⚔️ Préambule — Celui que le ciel dut regarder en face
Kha’Ruun Brise-Tonnerre fut second seulement derrière Tharok l’Héritier du Feu, et l’incarnation la plus brutale — la plus honnête — de l’Ormah’Dur.
Là où d’autres orcs hurlaient, il avançait. Là où la foudre tombait, il la prenait de face.
Son nom n’est pas lié à une victoire durable, ni à un royaume fondé — mais à une certitude gravée dans la mémoire du monde : il existe une puissance que même le ciel doit respecter.
🔥 I — Le Corps forgé pour encaisser le ciel
Kha’Ruun dépassait les standards orcs eux-mêmes : sa taille et sa masse imposaient le silence, comme si l’espace autour de lui devait se plier à sa présence.
Il mesurait près de 2,60 mètres, pour un poids avoisinant les 330 kilogrammes — masse de muscles denses, de cicatrices épaisses et de chair durcie par des décennies d’Ormah’Dur utilisé sans retenue.
Sa peau, sombre et craquelée, semblait parfois vitrifiée, comme si la chaleur avait commencé à le transformer en pierre brûlée. Sous certaines lumières, on distinguait de fines stries blanchâtres courant le long de ses bras et de son torse : traces irréversibles d’un feu poussé au-delà du raisonnable.
Ses veines luisaient faiblement lorsqu’il combattait, non d’une lumière vive, mais d’un rouge étouffé, semblable à un métal au seuil de la fusion.
Son bras dominant — celui qui brisa le bras d’Eld’var — était plus massif encore, difforme presque, gonflé par des années à encaisser foudre, lames et impacts directs. On disait que l’os lui-même y avait changé de nature.
Kha’Ruun portait une armure minimale : plaques épaisses, souvent fissurées, jamais remplacées. Il refusait les protections complètes.
« Si le feu ne me protège pas, le métal ne le fera pas non plus. »
⚔️ II — Une volonté droite comme une lame chauffée à blanc
Kha’Ruun n’était ni cruel, ni sanguinaire par plaisir. Il était absolu.
Son esprit fonctionnait comme son Ormah’Dur : sans détour, sans compromis. Il méprisait la ruse excessive, les stratégies trop fines, les combats à distance. Pour lui, la vérité d’un être se révélait à l’impact.
Il respectait profondément Tharok, non par soumission, mais parce qu’il reconnaissait en lui une force plus grande encore — une force capable de contenir ce que lui-même laissait déborder.
Là où Tharok était un feu tenu, Kha’Ruun était l’incendie qu’on lâche pour tester la solidité du monde.
Il n’élevait jamais la voix. Il ne haranguait pas les troupes. Sa présence suffisait.
Avec les siens, il était étonnamment juste. Il ne protégeait pas les faibles par pitié, mais parce qu’un clan qui brûle ses propres membres est déjà en train de mourir.
Il acceptait la mort comme une conséquence logique, jamais comme un objectif.
🌋 III — De la Brèche d’Urh-Mael à la Plaine foudroyée
Kha’Ruun entra dans l’Histoire le jour où il marcha seul dans la Brèche d’Urh-Mael.
Il n’y eut ni cri de guerre, ni tambour, ni chant d’accompagnement. Seulement le bruit lourd de ses pas, et la pierre qui gémissait sous chacun d’eux.
La Brèche était conçue pour arrêter une armée. Les Dissidents Gris y avaient dressé leurs plates-formes de calcul, leurs balistes sans Chant, leurs lignes de tir croisées pensées pour dissoudre toute percée avant même qu’elle ne prenne forme.
Au-dessus, les Skayans tenaient les hauteurs, ailes déployées, foudre prête — une tempête disciplinée, patiente, certaine de sa supériorité.
La Brèche reconnut une force sœur
Puis Kha’Ruun entra.
L’Ormah’Dur s’éveilla en lui comme un cœur trop ancien pour se contenter de battre.
Ce n’était pas une flamme vive, ni une explosion furieuse : c’était une pression, un feu dense, continu, insatiable. L’air se mit à vibrer. La roche se fendit. La Brèche, pourtant née d’un cataclysme ancien, sembla reconnaître une force sœur.
La foudre s’abattit — le feu la noya
Les premiers éclairs frappèrent. La foudre skayane — nette, pure, parfaitement accordée — s’abattit sur lui comme une sentence.
Kha’Ruun leva l’avant-bras. Le feu absorba l’éclair. Non en l’éteignant, mais en le noyant.
La décharge se tordit, perdit sa cohérence, vira au bleu, puis au blanc brûlé, avant d’être rejetée en une onde de chaleur qui pulvérisa la roche et projeta des corps ailés contre les parois vitrifiées.
