂ© dĂ©truits et qu’ils n’avaient simplement pas suivi le chemin attendu.

Ils avaient participé à quelque chose de nouveau.

Pour certains Aelran modernes, les Gobelins constituent donc moins le souvenir d’un Ă©chec que la preuve qu’une voix perdue n’est pas nĂ©cessairement une voix condamnĂ©e au nĂ©ant.

Humains — CuriositĂ©, intĂ©gration et anciennes peurs

Les sociétés humaines réagirent de maniÚre trÚs variable.

Leur apparition aprĂšs la Grande Dissonance entretint longtemps la mĂ©fiance dans certaines rĂ©gions, tandis qu’ailleurs leur talent mĂ©canique facilita rapidement leur intĂ©gration.

Les communautés arcanistes furent particuliÚrement fascinées par leur origine et par les Restes, mais cette curiosité ne fut pas toujours bien accueillie.

Les Gobelins n’apprĂ©cient guĂšre d’ĂȘtre traitĂ©s comme des Ă©nigmes mĂ©taphysiques marchant sur deux jambes.

Les sociĂ©tĂ©s humaines contemporaines accueillent nĂ©anmoins de nombreux Gobelins, particuliĂšrement dans les grands centres urbains et techniques, oĂč ils travaillent comme mĂ©caniciens, commerçants, ingĂ©nieurs, artisans, chercheurs ou rĂ©cupĂ©rateurs.

Comme souvent avec les peuples rĂ©cemment reconnus, l’intĂ©gration lĂ©gale et l’intĂ©gration rĂ©elle ne progressent cependant pas toujours Ă  la mĂȘme vitesse.

Silencieux ÉveillĂ©s — Rien d’étrange Ă  ĂȘtre assemblĂ©

Les relations entre Gobelins et Silencieux ÉveillĂ©s sont gĂ©nĂ©ralement excellentes.

Les deux peuples possÚdent une maniÚre étonnamment similaire de regarder certaines questions que les autres considÚrent comme profondément philosophiques.

Un corps peut ĂȘtre composĂ© de morceaux diffĂ©rents, ĂȘtre rĂ©parĂ© ou transformĂ©, et certaines de ses parties peuvent avoir existĂ© bien avant lui.

Aucune de ces rĂ©alitĂ©s ne suffit Ă  dĂ©cider qui se trouve Ă  l’intĂ©rieur.

Les collaborations techniques entre Gobelins et Silencieux ÉveillĂ©s sont frĂ©quentes Ă  Cendracier.

Elles demandùrent toutefois l’apprentissage d’une rùgle fondamentale :

on ne dĂ©monte jamais un Silencieux pour « voir comment c’est fait » sans lui demander.

Les Gobelins apprirent vite.

HĂ©ritage et Philosophie — Reprendre

Les Gobelins sont nĂ©s d’une question que personne n’avait posĂ©e :

que devient ce qui n’a plus suffisamment de lui-mĂȘme pour continuer, mais pas assez peu pour disparaĂźtre ?

Leur réponse fut de vivre.

Ce commencement influence encore profondément leur philosophie.

Une chose peut ĂȘtre modifiĂ©e sans ĂȘtre trahie, une rĂ©paration n’a pas besoin de rendre l’objet identique Ă  ce qu’il Ă©tait auparavant et un fragment peut participer Ă  quelque chose de nouveau sans devoir retrouver sa place ancienne.

Leur grand principe pourrait se traduire par un seul mot :

Reprendre.

Les Gobelins savent qu’il n’existe pas toujours de dĂ©but auquel revenir.

Ils reprennent donc lĂ  oĂč les choses se trouvent :

aprĂšs la cassure, aprĂšs l’échec, aprĂšs la perte, aprĂšs ce qui ne pourra jamais ĂȘtre rĂ©parĂ© exactement.

« Nous ne réparons pas pour revenir en arriÚre.

Nous réparons pour que quelque chose puisse encore arriver. »

Cette idée dépasse largement leurs machines.

Elle s’applique aux communautĂ©s, aux personnes, aux erreurs et Ă  leur propre histoire.

Ils furent chassés, mais ils continuÚrent.

Ils furent considérés comme des animaux, mais ils continuÚrent.

Certains furent réduits en esclavage, mais ils continuÚrent.

Le monde leur rappela souvent qu’ils Ă©taient issus de morceaux oubliĂ©s et de poussiĂšre appartenant Ă  des morts depuis longtemps, et ils en firent un peuple.

C’est Ă©galement pourquoi les Gobelins entretiennent souvent un rapport particulier aux objets usĂ©s et aux restes matĂ©riels.

Jeter quelque chose simplement parce qu’il ne remplit plus sa fonction leur semble parfois presque incomprĂ©hensible.

Un marteau brisĂ© peut devenir une piĂšce d’une machine, cette machine sera un jour dĂ©montĂ©e, son mĂ©tal entrera dans autre chose et, trois gĂ©nĂ©rations plus tard, personne ne saura peut-ĂȘtre oĂč se trouve le marteau.

Pourtant, quelque chose de lui servira encore.

Les morts eux-mĂȘmes sont souvent pensĂ©s de cette maniĂšre.

Leurs rites diffĂšrent Ă©normĂ©ment selon les NƓuds et les rĂ©gions dans lesquelles ils vivent, mais beaucoup refusent l’idĂ©e que respecter un mort exige de figer ce qu’il laisse derriĂšre lui.

Utiliser son outil, achever son projet, transformer un objet lui ayant appartenu ou reprendre une idĂ©e qu’il n’a jamais pu terminer peut constituer une forme de mĂ©moire aussi importante que la conservation intacte de ses possessions.

Les Gobelins savent mieux que quiconque qu’une chose peut participer Ă  l’avenir sans demeurer ce qu’elle Ă©tait autrefois.

C’est peut-ĂȘtre pour cela qu’ils parlent rarement de leur naissance avec honte.

Lorsqu’on leur rappelle avec mĂ©pris qu’ils sont nĂ©s des restes d’une catastrophe, certains rĂ©pondent simplement :

« Et regarde ce que nous en avons fait. »