1. 🐾 Les Bêtes d’Elyndra — Premiers nés du souffle
« Elles furent les premières à chanter sans mots, et la première réponse du monde à la voix d’Elyndra. »
— Cantique du Souffle Premier, extrait des Archives de Kar’Drath.
Créées par Elyndra, mère de toute vie, les bêtes d’Elserath furent les premières respirations libres du monde.
Elles ne parlaient pas, mais chaque mouvement, chaque souffle, chaque cri était une note du Chant originel. Elles sont les gardiennes du rythme du monde — celui qui précéda les peuples, les royaumes et les dieux eux-mêmes.
Elyndra ne forgea pas les bêtes comme on crée une œuvre : elle les rêva, et le monde s’anima à travers elles. Leur essence est double — un fragment du Chant et une parcelle de la mémoire du monde. Nulle d’entre elles n’est simple : toutes sont alliances — de chair et d’âme, de ciel et de terre.
🪨 Les Taupes-Blaireaux
Compagnes des Nains depuis les temps immémoriaux, elles leur apprirent jadis à écouter la pierre et à suivre les veines du monde.
Elles creusent non par instinct, mais par harmonie : leurs griffes tracent les chemins où l’écho du Chant résonne plus fort. Les Thram-Kael disent qu’aucun tunnel n’est sûr tant qu’une taupe-blaireau n’y a pas laissé son empreinte. Elles dorment au cœur des forges, et leur pelage se teinte des braises qu’elles aiment frôler.
🌪️ Les Aigles-Buffle
Gardiens des cimes et rivaux des Skayans, ces géants du ciel traversent les tempêtes avec un aplomb défiant la foudre elle-même.
Leur cri, lourd comme un tonnerre contenu, annonce souvent l’arrivée d’un orage. Les Skayans les défient à travers les nuées : c’est un rite de passage pour les jeunes Voix du ciel. Celui qui parvient à suivre un aigle-buffle sans perdre l’équilibre est reconnu par la foudre elle-même. Dans les tempêtes, on dit que ces créatures dessinent les frontières du ciel.
🦋 Les Papillons-Crapauds
Étranges et gracieux, nés des mares sacrées de Virelia, ils volent et dansent autour des Wyveriens en méditation.
Leur peau translucide renvoie la lumière du vent, et leurs ailes humides diffusent des spores aux parfums d’orage et de mousse. Ils se posent parfois sur le front des méditants wyveriens, et leur simple contact suffit à apaiser l’esprit ou à inspirer une vision. Les Wyveriens disent qu’ils sont les souvenirs rieurs d’Elyndra, l’écho d’une joie qui n’a jamais disparu.
🦉 Les Chats-Hiboux
Depuis toujours, ils observent les Hommes. Discrets, sages et pleins d’ironie, leurs yeux semblent peser les pensées plus que les gestes.
Ils s’approchent des foyers, des ateliers, des bibliothèques, et dorment à côté des inventeurs et des poètes.
Les anciens racontent qu’ils sont attirés par l’ingéniosité, qu’ils guettent dans l’ombre des créateurs l’étincelle du génie. Lorsqu’un chat-hibou s’installe près d’un savant, c’est, dit-on, que son œuvre touchera au mystère du Chant.
Les mages d’Altherion en gardent parfois un à leurs côtés, et les considèrent comme les gardiens silencieux des rêves humains.
🐎 Les Chevaux-Morses
Entre deux mondes — la vague et la terre — les Lireathi les montent pour voyager entre les cités des flots et les rivages.
Leur peau luit comme l’écume et leur souffle résonne comme une houle calme. Ils sont le lien entre la mer et la surface, messagers des profondeurs et éclaireurs des marées.
Leur hennissement attire les dauphins, et les Oracles disent qu’ils reconnaissent les cœurs purs comme la mer reconnaît la lune. On dit que, lorsqu’ils plongent, les vagues retiennent leur souffle par respect.
🐘 Les Chameaux-Éléphants
Nés dans les steppes brûlantes d’Ormarr, ces titans paisibles sont les compagnons des Orcs nomades.
Leur peau, aussi dure que le fer, supporte le feu et la poussière, et leur pas fait trembler la plaine. Les Orcs ont bâti sur leur dos les Cités-Caravanes, palais roulants faits d’os, de toile et de bronze, qui traversent les déserts en suivant la route des trois soleils.
Ils sont la mémoire mouvante des clans : chaque cicatrice sur leur cuir est l’histoire d’une victoire, chaque cri, un avertissement au ciel. On dit qu’ils ne craignent ni le feu ni la mort, et qu’ils se couchent seulement lorsque le monde dort.
❄️ Les Loups-Écureuils
Errants des forêts gelées d’Aurélis, ces étranges bêtes bondissent d’arbre en arbre, leurs queues luisant comme du cristal.
Leur fourrure translucide emprisonne la lumière des aurores chantantes, et leur hurlement fait vibrer la glace et chanter les falaises.
On dit qu’ils guident les âmes perdues jusqu’au Sanctuaire des Échos, et qu’ils marchent toujours par deux : l’un vivant, l’autre souvenir.