Ce jour-là, le ciel hésita.
Les calculs cessèrent — la réalité se consuma
Alors Kha’Ruun accéléra. Il ne chargea pas : il avança, comme si la distance elle-même n’avait plus d’autorité sur lui.
Sa hache traçait des arcs de feu lourd ; chaque impact fondait les armes, écrasait les armures, faisait taire des chants qui n’avaient pas le temps de devenir des prières.
Les Skayans découvrirent une vérité qu’aucun manuel n’avait prévue : la hauteur ne protège pas quand l’air lui-même brûle.
Les Dissidents Gris ouvrirent le feu à pleine capacité. Leurs calculs étaient parfaits. Leurs modèles, irréprochables. La réalité se consuma.
Les projectiles cinétiques se vaporisèrent avant l’impact. Les flèches de verre noir se fissurèrent en plein vol. Les champs de stabilisation cédèrent sous la contrainte thermique.
Kha’Ruun traversa cette pluie de métal et de verre comme on traverse une bruine tiède, arrachant une plate-forme entière à mains nues pour l’écraser au sol, opérateurs encore sanglés.
Quand le feu se calma enfin, la Brèche n’était plus qu’un gouffre vitrifié. Kha’Ruun s’y tenait seul.
Ce ne fut pas une victoire. Ce fut une preuve.
Tarl’Vaen, puis Eld’var
Après Urh-Mael, Kha’Ruun devint l’arme que l’on ne sort qu’une fois.
Chaque fois qu’il marchait, le terrain changeait. Les sols se fendaient, les lignes se rompaient, les batailles devenaient informes. Les pertes étaient immenses — y compris parmi les orcs. Kha’Ruun ne cherchait pas à les éviter. Il savait que le feu ne choisit pas toujours ce qu’il consume. Il l’acceptait, sans fierté ni remords.
C’est dans ces années qu’il affronta Tarl’Vaen l’Orageux, champion skayan, général respecté, proche de Eld’var elle-même.
Là où Tarl’Vaen passait, la foudre obéissait. Là où il levait la main, le ciel frappait avec une précision chirurgicale.
Le duel ne dura pas longtemps — mais il marqua les deux peuples.
Les éclairs de Tarl’Vaen frappèrent sans relâche, s’enroulant autour de Kha’Ruun comme des serpents de lumière. Et pourtant, le feu ne céda pas. Il engloutit les éclairs, les étouffa, les força à se dissoudre dans une chaleur trop dense pour être traversée.
La tempête, privée de prise, se brisa sur elle-même.
Quand Tarl’Vaen tomba, la foudre se tut une seconde de trop. Ce jour-là, même les Skayans comprirent que le ciel pouvait perdre un combat frontal.
La Plaine des Cendres Fulgurantes fut son dernier pas.
Là, Kha’Ruun trouva enfin ce qu’il n’avait jamais cherché consciemment : un adversaire capable de le forcer à dépasser ses propres limites.
Face à Eld’var, il ne combattit ni un général, ni une arme — mais une volonté accordée au ciel.
Ils s’affrontèrent sans haine. Sans paroles inutiles.
Il brisa son bras. Il fit vaciller le ciel. Mais il ne gagna pas.
Sa mort ne fut ni humiliante, ni vaine. Elle fut exacte — l’instant précis où un feu porté trop loin rencontre une limite qu’il ne peut franchir seul.
Lorsque la lance d’Eld’var transperça son cœur, l’Ormah’Dur explosa une dernière fois, puis s’éteignit, laissant Kha’Ruun à genoux dans un silence presque respectueux.
Son dernier sourire ne contenait ni regret ni colère. Seulement la certitude d’avoir vu, l’espace d’un instant, jusqu’où le monde pouvait encaisser la violence de deux vérités opposées.
Et le ciel, cette fois, resta silencieux.
🔥 IV — L’Ormah’Dur porté jusqu’à la rupture
L’Ormah’Dur de Kha’Ruun était unique par son intensité continue.
Il ne fonctionnait pas par explosions brèves ou montées contrôlées, mais comme un brasier constant, écrasant tout autour de lui.
Capacités connues
• Absorption partielle de la foudre et redirection sous forme d’ondes thermiques
• Augmentation massive de la densité corporelle
• Résistance extrême aux impacts cinétiques et énergétiques
• Dégradation rapide de l’environnement immédiat (fusion de la roche, vitrification du sol)
Le prix
Mais ce pouvoir avait un prix : le feu le consumait lentement de l’intérieur.
Chaque combat le rapprochait de la pétrification totale promise par l’Ormah’Dur.