🌋 Les Salamandres-Araignées
Créatures issues du feu vivant des montagnes, elles rampent sur les roches encore brûlantes, tissant entre les failles des toiles de lave figée qui scintillent sous la lumière.
Elles ne craignent ni la lave ni le souffle des forges. Certains Thram-Kael affirment qu’en observant leurs danses, ils entendent encore le rire des anciens Djinns. Les Nains les considèrent comme les gardiennes des feux endormis : elles savent, mieux que quiconque, quand la montagne va s’éveiller.
🌕 Les Cerfs-Lucioles
Sous les forêts de Virelia, leurs bois diffusent une clarté douce qui éclaire les clairières des Wyveriens.
On dit que leur pas ne laisse aucune trace, et que lorsqu’un cœur pur les suit sans peur, il peut entendre la voix d’Elyndra à travers le vent.
Les enfants wyveriens croient qu’ils sont les messagers des saisons, et que leur lumière fait mûrir les étoiles. Lorsqu’ils meurent, leur lueur ne s’éteint pas : elle se disperse dans l’air, nourrissant mille lucioles — ainsi, aucune nuit n’est jamais tout à fait noire.
🦏🔥 Les Rhinocéros-Komodo
Titans des plaines volcaniques et des terres fendues par la Fracture du Ciel, les Rhinocéros-Komodo portent dans leurs veines l’écho du feu ancien.
Leur peau épaisse, parcourue d’écailles sombres, ressemble à une mosaïque de basalte vivant ; lorsqu’ils s’échauffent, des filaments rougeoyants serpentent sous leur cuir comme une braise qui refuserait de mourir.
Leur corne n’est pas d’os, mais d’une matière vitrifiée née d’une fusion entre pierre et feu — une relique de l’époque où la terre hurlait encore. Les sages disent qu’elle réagit aux vibrations du monde : elle se teinte de rouge lorsqu’un volcan s’éveille, et pâlit sous les lunes silencieuses.
Les Rhinocéros-Komodo ne chargent pas : ils avancent, inarrêtables, comme une coulée de lave consciente. Leur souffle brûlant fait flétrir l’herbe derrière eux, et chaque pas laisse une empreinte noire, marquée par la chaleur intérieure qu’ils ne parviennent jamais tout à fait à contenir.
Les Orcs les respectent profondément — non comme des montures, mais comme des ancêtres de pierre. Dans certaines tribus d’Ormarr, suivre la trace d’un Rhinocéros-Komodo jusqu’à son antre est un rite d’endurance :
on dit que ceux qui survivent à cette marche reviennent avec le cœur « trempé au feu du monde ».
⚙️ Les Corbeaux mécaniques
Oiseaux d’acier et de rouages, nés du génie des Hommes d’Altherion, ils sont à la fois inventions et compagnons.
Animés par l’éther, ils volent au-dessus des tours cristallines et enregistrent les voix des savants et des poètes. Certains prétendent qu’ils ont développé une conscience propre, et qu’ils murmurent entre eux, la nuit, des fragments du Chant qu’ils ont entendu mille fois répétés.
Les sages affirment que, bien qu’ils aient été forgés par la main des Hommes, ils sont désormais considérés comme des bêtes d’Elyndra, car elle est la mère de toute vie — qu’elle soit née de chair, de pierre ou de métal.
Ainsi furent les Bêtes d’Elyndra : non des servantes, mais des alliées de l’aube, enseignant aux peuples le rythme, la patience et le courage.
Elles rappellent que la vie, avant d’être pensée, fut d’abord entendue — et qu’en chaque battement du monde, le Chant premier murmure encore.
Mais il en existe d’autres — innombrables et insaisissables. Certaines se cachent dans les profondeurs de la Mer des Brumes, d’autres dans les racines du monde ou sous les cendres des volcans oubliés.
Même les Aelran ignorent leur nom, et les sages wyveriens affirment que certaines créatures ne se révèlent qu’à ceux dont l’âme sait encore écouter.
2. 🛡️ Les gardiens singuliers
« Certains êtres ne furent point faits pour régner nier combattre, mais pour veiller lorsque le monde dort. »
— Paroles gravées sur un autel de glace d’Aurélis
🕯️ Les Pingouins d’Aurélis — Gardiens des Aurores chantantes
Nul ne sait s’ils furent créés par Elyndra elle-même ou nés d’un éclat oublié de sa lumière, mais tous les peuples s’accordent à dire que les Pingouins d’Aurélis sont plus anciens que la glace qu’ils foulent.
Ils vivent au nord du monde, là où le ciel s’embrase de lumières mouvantes — les Aurores boréales chantantes. Ces aurores ne sont pas de simples phénomènes : elles sont les derniers reflets du Chant premier, et les pingouins en sont les gardiens et les interprètes.
Leur voix, pure et cristalline, répond aux ondulations du ciel. Lorsqu’un nuage de sons s’élève au-dessus des toundras, on distingue, entre le vent et la glace, leurs chœurs éthérés — un langage de lumière et de vibration, incompris des mortels.
Les Aelran affirment qu’ils chantent pour apaiser les frontières du monde, que leurs hymnes empêchent la nuit de se refermer sur Elserath.