Kha’Ruun le savait. Il n'a jamais cherché à l’éviter.
🌩️ V — Ce que sa chute a laissé derrière elle
L’onde longue d’un feu qui refusa de s’éteindre
La mort de Kha’Ruun Brise-Tonnerre ne fut pas une conclusion. Elle fut une réverbération.
Car certains êtres ne marquent pas l’Histoire par ce qu’ils construisent, mais par ce qu’ils forcent le monde à admettre.
Chez les Orcs
Chez les Orcs, sa chute imposa une vérité douloureuse.
Kha’Ruun avait incarné l’Ormah’Dur porté à son paroxysme : une force sans retenue, capable de tout rompre — y compris ceux qui marchaient à ses côtés.
Lorsqu’il tomba, transpercé par la foudre tenue d’Eld’var, les clans comprirent enfin ce que Tharok pressentait depuis longtemps : la puissance qui ne se contient pas finit par dévorer ce qu’elle prétend défendre.
Ce ne fut pas un reniement de la force, mais une maturation.
On parla désormais de tenir le feu, non de le lâcher.
Les jeunes Thûr apprirent que survivre à la guerre comptait autant que la gagner.
Et dans certains cercles, le nom de Kha’Ruun fut invoqué comme un avertissement sacré :
« Ne deviens pas plus grand que le monde que tu veux protéger. »
Chez les Skayans
Chez les Skayans, l’impact fut plus subtil — et plus profond encore.
Leur civilisation reposait sur une certitude immuable : le ciel répond toujours.
Or Kha’Ruun avait démontré l’impensable — la foudre pouvait être absorbée, déformée, renvoyée. Non par un artifice, non par un Chant rival, mais par une chair assez brûlante pour ne plus reculer.
Depuis ce jour, un doute s’insinua dans leurs doctrines.
Si la foudre pouvait être contenue… alors elle n’était plus une loi absolue.
Et si elle n’était pas absolue, alors le ciel n’était plus infaillible.
Les Chants skayans gagnèrent en précision, en retenue. Moins de déchaînement. Plus de contrôle.
Car ils avaient vu ce qu’il en coûtait de rencontrer un feu qui n’obéit pas.
Chez les Dissidents Gris
Chez les Dissidents Gris, l’héritage de Kha’Ruun fut froid, clinique — mais tout aussi décisif.
Il devint une anomalie de référence, une faille dans la logique pure.
Ses actions furent disséquées, mesurées, recalculées mille fois. Les résultats ne changèrent jamais.
Engagement direct proscrit.
Phénomène non modélisable.
Toute simulation converge vers une perte totale.
Pour la première fois, les Dissidents durent inscrire dans leurs protocoles une vérité qu’ils abhorrent : il existe des forces que la raison seule ne peut contenir.
Kha’Ruun ne les avait pas seulement vaincus — il avait fissuré leur confiance dans l’idée d’un monde entièrement calculable.
Le monde, enfin
Mais c’est le monde lui-même qui porta la trace la plus durable.
Certaines plaines d’Ormarr, certaines brèches de roche vitrifiée, demeurent anormalement chaudes des années après la fin des combats.
La pierre y est durcie comme du verre sombre, parcourue de veines rougeoyantes aux nuits froides.
Les bêtes les évitent. Les vents y changent de trajectoire.
Et parfois, à l’aube, une vibration sourde y remonte du sol — comme un souffle retenu.
Les sages disent que ce ne sont pas des cicatrices ordinaires. Ce sont des souvenirs physiques.
Le feu de Kha’Ruun n’a pas accepté la mort comme une fin. Il a accepté de cesser de marcher — mais pas d’être.
Ainsi, Kha’Ruun Brise-Tonnerre n’a pas seulement laissé derrière lui des ruines et des corps.
Il a laissé un monde moins sûr de ses certitudes, des peuples contraints de réapprendre la mesure, et un ciel qui, pour la première fois depuis longtemps, se souvient qu’il peut être défié.
Et c’est peut-être là son héritage le plus terrible — et le plus honnête.
🩸 VI — Ce que disent les anciens, quand le feu s’apaise
Les anciens orcs disent que Kha’Ruun n’était pas destiné à survivre à la guerre.
Il était destiné à tester la solidité du monde, pour que d’autres puissent y marcher ensuite.
On ne chante pas son nom dans les fêtes. On le murmure avant les batailles impossibles.
« Quand le ciel te menace, souviens-toi :
il a déjà plié une fois. »
Kha’Ruun Brise-Tonnerre n’a pas changé le cours de l’Histoire.
Il a rappelé au monde qu’il pouvait encore trembler.