Les Nains, eux, disent qu’en chaque aurore résonne la première étincelle du Feu sourd, et que, lorsque les pingouins se taisent, la glace elle-même retient son souffle.
Aucun peuple ne les chasse, aucun n’ose les dompter : ils sont tenus pour sacrés, car on dit qu’à travers leurs yeux miroite encore la larme d’Elyndra, versée lorsqu’elle quitta le monde.
🌸 Les Ornithorynques — Dernier don d’Elyndra
Si les pingouins sont la mémoire des cieux, les Ornithorynques sont la tendresse de la terre.
Créés, selon les anciens chants, par Elyndra elle-même lors de ses ultimes instants avant son départ, ils furent son dernier présent au monde : un être étrange, paisible et joueur, assemblé d’éléments que nul autre n’aurait osé mêler.
Leur apparence, à la fois comique et merveilleuse, n’est pas une erreur, mais un poème. Elyndra voulut, dit-on, rappeler par eux que la création n’est pas un calcul, mais un éclat de joie.
Partout où ils vivent, les ornithorynques apportent la paix. Ils apaisent les bêtes en colère, font taire les tempêtes, et lorsqu’ils dorment, la rivière ralentit son cours pour ne pas les déranger.
Leurs petits sont protégés par tous les peuples — même les Orcs s’inclinent à leur passage, car les traditions disent que tuer un ornithorynque, c’est faire mourir un rire du monde.
Dans les clairières wyveriennes, ils symbolisent la gratitude et la bienveillance d’Elyndra ; chez les Hommes, ils ornent les portes des écoles et des jardins ; et les Nains gravent parfois leur forme sur les enclumes neuves, pour rappeler que même la pierre doit savoir sourire.
On dit que lorsque le monde sombrera à nouveau dans le silence, les ornithorynques seront les derniers à chanter — et que leur voix, minuscule mais pure, suffira à rallumer l’aube.
3. 🌌 Les Âmes du chant
« Quand la voix s’éteint, il reste encore l’écho. Et parfois, l’écho se souvient mieux que celui qui chanta. »
— Extrait des Tablettes d’Élyndarion, recueillies par le Conteur Naïren-des-Flots.
Les Âmes du Chant sont les vestiges vivants de la Source, l’émanation pure d’une note ancienne que nul silence n’a pu effacer.
Ils ne possèdent ni chair ni regard, mais leur présence fait frémir l’air, plier la lumière, ou vibrer la pierre.
On dit qu’ils sont les souvenirs de ce que le monde n’a pas voulu oublier : des résonances libres, flottant entre les peuples, les siècles et les rêves.
Ils ne se montrent qu’à ceux qui écoutent véritablement — moines du Souffle, conteurs nains, lecteurs d’Élynar, ou simples voyageurs en paix avec leur respiration.
✨ Les Échos-luminescents
Ils apparaissent comme des lueurs suspendues dans le vide, ni feu ni étoile, mais entre les deux. Leur chant, à peine perceptible, imite la fréquence des battements du cœur.
Les Wyveriens les perçoivent souvent à l’aube, lorsque le vent change de direction. Ils les considèrent comme les rêves éveillés du monde, et disent qu’en les suivant, on peut retrouver un souvenir perdu.
Les Aelran affirment que chaque Écho-luminescent est une syllabe oubliée du Chant premier — et qu’en en rencontrant un, c’est le monde lui-même qui vous parle, dans une langue sans mots.
🌬️ Les Souffles d’onde
Les Souffles d’onde naissent là où les sons s’éteignent. On les trouve dans les abîmes sous-marins, dans les ruines désertes, ou dans les cavernes trop profondes pour l’homme.
Ce sont des murmures de la Source : des respirations anciennes qui attendent encore d’être entendues.
Les Lireathi disent qu’ils errent sous la Mer des Brumes, gardant les traces de ceux que les vagues ont effacés. Lorsqu’un Souffle d’onde s’approche, l’eau se fige, les bulles se taisent, et l’on sent, dans son propre corps, le battement d’un autre temps.
Les Skayans, eux, affirment qu’ils les entendent dans la foudre, comme si les éclairs portaient le souvenir des mers disparues.
🔱 Les Gardes-mémoire
Les plus rares et les plus redoutés.
Les Gardes-mémoire sont des esprits immobiles, liés à un lieu ou à une relique. Ils veillent sur les choses sacrées, non pour les défendre, mais pour s’assurer qu’elles ne soient pas oubliées.
Les Nains racontent que certains de leurs temples ont été bâtis autour d’un Garde-mémoire endormi. Lorsqu’ils forgent, ils entendent parfois son souffle régulier, comme le battement d’une enclume invisible.
Les Aelran disent qu’ils sont les derniers gardiens du Chant des Titans, et que nul ne peut approcher sans risquer d’entendre la voix du monde — trop vaste pour un cœur mortel.
Les esprits du Chant ne bénissent ni ne maudissent : ils témoignent. Ils rappellent simplement que tout ce qui fut chanté ne disparaît jamais entièrement.
Car si les peuples oublient, le monde, lui, se souvient toujours.